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Faire un traité des vices des princes

autres songent d'abord au bien du peuple et en tirent le leur; les autres, pour faire leur propre bien, et songeant à leur propre bien, songent à celui de leurs peuples pour augmenter leur bien. Ici, le peuple est en second; là, il est le premier S objet; et, chez les premiers, il n'est en aucune façon l'objet. La véritable prospérité est chez les princes où le peuple est le premier objet. Le Prince et les peuples tirent peu d'utilité lorsque le peuple est le second objet : ce sont des moutons que l'on nourrit lo pour les tuer.

4838*(829. 1, p. 533). — Quand la prospérité n'est qu'au -dehors, la preuve du bonheur est très équivoque : car souvent un prince qui a de grandes qualités, mais qui ne les a pas toutes, peut faire faire iS au -dehors de grandes choses à un État qu'il gouverne très mal.

4839(833. 1, p. 535). — Comment les princes peuvent-ils être sûrs de gagner des batailles? Cela dépend de tant de circonstances. Vous trouvez un 30 obstacle grand comme ce bureau ? Il faut que l'escadron ou le bataillon s'ouvre. Voilà une ouverture! Or, si l'on entre dans cette petite ouverture? — Ou bien un rang est trop serré; il se met en arc. On est trop pressé (grand désavantage). Ideniy trop 25 lâche.

4840 (569. I, fo 440 \% — Presque tous les princes traitent les affaires comme Caligula traitoit les

siennes. Lors de l'ambassade de Philon, qui fut admis à son audience, l'Empereur, passant dans une galerie avec ses jeunes fous avec lui, dit à Philon : «Est- il vrai que vous ne mangez pas de cochon?» 3 — «Ah! Ah! Ah! » dit l'Empereur en passant, et les gens de sa cour, de même.

1841* (766. I, p. 5oi). — Un prince écrivit cette lettre : « Je vous déclare que vous êtes devenu mon ami. Vous avez un si grand talent pour mettre ma

10 perruque et mes bas, que je vous aime en même temps que je vous admire. Vous ne me dites jamais que des choses agréables; au lieu que ces animaux de ministres n'ont jamais que des propos impertinents à me tenir. Je ferois fort bien de vous

i5 remettre le soin de mes affaires: mes ministres vous rendront compte; vous me le rendrez. >

1842(1123. II, f* 77). — Les Roix, avec tout cet attirail qu'ils se sont donné, ces gardes, ces officiers, cette maison, se sont réduits à être assujettis

20 à l'heure et à l'étiquette. Cela devient une grande louange pour un roi que d'être exact. Sa vie est devenue ses devoirs. Voilà ce qu'a gagné Louis XIV sur Henri IV : il perdit sa liberté, et son caractère de Roi a été aussi attaché à sa personne que sa

25 peau.

1843*(953.II, f'ii v^).— Il ne faut jamais qu'un prince donne dans les détails. Il faut qu'il pense, et laisse et fasse agir: il est l'âme, et non pas le bras.

C'est un métier qu'il ne peut jamais bien faire, et que, s'il faisoit bien, il lui feroit faire mal le reste.

1844(755. 1, p. 495). — Un prince qui se fait chef de parti ressemble à un homme qui se couperoit un bras pour que toute la nourriture allât à Tautre. 5

4845 (162. 1, p. 137). — Un prince qui pardonne à ses sujets <, s'imagine toujours faire un acte de clémence, au lieu qu'il fait très souvent un acte de justice. Il croit, au contraire, faire un acte de justice lorsqu'il punit; mais souvent il en fait un de tyrannie. 10

4846(1687. III, f> 34). — Je ne puis comprendre comment les princes croyent si aisément qu'ils sont tout, et comment les peuples sont si portés à croire qu'ils ne sont rien.

4847 (ii85. II, f^ 86 v**). — Ce qui fait que les i5 princes ont ordinairement une idée très fausse de leur grandeur, c'est que ceux qui les élèvent en sont éblouis eux-mêmes; ils sont les premières dupes, et les princes ne le sont qu'après.

Le maréchal de Villeroy parloit toujours au Roi ao de ses sujets; jamais de ses peuples.

4848* (883. II, f> 6). — Comme on doit être fidèle à sa patrie, on doit Têtre à son prince ou aux magistrats qui la gouvernent.

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