‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 150 sur 263 · XIII. POLITIQUE ANGLOISE · texte numérisé non relu

XIII. POLITIQUE ANGLOISE

1881* (2082. III, f> 344). — L'Angleterre ne peut guère se dispenser de songer aux affaires de terre. La reine Elisabeth s'en occupa. On sait les secours qu'elle envoya aux HoUandois, aux François, et ses

i3 influences dans les diverses parties de l'Europe. Jacques P^, par incapacité, Charles P% par impuissance, Charles IP, par mollesse, Jacques IP, par bigoterie, ne s'en occupèrent pas. Ces quatre règnes ne furent pas glorieux, et l'Angleterre y perdit toute

20 l'influence qu'elle avoit eue sous Elisabeth. Pour faire le commerce de la mer, il ne suffit pas d'aller chercher des marchandises; il faut encore que la terre et les fleuves soyent ouverts pour les porter.

1882*(i55. I, p. i33). — •Nos réfugiés sont tous

23 wichs (sic) y et, si le trône d'Angleterre est jamais

renversé, il le sera par ces gens -là, comme il le fut

du temps de Charles I***, par les réfugiés françois de ce temps -là*.

1883* (i960. III, f>257 v«).

A Monsieur Domville.

Vous me demandez, Monsieur, ce que je pense 3 de la durée du gouvernement anglois, et de prédire quelles pourront être les suites de sa corruption.

Vous me donnez -là un sujet bien difficile à traiter. Peut-être que ma qualité d'étranger m'en rend plus capable qu'un autre, parce que je n'ai ni tant de 10 terreur, ni tant d'espérance. Mais je ne sais s'il est de l'intérêt de votre nation, s'il est nécessaire qu'on sache bien au juste ces choses. Il seroit bon que le Prince crût que votre gouvernement ne doit jamais finir, et que le Peuple crût que les fondements sur ib lesquels il est établi peuvent être ébranlés : le Prince renonceroit à l'idée d'augmenter son autorité, et le Peuple songeroit à conserver ses loix.

Je crois, Monsieur, que ce qui conservera votre gouvernement, c'est que, dans le fond, le Peuple a 20 plus de vertu que ceux qui le représentent. Je ne sais si je me trompe, mais je crois avoir vu cela dans votre nation : le soldat vaut mieux que ses officiers, et le Peuple vaut mieux que ses magistrats et ceux qui le gouvernent. Vous avez donné à vos troupes 23 une paye si haute qu'il semble que vous ayez voulu corrompre vos officiers, et il y a tant de moyens de faire fortune, dans votre gouvernement, par le gouvernement, [qu'Jil semble que vous ayez

Page 1