SOLDATS ET ARMÉES
plupart de ses côtes de l'Océan sont inaccessibles, comme celles de la Galice, etc ; celles de la Méditerranée sont éloignées des grandes puissances de mer. Richesse surprenante qui lui vient des Indes. Elle
3 ne doit rien; elle a des laines, dont tout le monde a besoin, huiles, vins, fer, sels, soudes, mines d'or et d'argent; si elle vouloit, autant de soye qu'elle voudroit, autant de blé qu'elle voudroit, etc. Elle pourroit épargner autant de son -revenu qu'elle
10 voudroit, pour faire les établissements qu'elle voudroit. Elle n'a besoin de rien au -dehors; il faut que tout le monde vienne à elle.
4901 (383. I, p. 36 1). — Le général B. me disoit qu'on avoit pensé le mettre au service de Danemark,
i5 général en chef. Je lui dis: c Vous auriez fait mal. Je m'imagine que des troupes qui ont toujours été battues ont un vice intérieur, je ne sais quel, qui produit cet effet; de façon que celui qui les commande perd toujours sa réputation. Les Danois ont
20 des Allemands; mais ces Allemands, chez eux, sont toujours battus. — Vous avez raison, me dit-il, et je crois que ce vice vient de ce qu'il y a toujours avec le général un commissaire de la Cour qui a soin des vivres et de la subsistance de l'armée, qui
35 a plus de crédit que le général ; de façon que c'est
son ignorance ou son avarice qui conduit l'armée. >
Les Saxons ont de même toujours été battus par
un autre vice intérieur : c'est que les paysans de
Saxe, tous riches, devenus soldats, ne veulent pas
3o se faire tuer.
36o MONTESQUIEU
1902 (1345. II, P 193). — L'Europe se perdra par ses gens de guerre.
Voici un fait qui fut étouffé dans le temps, et dont on n'a presque plus parlé.
En 17 14 ou 171 5, sur ce que Ton voulut, au lieu de l'argent, donner le pain aux soldats, ils s'écri- 5 virent de régiment à régiment, et, un beau jour, laissèrent là les officiers, en créèrent de leurs corps, montèrent la garde tout de même : les officiers restant chacun chez eux. Les places du Roi restèrent quatre jours dans leur pouvoir. Le maréchal de Mon- 10 tesquiou accommoda cela. Il leur parla. Un soldat fit une raye et lui dit: cSi vous passez cette raye, vous êtes mort. Parlez ! » Un soldat de Navarre ou autre régiment vint faire des propositions. Un soldat de Champagne lui donna un soufflet: «Il vous appar- i3 tient bien de parler, tandis que les soldats de Champagne, le premier régiment de France, sont ici;» et poursuivit la négociation. Cela s'accommoda, fut tû et supprimé.
La garnison hollandoise à Lisle (sic) a fait de nos 20 jours, en 1737 (je crois), pareille chose: un régiment Suisse sortit et s'en alla.
Tant de troupes sentiront leur force quelque jour.