‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 163 sur 263 · J'ai mieux traité [le] sujet dans mes Loix · texte numérisé non relu

J'ai mieux traité [le] sujet dans mes Loix

cendie, le vol et le meurtre. Ils ne répugnent même au Droit divin que dans le sens qu41 les défend, et non pas par eux-mêmes, comme l'impiété et le blasphème. De manière que tout ce que Ton en peut

3 dire, c'est qu'ils sont défendus parce qu'ils sont défendus.

Il paroit que cette prohibition est bien ancienne, et même qu'elle l'est autant qu'elle peut l'être, c'està-dire qu'elle vient des premiers patriarches, et

10 qu'elle a échappé à notre inconstance naturelle. Ceci paroît en ce que, si ces mariages furent autorisés chez quelques-uns des premiers peuples, ce ne fut que par l'abolition de l'ancienne coutume; parce que l'on voit le mariage des sœurs introduit par

i5 Cambyse, celui des mères avec leurs enfants, par Sémiramis.

Or, à considérer les mœurs des premiers temps, on trouvera facilement les raisons d'une répugnance qui a passé depuis en force de loi.

20 II n'y avoit, dans ces premiers âges, d'autre autorité que celle des pères. C'étoit la plénitude des puissances. Père, magistrat, monarque, signifioient une même chose.

On ne trouve pas que, dans les premiers temps,

'10 les hommes exerçassent sur leurs femmes le même empire que sur leurs enfants. Au contraire, les premières alliances nous donnent l'idée d'une parfaite égalité et d'une union aussi douce que naturelle. Ce n'est qu'avec les empires despotiques que s'est établi

3o cet esclavage des femmes. Les princes, toujours injustes, ont commencé par abuser de ce sexe, et

ont trouvé des sujets tout disposés à les imiter. Dans les pays de liberté, on n'a jamais vu ces disproportions.

On voit bien qu'une différence pareille a dû faire naître de la répugnance pour les mariages entre 3 parents. Comment une fille se seroit-elle mariée avec son père? Comme fille, elle lui auroit dû un respect sans bornes; comme femme, il y auroit eu entre eux de Pégalité. Ces deux qualités auroient donc été incompatibles. '<>

Cette répugnance une fois établie, elle se répandit bientôt sur les mariages des frères et des sœurs: car, dès que les premiers inspirèrent de l'horreur à cause de la proximité du sang, il est clair qu'une moindre proximité devoit donner moins d'horreur, i3 mais devoit en donner toujours.

Ceci étant une fois gravé dans l'esprit des hommes. Dieu a voulu s'y conformer, et il en a fait un point fondamental de sa loi : car, lorsque Dieu a donné des loix aux hommes, il n'a eu qu'une vue générale, 20 qui étoit d'avoir un peuple fidèle, source naturelle de tous les préceptes.

De ces préceptes, il y en a de deux sortes : les uns, dans le rapport que les hommes ont entre eux, que j'appellerai préceptes moraux; les autres, dans 25 le rapport qu'ils ont avec lui, que j'appellerai préceptes sacrés.

Il y a encore deux sortes de préceptes moraux : les uns, qui ont du rapport à la conservation de la Société, comme ils l'ont presque tous; les autres, 3o qui ne sont fondés que sur la facilité de l'exécution :

on peut mettre de ce nombre la défense du mariage entre parents

Il y a, de même, deux sortes de préceptes sacrés : les uns sont entièrement fondés sur une raison éter-

5 nelle, comme ceux d'aimer Dieu et de l'adorer; les

autres sont purement arbitraires et sont plutôt un

signe de la Religion que la Religion même, et ce

sont les cérémoniels.

Le fondement de la Religion est qu'on aime Dieu,

10 et qu'on l'adore, et les cérémonies ne sont faites que pour exprimer ce sentiment. Mais il faut qu'elles signifient ce qu'elles doivent signifier, et Dieu rejette celles qui ne peuvent pas signifier une véritable adoration, et qui sont mauvaises comme signes,

i5 parce qu'elles le sont dans leur réalité : telles étoient celles qui le faisoient auteur des plus infâmes prostitutions.

1929(iii8.II, f 75v<>).— La polygamie est déraisonnable en cela que le père et la mère n'ont pas 30 la même aifection pour leurs enfants ' : étant impossible qu'un père aime cinquante enfants comme une mère, deux.

1930* (60. I, p. 62).— Dès que la pluralité des

femmes est défendue, que le divorce avec une seule

23 est aussi défendu, il faut nécessairement défendre

le concubinage. Car qui auroit voulu se marier si

le concubinage eût été permis^?

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