‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 182 sur 263 · I . Voyez la page vis-à-vis · texte numérisé non relu

I . Voyez la page vis-à-vis

La situation de l'Espagne rend ce commerce naturel, et, à présent qu'elle est privée des parties détachées de sa domination, elle sera détachée, pour ainsi dire, du reste du Monde, si la navigation et le commerce

5 ne l'y rappellent.

D'ailleurs, TEspagne pourroit faire la navigation du Levant par le moyen d'une compagnie qu'on établiroit à Barcelone ou quelque autre port de la Méditerranée, où le Roi lui-même pourroit prendre

10 part; et les convois quHl donneroit, comme les Hol-

landois sont obligés de faire à cause des Corsaires

de Barbarie, augmenteroient d'autant la navigation.

Si le roi d'Espagne établissoit des manufactures

de draps, elles conviendroient beaucoup mieux pour

i5 le Levant que pour l'Amérique ; parce qu'il faut au

Levant des draps beaucoup plus beaux et beaucoup

plus fins, c'est-à-dire de pures laines d'Espagne. Il

en faut aussi beaucoup de grossiers.

L'Espagne profite aussi du commerce de l'Angle-

20 terre, qui consomme de ses denrées que d'autres ne consommeroient pas.

4994(269. I, p. 281). — Ce qui fait que les marchands anglois, françois et autres, ont perdu dans le commerce du Brésil les années (sic) depuis 1723 jus-

a5 qu'en lySo, c'est que TEspagne a défendu le transport des piastres de Potosi à Buonos-Aires (sic). Or, Ton envoyoit des marchandises au Brésil pour les faire passer, par Buonos-Aires, dans l'Amérique. Mais, comme elles n'y trouvoient point d'argent,

3o l'Espagne ayant fait pendre quelques marchands qui, T. a 53

contre les ordonnances, avoient fait passer des piastres par le continent, au lieu de les faire passer par Panama et Porto-Bello, les marchands d'Europe qui ont eu des marchandises à Buenos -Aires ont trouvé le pays dénué d'argent. 5

1995* (323. 1, p. 334). — Il faut que l'Espagne périsse, parce qu'elle est composée de trop d'honnêtes gens. La probité des Espagnols a transporté tout le commerce aux étrangers, qui n'y auroient point pris de part s'ils n'avoient point trouvé des gens à qui ils 10 pouvoient donner une confiance sans bornes.

Si, d'un côté, la vertu perd les Espagnols, l'honneur, qui les fait rougir du commerce et de l'industrie, ne les perd pas moins.

1996 (1979. III, f 279 V®). — J'ai dit quelque part i.s que la probité avoit perdu l'Espagne.

1997*(i965. III, f*27i). — Ce 20 décembre 1749, voici les réflexions que j'ai faites.

M. de La Ensenada est un ministre d'Espagne qui a de grandes vues. Il a fait plusieurs opérations. En 20 voici une.

On sait qu'il revient des Indes des piastres destinées à circuler en Espagne, et qu'il y en a d'autres dont on permet l'extraction, et sur lesquelles les négociants gagnent 5 pour 100, plus ou moins. M. de a5 La Ensenada a jugé à propos de faire ce profit. Il a refusé l'extraction à nos marchands, a envoyé des commis dans les pays étrangers, et s'est fait ban-

quier lui-même. Il fait sortir les piastres, les envoyé à ses commis, qui les vendent aux marchands, moyennant de certaines lettres de change payables à des termes courts, et, quand il est payé, il fait

^ remettre son argent à Madrid; ce qu'il peut faire

ou en espèces, ou en change, ou en marchandises.

En espèces, cela est difficile. Tant mieux, s'il le

faisoit en marchandises. Mais il lui convient mieux

de le faire par change.

10 Voici ce qu'il auroit fallu faire pour interrompre son opération. Supposant qu'il eût à faire remettre à Madrid lo, 12, i5 millions monnoye de France, on pouvoit lui ôter son profit en faisant baisser le change; ce qui pouvoit se faire aisément par le Roi,

i5 en perdant 100 ou 200,000 écus; ce qui est une opération facile. Quand le ministre d'Espagne auroit vu que toute son opération lui auroit produit peu de profit (car il ne laisse pas d'y avoir des dépenses à faire en commis, transport de piastres, etc.), le jour

20 qu'il auroit reçu son mémoire, il n'y avoit qu'à lui faire présenter une requête par nos marchands, et lui demander l'extraction, moyennant 2 pour 100 de profit pour le Roi. Il est certain qu'il auroit accepté (sic) ce bénéfice clair, net et sans peine, à une opé-

33 ration moins lucrative, plus coûteuse et plus pénible ; moyennant quoi il abandonnolt son projet.

On dit qu'il en a un autre ; c'est de rendre l'Espagne entièrement maîtresse du commerce de Cadix et d'envoyer elle-même, sans l'intervention des étran-

3o gers, les marchandises dans les Indes, tant celles qu'il tirera des manufactures d'Espagne, faites ou à

faire, que de celles qu'il achètera en France ou en Allemagne. Et, pour rendre le commerce de Cadix plus indépendant des étrangers, il prête aux Espagnols l'argent nécessaire pour faire leurs envois, et leur fait des avances, et cet argent, qu'ils étoient 5 obligés d'emprunter des étrangers, à de grosses usures, leur donne la facilité de faire leur commerce, et les étrangers sont encore privés de ce bénéfice qui étoit très considérable. Tout le commerce se feroit donc directement de l'Espagne aux Indes; lo d'autant plus que les étrangers se trouveroient privés des matières premières, soit laines, argent. L'Espagne jouiroit d'une grande navigation, etc.

Pour croiser tout cela, voici ce qu'il faudroit faire.

Il n'est point question de faire des représentations i3 par des ministres ou ambassadeurs : chacun est le maître chez soi. Faites des plaintes, on vous fera des réponses d'oracles ; on alléguera les anciennes loix d'Espagne, autres choses, etc. Nous avions, autrefois, un fameux consul à Cadix, qui disoit toujours lo aux négociants : c Messieurs, ne me faites point faire de plaintes; mais faites qu'on m'en fasse contre vous. Je serai fort si l'on se plaint de vos contrebandes, des coups de bâton que vous aurez donnés pour empêcher qu'on ne vous visite. Mais, si vous 25 vous plaignez des injustices qu'on vous aura faites, je suis foible. »

Pour revenir à notre propos, sans se plaindre des nouveaux règlements, il n'y auroit qu'à permettre secrètement à nos négociants d'envoyer des vais- 3o seaux bien armés, moitié guerre, moitié marchan-

dises, sur les côtes d'Espagne, et leur dire de penser surtout à n'être pas pris. Il viendroit d'abord des plaintes en France, c Nous ne savons ce que c'est, dirions-nous. Il faut que ce soit quelque marchand 3 qui, ne pouvant plus négocier à Cadix, s'est imaginé de faire la contrebande. Nous examinerons cela. Mais, si vous vouliez faire cesser tous les obstacles que vous mettez au commerce général de l'Europe, nous nous en trouverions mieux, vous et nous. »

10 On conçoit aisément que nos marchands, qui enverroient directement des ports de France leurs marchandises à l'Amérique, gagneroient : i^ la navigation; 2° les dépenses pour porter, décharger, recharger leurs marchandises à Cadix ; 3^ les droits

i3 du roi d'Espagne; 4? les longueurs; 5^ les formalités, tant dans l'allée qu'après les retours ; 6^ la facilité de vendre et de vendre à sa fantaisie.

1998* (873. II, f» 3 v<»). — Sottise des Portugais qui viennent de faire cette année (mars 1734) une com-

30 pagnie pour soutenir le prix des diamants, laquelle doit nécessairement en abaisser le prix. Il y est dit : qu'il n'y aura qu'un certain nombre d'ouvriers qui travailleront aux mines, sous peine de mort ; que la Compagnie vendra seule les diamants, et toujours à

25 un prix proportionné à l'ancien. Mais qui ne voit que le grand prix des diamants étoit fondé sur ce qu'on les croyoit rares dans le Monde, et qu'ils perdront de leur prix sitôt qu'on verra qu'il ne tiendra qu'à une compagnie de les lever ou hausser, d'en

3o tirer des mines beaucoup ou peu ?

1999* (1966. III, P* 275), — Les Anglois, voyant qu'ils ne peuvent plus obtenir de privilège exclusif en Espagne, si ce n'est des dédommagements pour ce qu'il leur restoit à jouir de leurs anciens traités, se sont (me semble) tournés d'un autre côté. Ils ont s négocié avec le Portugal et ont songé à nous exclure de ce commerce, et, outre cela, à mettre à terre celui que nous faisons avec l'Espagne. Ils ont obtenu des loix somptuaires par lesquelles toutes les modes et bijouteries sont défendues, et tous les draps, 10 excepté le drap noir. C'est-à-dire qu'ils ont fait en sorte que le Portugal ne prît rien de nous. De tous nos draps, il n'y avoit que les draps noirs que nous fournissions, et, pour d'autres marchandises, nous ne fournissions que les modes et bijoux. ,5

Ce n'est pas tout. Ils ont fait en sorte que le Portugal a obtenu des permissions pour envoyer des vaisseaux directement aux Indes, et, comme le Portugal ne peut pas faire lui seul, ni toute la navigation, ni ses envois, il se trouve que c'est les Ânglois 20 qui le (sic) font sous le nom et sous le prétexte des Portugais, et que les François se trouvent exclus, sans qu'il paroisse qu'on veuille les exclure.

2000' (2047. III, f> 336). — La Compagnie de l'Assiento n^étant pas une chose lucrative pour l'Angle- 25 terre, on lui donna un vaisseau de permission, de 5oo tonneaux, pour trafiquer dans les ports de l'Amérique. Tout cela fut attribué à la Compagnie du Sud. Ceux qui dirigeoient cette affaire pour la Compagnie gagnoient, par de gros présents, ceux 3o

qui dévoient jauger le vaisseau, de manière qu'au lieu de 5oo tonneaux le vaisseau étoit de 800; et, comme il faut dans un vaisseau des vivres, de l'eau, etc., ils envoyoient un petit bâtiment pour porter b tout cela : de sorte qu'il y avoit environ i ,000 tonneaux de marchandises.

C'étoit les avantages. Voici les inconvénients. Les préposés de la Compagnie étoient très chèrement payés. Beaucoup de faux frais pour corrompre

10 les officiers espagnols. Le vaisseau de permission étoit, pour ainsi dire, un gage pour la conduite des Anglois, et les Espagnols, à la première fantaisie, pouvoient le saisir, comme ils firent à l'égard du Prince- Frédéric. De plus, cela ne portoit qu'un

i5 profit particulier. La nation étoit croisée dans le commerce de contrebande qu'elle fait avec l'Amérique, ne faisant, depuis quelque temps, presque rien par Cadix. Les préposés de la Mer du Sud faisoient une espèce de guerre aux vaisseaux anglois

20 mêmes, qui venoient pour vendre en fraude, de peur que cela ne îît tomber leurs marchandises de prix. Ainsi l'Angleterre étoit dans des termes moins avantageux que si elle avoit fait simplement son commerce de contrebande.

25 2001 * (2048. m, fo 338 V**). — L'Angleterre vient de faire un traité (17 56) avec l'Espagne, par lequel on se rapporte aux anciens traités, et où les garde-côtes ne visitent plus les vaisseaux qui sont en mer. Effectivement, on avoit fait sentir au ministère es-

3o pagnol que cela étoit impraticable, qu'il est défendu

en Angleterre, sous peine de la vie, de transporter les laines; mais que, sitôt que le vaisseau étoit en mer, étranger ou national, il n'y avoit pas un seul vaisseau qui osât le toucher, et que cela se pratiquoit partout de même. 3

 l'égard du commerce de la vieille Espagne, il s'en faut bien qu'il soit aussi avantageux pour les Anglois qu'il [V] étoit lors des traités précédents. Les Espagnols ont fait des manufactures de drap pour la consommation du continent d'Espagne; de sorte lo qu'ils tirent fort peu de drap d'Angleterre. Au contraire, les Anglois tirent toujours, et presque seuls, les marchandises du crû d'Espagne: vins, huiles, olives, fruits secs, etc.

2002* (1667. III, f* i5). — Il fait très cher vivre à i5 Lisbonne, quoiqu'on vive presque pour rien dans les provinces. C'est que le royaume n'est qu'une langue de terre, et que les rivières y entrent par sa largeur. Les provinces qui devroient fournir, se trouvent éloignées de la capitale. Il faut donc beau- 20 coup tirer du dehors. Le palais du Roi donne sur le Tage. La moindre escadre, deux vaisseaux anglois pourroient le renverser. M. de Ghavigny disoit qu'il n'y auroit eu rien de si facile que de prendre le Roi. Il y a une porte particulière pour sortir du Palais. 25 Le Roi régnant, qui ne vouloit pas que l'on sût ce qu'il faisoit, n'a jamais voulu permettre qu'on y mît une sentinelle.

Les ouvriers portugais exécutent bien ce qui est fait; ils ne savent pas inventer. Ils taillent 3o

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