‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 193 sur 263 · CLERGÉ · texte numérisé non relu

CLERGÉ

porté par les anciens canons : car la France seroit bien malheureuse si elle étoit obligée d'accepter comme loi les collections qui en ont été faites. Ces libertés ne sont fondées que sur le Droit des

5 Gens, qui veut qu'une nation qui se gouverne par ses loix et n'a pas été subjuguée, ne soit][point soumise, à l'égard du temporel, [à une] puissance étrangère; et, à l'égard du spirituel, sur le Droit divin, qui veut que le Concile soit au-dessus du

10 Pape, et sur la Raison, qui le veut aussi : n'y ayant point de corps qui n'ait plus d'autorité tout entier que divisé.

2040 (470. 1, p. 399). — Juridiction ecclésiastique. — Je ne suis point entêté des privilèges des ecclé-

i3 siastiques; mais je voudrois qu'on ne leur fît point d'injustices. Je voudrois qu'on leur marquât pour une fois les termes de leur juridiction; mais qu'elles (sic) fussent réciproques, et que les hypothèses de Févret, les arrêts particuliers, ne fussent

20 pas des loix contre eux ; sans cela, il faudra bien que cette juridiction s'anéantisse, de nouveaux arrêts la retranchant toujours ; et il est sûr que, si le discernement ne manque pas aux juges, il manquera, au moins, aux compilateurs. Le pauvre officiai ne sait

23 presque jamais de quel côté se tourner : de quelque côté qu'il prononce, il y a abus.

Les Cours, qui absorbent également la justice des Seigneurs, n'ont pas voulu qu'on définît exactement les cas royaux, et, lors de la nouvelle ordonnance,

3o les commissaires firent ajouter cette queue à Ténu*

mération des cas royaux : « ceux dont, de tout temps, les juges royaux ont jugé »; et n'eurent pas honte d'avouer que c'étoit afin de dépouiller plus aisément les autres juges.

2044 (47 !• I, p. 400). — Par la chimérique distinc- 5 tion du pétitoire et du possessoire des dîmes, on a entièrement ôté aux ecclésiastiques la connoissance de cette matière.

2042 (1225. II, f» 96). — Sur la nouvelle qui courut, en janvier lySS, que le Roi alloit ôter les appels 10 comme d'abus au Parlement, je dis : < Le Roi ne peut pas faire tout ce qu'il peut. »

2043 (Sp., f> 488 v<>). — [Règle monacale.] — Quel spectacle pour un étranger, pour un homme du monde, qui n'est point fait à ces idées-là, à cet ib empire, à cette obéissance ! — Dans ces choses, il y

a toujours une réaction. Aussi les moines de saint Benoît sont-ils devenus ce que nous voyons (?); avant la réforme, les moines de saint François, des Cordeliers. C'est que ceux qui viennent après les 20 fondateurs n'ont pas de passion.

2044 (i i65. II, f* 81). — Je disois que, si un Persan ou un Indien venoit à Paris, il faudroit six mois pour lui faire comprendre ce que c'est qu'un abbé commendataire qui bat le pavé de Paris. — (Ceci est 25 de moi; on l'a donné à l'abbé de Mongaut.)

2045 (690. 1, p. 472). — Lorsqu'un État est tourmenté par des disputes de religion, il arrive nécessairement que le Prince en est tout occupé; ce qui 3 fait qu'il y subordonne tous les autres points, comme moins essentiels.

II arrive que le Prince, devenant presque toujours partie intéressée, elles fixent sur lui, dans le même moment, l'amour et le respect d'une partie de ses 10 sujets, et la haine et le mépris de l'autre.

Il arrive que, comme on ne juge plus du Prince par ses vices ou par ses vertus, aussi le Prince ne juge plus de ses sujets que par des qualités étrangères; que ce n'est plus le mérite personnel qui i5 donne les places, ni l'incapacité qui en prive, mais l'avantage d'être d'un certain parti ou le malheur d'être d'un autre.

Il arrive qu'une infinité de gens sont dégoûtés du gouvernement. Or, quoique la mauvaise volonté 20 d'une partie des citoyens paroisse impuissante, parce qu'elle ne fait pas de coups éclatants, elle ne laisse pas d'avoir des effets sourds, qui se produisent dans l'ombre et le temps : d'où viennent les grandes révolutions.

aS II arrive que les pays du dehors sont pleins de citoyens chassés de leur patrie, qui en révèlent les secrets, en communiquent les avantages, en exagè-

rent la rigueur, en désirent l'abaissement, enfin, cherchent à se faire regretter par toutes sortes de voyes.

Enfin, les hommes sages qui pourroient remédier au mal, étant, par leur modération même, d'abord 3 lassés par la contradiction, apportent dans leurs actions l'indolence de leur caractère, tandis que les autres y mettent toute l'activité du leur.

Pour guérir le mal, il est inutile de travailler sur l'esprit des théologiens; mais sur celui du peuple, 10 qui, entrant passivement dans la querelle, est plus capable d'être guéri.

L'attention que Ton donne à ce mal l'augmente sans mesure, en faisant croire qu'il est plus grand qu'il n'est en effet : les questions actuelles devenant i5 frivoles au bout d'un certain temps, pendant que la Religion, comme céleste, s'en dégage et subsiste toujours.

Il faut réduire les théologiens à défendre leurs opinions uniquement par amour pour la vérité; 20 moyennant quoi ils n'iront jamais bien loin.

Quand on veut accommoder les partis, on les accrédite, en faisant voir que leur manière de penser est très importante et décide du repos de l'État et de la sûreté du Prince. 23

Par une contradiction naturelle de l'esprit humain, deux parties (sic) qu'on veut réunir deviennent, par cela seul, plus portées à se contredire.

On veut toujours avoir recours à l'autorité du Prince, parce qu'on aime à rendre les querelles 3o illustres.

II ne faut pas s'étonner que beaucoup de personnes aiment ces disputes; parce qu'elles jettent dans les affaires une infinité de gens que leur état, leur naissance et leur profession en excluoient. b Le peuple n'entre guère dans ces contestations que pour la part que le Prince y veut prendre, et, sur-lechamp, tout le monde devient spectateur pour voir quel sera le rôle d'un si grand acteur.

Pour lors, le Prince met ses sujets en état de lui 10 faire la seule résistence dont ils soyent capables, qui est de suivre leurs opinions ^

2046 (8o. I, p. 75). — Pour apaiser toutes disputes de religion en France, il faudroit défendre aux moines de recevoir aucun novice qui n'eût fait sa philo-

i3 Sophie et théologie dans les universités, et leur défendre d^avoir des cours de ces sciences chez eux. Sans cela^ les disputes seront éternelles. Chaque ordre fera une secte à part, et une secte très unie. Les moines ont toujours été de grands disputeurs.

20 Pace vestra liceat dixisse : « Primi omnium Ecclesiam perdidistis. » — Dans les premiers siècles de l'Église, que les moines travailloient encore de leurs mains, les moines de Scythie ne mirent-ils pas tout en combustion 2. Il falloit faire passer cette propo-

23 sition : c Un de la Trinité a été crucifié. » — Idem^^

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