‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 203 sur 263 · II. PAGANISME · texte numérisé non relu

II. PAGANISME

2130(417. 1, p. 376). — Le Paganisme devoit nécessairement être. Mettez -moi des Mexicains ou Péruviens imbus de la Religion chrétienne cent ans sans 3 livres et sans prédicateurs, ils seront bientôt idolâtres: car nous sommes portés à fixer les idées que nous avons de grandeur, de supériorité, de merveilleux, sur quelque sujet particulier : outre que la flatterie le feroit tout de même.

10 2131*(i 544. II, f° 244 v°). — Inconvénients arrivés à la Chine par l'introduction des sectes de Foë et de Lao-Chium : les guerres et les exécutions sanglantes qui en naquirent. Un empereur de la Chine fut obligé de faire mourir à la fois cent mille bonzes. Le

i5 peuple chinois vivoit sous une morale, la plus parfaite et la plus pratique qu'aucun peuple qu'il y (sic) eût dans cette partie de la Terre. On Talla entêter, lui et ses empereurs, des illusions d'un quiétisme et d'une métempsycose qui défendoit de faire mourir

20 jusqu'aux criminels mêmes et faisoit consister tous les devoirs de la Morale à nourrir des bonzes.

2132*(i56i. II,f>45o). — Toutes les religions introduites à la Chine ne sont point reçues comme religions nouvelles, mais comme suppléments à l'an- 23 cienne : Confucius, en laissant le culte des Esprits, a laissé une porte ouverte à ces suppléments.

2133 (Sp., fo 41 5 V). — [Je remarqua;] que les ffitea du Japon sont plutôt civiles que sacrées, plus employées à la joye et à se visiter qu'aux exercices religieux : car ils ont une idée, qui me plaît beaucoup,, que les Dieux se plaif^ent à voir les hommes 5 gais dans leurs jours de fôtes.

2134' (870. II, f 2 vo). — Chez les Pédaliens, nation des Indes, il n'y avoit point d'ordre de prêtres institués, est-il dit dans le même extrait [de Lilius Gyraldus], page 76; mais celui qui passoit pour le plus 10 prudent immoloit les victimes. — C'étoit les quakers de ce temps -là.

2135 (729. I, p. 488). — Ces cérémonies des Égyptiens et autres peuples, de porter en procession des membres humains ou des testicules, étoient contre iS la pudeur; mais elles n'étoient point absolument contre le bon sens. Des peuples qui ne croyoient point la création pensoient que la génération étoit le principe de tout, et ils adoroient cette faculté générative de la Nature, qui devoit être leur Dieu. îo Aussi mettoit-on Priape dans les jardins, comme le Dieu de la fécondité des plantes et de toute la nature.

2136* (868. II, f* 2). — Dans mon extrait du môme auteur [Lilius Gyraldus], page 73, il dit que, chez les Lindiens, il y avoit de la piété à vomir des i3 exécrations contre Hercule, et on croyoit que, plus on lui disoit d'injures, plus il en étoit honoré. — Cela fait bien voir que les Payens croyoient honorer les

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Dieux en relevant leurs vices, soit qu'ils vinssent de la force ou de l'adresse. On a donc eu tort de critiquer Homère là-dessus^ qui ne suivoit que sa théologie. Uadresse et la force sont une marque 3 de puissance, et c'est la puissance que les Payens honoroient dans leurs Dieux.

2137 (365. 1, p. 354). — Les Anciens donnoient aux

Dieux l'attribut principal (?) di immortels. Ils ne

disoient pas: les Dieux bons; les Dieux puissants;

10 mais les Dieux immortels. C'est qu'ils regardoient

cette qualité comme la qualité distinctive.

2138(416. 1, p. 376). — La principale diflFérence du

système payen au nôtre, c'est que nous croyons les

intelligences d'un ordre inférieur créées, et que les

i^ Payens, qui n'avoient pas d'idée de la création, les

croyoient engendrées.

2139* (866. II, f> 2). — Lilius Gyraldus dit que le Temple de Diane de Perse, à Castabalis, étoit fort renommé, parce que les vierges qui servoient dans

20 ce temple marchoient nus pieds sur des charbons ardents, sans se faire aucun mal. Plusieurs auteurs disent que la même chose est arrivée sur le Mont Sorax, à une certaine famille de Hirpins, au Temple de Féronie. (Pline, Solin et Servius.) Pausanias

23 assure avoir vu ce miracle. — La preuve par le feu est donc bien ancienne.

2140* (869. II, f° 2 v°). — Les Arabes immoloient

sur les autels du Dieu inconnu, eat-il dit dans mon extrait de LiliusGyraldus, page 73. — Les Athéniens n'étoient donc pas les seuls qui eussent une pareille Divinité.

2141* (860. II, f" i). r— Les supplications se fai- 5 soient du provenu des biens des condamnés. C'est pour cela qu'on les appeloit supplicia; c'est pour cela aussi que les choses sacrées étoient appelées tantôt vénérables, tantôt exécrables : de bonis execrandorum. Ces confiscations se &isoient par le ministère 10 du grand-pontife, mais par ordre du consul ou du magistrat; et ît falloit, dit le même Gyraldus, que le peuple y assistât : sans cela la confiscation auroit été vaine. — Et cela nous trace encore une idée de la distinction des deux puissances chez les Romains, iS dont j'ai parlé dans mon ouvrage'.

2142* (862. II, f i). — Les Romains voulurent que le nom latin de la ville de Rome fût inconnu, comme on le voit dans Plutarque, qui en cherche la raison. Gyraldus cherche quel étoit le nom du Dieu tutélaire »> de Rome, et il croit que c'est Ops consiva. — Et c'est une grande sottise : ce n'étoit plus un nom dés que personne ne le savolt. — Pour le nom de la Ville, on l'ignore absolument, dit Gyraldus.

Chez les Hébreux, le nom de l'Ineffable n'étoit pas t3 caché, puisqu'il étoit écrit dans tous les livres. U étoit seulement, par respect, défendu de le pronon-

I . Voyez mon extrait de Lilius Gyraldus, sur ces confiscations, page 7a.

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cer. Mais, chez les Romains, le nom étoit inconnu : c'est-à-dire, ce n'étoit pas un nom^

2143* (863. II, f> I vo). — Les Romains, dit Lilius

Gyraldus, évoquoient les Dieux tutélaires des villes

3 qu'ils assiégeoient, soit qu'ils ne crussent pouvoir

prendre la Ville autrement, soit qu'ils crussent que

c'étoit un sacrilège de faire les Dieux captifs 2.

Or, de tout cela, je conclus que les Romains et les Payens n'avoient pas cette idolâtrie grossière 10 de croire que leurs statues fussent des Dieux : car ils voyoient bien que, quoiqu'ils en eussent évoqué la Divinité, les statues restoient toujours après la prise de la Ville, et ils ne comptoient pas, sans doute, que les statues s'en allassent.

i5 2144* (864. II, f> I v«). — Lilius Gyraldus (page 17) cite Festus qui dit que le simulacre de la Pudicité étoit le même que celui de la Fortune. — Est-ce que les Romains croyoient que la pudeur n'étoit pas une vertu naturelle, et qu'on ne pouvoit l'obtenir que

20 par un effet du hasard?

2145* (867. II, f^ 2). — Barbata Venus : parce que

les femmes romaines furent attaquées d'une certaine

maladie qui leur fit tomber tous les cheveux.

(Extrait de Lilius Gyraldus, page 54.) c Dans le

25 temps que j'écris ceci, dit l'auteur, il court une

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