‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 202 sur 263 · IDÉES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

IDÉES RELIGIEUSES

2119(420. 1, p. 38o). — Le célèbre argument de M. Pascal est bien bon pour nous donner de la crainte, non pas pour nous donner de la foi. Épicure a fait des Dieux pour n'être pas traité comme ^ Socrate. Il vouloit (disoit-il) délivrer les hommes du joug de la Religion; mais la Religion payenne n'étoit point un joug.

2120(413.1, p. 374). — Nous voulons toujours fixer les manifestations de la puissance de Dieu. Nous la ■^ fixons à une terre; nous la fixons à un peuple, à une ville, à un temple, — Elle est partout.

2121 (877. II, fo 4). — C'est ridée de l'unité de Dieu qui a fait recevoir si aisément la Religion chrétienne et mahométane. Quand on dit qu'il y a plu-

'^ sieurs Dieux, il faut savoir ce que c'est que ces plusieurs Dieux. Quand on dit qu'il n'y en a qu'un, il suffit de savoir qu'il n'y en a qu'un : cela dit tout.

2122 (23. I, p. 17). — Les Dieux sont également 20 chargés du soin de tous les hommes; ils ramènent

les Grands à l'égalité par les malheurs.

2123 (96. 1, p. 88). — Si les Dieux étoient tels qu'on nous les dépeint, ils devroient rougir de leurs caprices.

»5 2124 (434. 1, p. 385). — Admirable idée des Chinois, qui comparent la justice de Dieu à un filet si grand

que les poissons qui se promènent croyent être en liberté; mais réellement ils sont pris. Les pécheurs croyent, de même, qu'ils ne seront pas punis de Dieu; mais ils sont dans le filet.

2125(629. 1, f* 453). — La religion qui damneroit 5 un homme pour aller à la chasse feroit que des chasseurs qui auroient, sans cela, été honnêtes gens ne prendroient plus la peine de l'être.

2126 (Sp., f° 415 v^). — Je remarque aussi que les hommes sont naturellement portés à espérer et à 10 craindre, et je le prouve par la facilité que les religions étrangères, comme la chrétienne et celle des Indiens (qui ont toutes les deux un Enfer et un Paradis), ont trouvé à s'établir au Japon, et le zèle et l'amour avec lequel on les a reçues. i3

2127(229. I, p. 246). — Une religion qui offriroit des récompenses sûres dans l'autre vie verroit disparoître ses dévots à milliers.

2128 (io85. II, p. 67 v°). — On auroit dû mettre l'oisiveté continuelle parmi les peines de l'Enfer; il 20 me semble, au contraire, qu'on l'a mise parmi les joyes du Paradis.

2129(1082. II, f* 67 vo). — Une preuve que l'irréligion a gagné, c'est que les bons mots ne sont plus 25 tirés de l'Écriture, ni du langage de la Religion : une impiété n'a plus de sel.

PAGANISME 5oi

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