‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 209 sur 263 · IV. CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

IV. CHRISTIANISME

2162 (92. I, p. 85). — Les premiers Pères, dans leurs apologies, ont moins prouvé le Christianisme 5 que détruit le Paganisme, et ils ont bien fait de s'y prendre ainsi, rien n'étant plus propre à faire embrasser une religion nouvelle que la connoissance de l'absurdité de l'ancienne : car la plupart des hommes, ne voulant pas vivre sans religion, 10 reviennent à celle qui reste.

Deux autres choses rendirent l'établissement du Christianisme solide : la longueur du règne de Constantin; la brièveté de celui de Julien.

Les Payens étoient peu propres à contester les i3 miracles de l'Écriture : les miracles des Platoniciens étoient sans nombre, et presque toutes les sectes des philosophes étoient tournées vers la crédulité la plus puérile.

Il est vrai que les apologies des Chrétiens 20 n'étoient guère vues des Payens. Les termes méprisants dont ils se servoient quand ils parloient d'eux auroient été bien imprudents si leurs ouvrages avoient été vus des Payens. Les apologies des Chrétiens étoient faites pour les persuader eux- 23 mêmes.

Eusèbe, dans sa Démonstration épangélique, est

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(à ce qui me paraît) le premier qui ait mis le système de notre religion dans tout son jour.

2163* (876. II, t^ 4). — Les nouveaux Chrétiens, nourris dans Tidolâtrie, avoient Tesprit encore

5 rempli ou des Dieux qui avoient quitté le Ciel pour venir vivre parmi les hommes, comme Apollon, Neptune, etc.^ ou des hommes qui avoient été élevés au rang des Dieux. C'est ce qui facilita l'établissement de la vérité du mystère de la Trinité.

10 Mais on ne s'en tint pas aux vérités. A mesure que le Christianisme se dépouilloit des superstitions juives, il se chargeoit des payennes, de la même manière que les liqueurs perdent l'odeur qu'elles avoient contractée dans le vase où elles ne sont

i5 plus, pour prendre celle du vase où elles sont. Si la Religion s'établit jamais à la Chine, la Religion chrétienne orientale sera bien différente de l'occidentale.

2164*(i48. 1, p. i3o). — c Obedite principibiis etiam 20 dyscolisl » Et certainement un Chrétien qui se sera révolté contre un Empereur, parce qu'il aura été idolâtre, faisoit mal, parce que la constitution de l'État étoit que l'empire devoit être entre les mains des princes idolâtres.

25 2165* (1457. II, f> 214). — Je trouve dans TertuUien le dogme de l'obéissance passive, c Jésus- Christ nous dit, dit-il : c Ne jugez point les autres, afin que » vous ne soyez pas jugés. » Or, qui est celui qui

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ne juge point un autre, si ce n'est celui qui est assez patient pour ne pas se défendre ? »

2166*(i562.II, f 4&o)- — Tant de gens qui ont pris à la lettre les déclamations des Pères se sont imaginé que toute l'attention des Empereurs avoit 5 été occupée à empêcher les progrès de la Religion chrétienne. C'étoit la moindre de leurs affaires; à peine y pensoient-ils. On a beau parler du crédit des prêtres payens; ce crédit étoit très petit de luimême, et les ouvrages de Lucien sont une preuve lo que les philosophes les avoient décriés d'une façon à ne pouvoir jamais se relever. La plupart des persécutions étoient occasionnées par des accidents particuliers, et il en devoit beaucoup arriver dans un empire où régnèrent tant de tyrans. Nos écri- i5 vains ont ramassé tous les faits et ont fait un corps d'histoire de toutes les souffrances des leurs. Mais il est toujours vrai de dire que, dans un État où une partie étoit sans cesse proscrite par une partie, où la soif de l'or, de la vengeance et du sang, faisoit lo qu'on ne cherchoit la plupart du temps que des coupables, la Religion ne fut souvent plutôt le prétexte que la cause de tant de meurtres.

Je sais bien que les premiers Chrétiens ne défendirent point leur cause propre; qu'ils rendirent 25 témoignage non pas de leur innocence, mais de leur foi. Mais je dis que les Empereurs n'avoient point de zèle pour leur religion ; que la plupart étoient des monstres, qui n'avoient aucun plan; que Néron ne voulut que rejeter sur eux ses crimes et sa folie, 3a

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