‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 210 sur 263 · CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME

et que Dioclétien même ne les persécuta d'abord que comme criminels d'État; que Dèce ne les persécuta que comme ayant été attachés à Philippe, et Licinius, comme trop attachés à Constantin, et peut- 5 être, de même, Valère et Maximin, que par jalousie de Constantin. Et ce fut une occasion aux gouverneurs de faire mille injustices et d'écouter mille délations.

2167 (2072. III, f*» 343). — Les premiers Chrétiens, 10 dans l'Empire romain, paroissoient aussi extraordinaires que les quakers, aujourd'hui.

2168* (204. 1, p. 198). — Constantin fit une faute en consentant que la juridiction ecclésiastique que les Chrétiens avoient établie entre eux du temps i5 des Empereurs payens fût autorisée.

Les Chrétiens ne pou voient guère aller plaider devant les Payens pour leurs procès: car ils auroient donné mauvaise idée de la charité qui étoit parmi eux.

20 2169(443. 1, p. 389). — Constantin parla au concile de Nicée pour la divinité de Jésus -Christ : cet em* pereur étoit comme les Juifs, qui vouloient avoir un roi, comme les Nations; lui, il vouloit avoir un Dieu, comme les Nations. Lorsqu'il fut question de déclarer si la Vierge étoit mère de Dieu, le peuple

25 d'Éphèse s'empressa en faveur de cette déclaration : cela lui faisoit plus de plaisir. Les vérités divines ont toujours trouvé dans les esprits comme des

5l8 MONTESQUIEU

semences qui les faisoient germer et portoient à les croire.

2170 (1108. II, f<> 74 v^). — Les théologiens font un chapitre : De Simplicitate Dei; et, en tournant la page, on voit le titre : De Deo uno et trino. — J'ai 5 ouï faire cette réflexion à M. Coste.

2171 (478. 1, p. 401). — Je disois, sur les horreurs et les tyrannies des Empereurs romains, turcs et des Perses', qu'il est admirable que la Religion chrétienne, qui n'est faite que pour nous rendre heureux 10 dans l'autre vie, nous rende encore heureux dans celle-ci. Un roi ne craint plus que son frère lui enlève sa couronne : le frère n'en a point la pensée. Cela vient de ce que les sujets en général sont devenus plus obéissants, et les princes, moins cruels. i5

2172(55i.I, f»436). — Bien que la Religion chrétienne n'ait pas fait beaucoup de princes vertueux, elle a néanmoins adouci la Nature humaine : elle a fait disparoitre les Tibère, les Caligula, les Néron, les Domitien, les Commode et les Héliogabale. 20

2173 (Sp., ^ 410). — Une preuve que le Christianisme ne nous a point beaucoup corrigés, en général, c'est que nous admirons encore les paroles et les sentences des Anciens qui font la peinture des vices. Il faut donc que cette peinture soit vraye, 25

Page 1