‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 57 sur 263 · DÉVOTION ET INTOLÉRANCE · texte numérisé non relu

DÉVOTION ET INTOLÉRANCE

H48 (594. I, f* 446 v^). — La dévotion est une croyance qu'on vaut mieux qu'un autre.

1149 (1405. Il, f> 2o3).— J'appelle la dévotion: une maladie du corps, qui donne à l'âme une folie

5 dont le caractère est d'être la plus incurable de toutes.

1150 (i 140. II, t® 78 v**). — La dévotion trouve pour faire une mauvaise action des raisons qu'un simple honnête homme ne sauroit trouver.

10 1151 (43i. I, p. 384). — Saint Cyrille, dans une lettre, parle des acclamations du peuple d'Éphèse, lorsqu'il apprit que le concile avoit déclaré la Vierge mère de Dieu, c Tout le peuple, dit- il, étoit aux portes. Tout le monde, lorsqu'on nous vit, alloit au-

i5 devant de nous, nous remercioit, nous félicitoit,

nous bénissoit, > — Le peuple est toujours ravi

d'augmenter le culte et toujours porté vers ces sortes de dévotions, et, si on le laissoit faire, il iroit toujours plus loin.

20 1152* (1969. III, 0* 277). — La dévotion a des côtés favoris. La duchesse de Brissac, étant au sermon, dit à la personne qui étoit auprès d'elle : < Si l'on prêche sur la Madeleine, vous me réveillerez. Si l'on prêche sur la nécessité du salut, vous me laisserez

25 dormir. >

1153 (727. 1, p. 487). — Souvent ceux qui sont sans

religion ne veulent pas qu'on les oblige à changer celle qu'ils auroient s'ils en avoient une, parce qu'ils sentent que c'est un acte de puissance qu'on ne doit pas exercer sur eux. L'esprit de contradiction leur fait trouver un plaisir à contredire, c'est-à-dire un 3 bien. D'ailleurs, ils sentent que la vie et les biens ne sont pas plus à eux que leur religion ou leur manière de penser, et que qui peut ôter l'un peut encore mieux ôter l'autre.

Page 1