IX. ESPRIT, lo
1154 (972. Il, f° 27). — Deux sortes d'hommes : ceux qui pensent, et ceux qui s'amusent.
1155(1428. II, f* 206). — Voici comme je définis les talents : un don que Dieu nous a fait en secret, et que nous révélons sans le savoir. i3
1156 (2061. III, f** 342). — Je disois : c Un grand homme est celui qui voit vite, loin et juste. »
1157 (1982. III, f» 279 vo) — Ordinairement, ceux qui ont un grand esprit l'ont naïf.
1158(1597. II, 1^456). — Un des grands délices de 20 l'esprit des hommes, c'est de faire des propositions générales.
1159(2162. III, f^ 354 v°) — Il ne faut pas avoir
beaucoup d'esprit pour brouiller tout; mais il faut en avoir beaucoup pour concilier tout. L'esprit de conciliation a fait les trois quarts du (sic) héroïsme du duc de Marlborough.
5 1160(971. II, f* 27). — Les Gens sensés. — Us ont plus de raisons pour mépriser, et ils ont moins de dédaings.
1161 (1088. II, f* 68). — La simplicité et peu de culture dans l'esprit, bonne (sic) pour les victoires : té-
10 moin les premiers Romains, lesTartares, les Arabes.
1162 (1049. II) '^ ^^ ^^)' — J^ disois : c Un homme qui a l'esprit présent est un homme qui a son bien en argent comptant. Un homme qui ne l'a pas est un homme qui a son bien en terres. >
i5 1163* (1443. II, f* 2 1 1 \^). — Je disois : « La vivacité fait faire les belles reparties, et le sens froid, les belles actions. »
1164* (937. II, f* 17 v°). — Des gens peuvent croire qu'on ne met pas de feu dans ses pensées parce 20 qu'on n'en met point dans la manière de les défendre.
H65(i3o3. II, f" 172). —Je disois : c L'humeur est la passion de l'esprit. »
H66(ii6o.II, f'Si). — On n'est pas d'accord sur
l'esprit, parce que, quoique l'esprit, en tant qu'il voit, soit quelque chose de très réel, l'esprit, en tant qu'il plaît, est entièrement relatif. »
1167(2o56.III, f>34i v°). — Un homme qui a de l'esprit ne cherche point à en montrer : on ne se 5 pare pas des ornements que l'on met tous les jours.
1168 (1423. II, f<> 2o5). — Il y a la même différence entre un homme d'esprit et un bel -esprit que l'on met entre une belle femme et une beauté. 10
On n'est jamais bel -esprit quand on ne prétend pas de l'être.
1160(2115. m, fo 349 v«). — Il est souvent difficile de savoir si les femmes ont de l'esprit, ou non. Elles séduisent toujours leurs juges. La gayeté leur tient i3 lieu de cet esprit. Il faut attendre que leur jeunesse soit passée. Elles pourroient dire pour lors: cje vais savoir si j'ai de l'esprit. >
1170 (2 116. III, f* 349 V**). — Quand un homme est un bon géomètre et est reconnu pour tel, il lui 20 reste encore à prouver qu'il a de l'esprit.
1171 (1354. II, f** 194 v°). — Dans mon extrait du Journal des SçavanSy août lySô, est une chanson des Grecs :
cLe premier de tous les biens est la santé; le iS second, la beauté; le troisième, les richesses acquises
sans fraude ; le quatrième, la jeunesse qu'on passe avec des amis.»
On n'y parle point de l'esprit, qui est un attribut principal de nos temps modernes.
5 1172(987. II, fo 28 v*>)-— Jamais l'Académie ne tombera : tandis qu'il y aura des sots, il y aura aussi des beaux -esprits.
1173(1410. II, f^ 2o3 v°). — Je disois de La Popelinière: «Il y a des gens qui sont sots parce qu'ils 10 veulent avoir trop d'esprit. Celui-ci n'auroit pas d'esprit, s'il ne croyoit en avoir beaucoup.»
1174 (108 1. II, f* 67). — Les gens d'esprit sont gouvernés par des valets, et les sots, par des gens d'esprit.
ib 1175 (1376. II, f* 197). — Sur l'esprit de saillies: si Ton alloit recueillir les saillies des Petites-Maisons, on en trouveroit beaucoup.
1176 (1426. II, f> 2o5 y^). — J'ai souvent remarqué que, pour que des enfants ayent beaucoup d'esprit,
20 il faut une mère un peu folle, et qui ait de l'esprit, et un père pesant, ou le contraire: la mère des Corneille et leur père, qui n'étoit qu'un bon homme, qui écrivoit de sa main les pièces imprimées de son fils; le père de Fontenelle, dont la mère étoit des
23 Corneilles; le maréchal de Brancas, assez lourd et sa femme, très folle, mère de M. de Forcalquier.
'I177(i358. II, f» 195 v«). — Je disois: cQuand on court après Tesprit, on attrape la sottise. »
1178(io66. II, f° 65 V®). — / said : cje ne trouve rien de si difficile que d'avoir de Tesprit avec des sots. »
1479(1193. II, f»9i). — Il faut beaucoup d'esprit s pour les conversations avec les princes : comme ce sont des gens dont la réputation est toujours faite, il ne faut leur dire, quand on les loue, que des choses que ceux qui écoutent peuvent penser comme celui qui les dit. 10
1180 (686. I, p, 471). — Croyez-moi : Tesprit est souvent où il ne brille pas, et, comme ces pierres artificielles, souvent il semble briller où il n'est pas.
1181 (1094. II, f° 68 vo). — Combien vois-je de gens qui n'ont pas assez d'esprit, et qui en ont beau- i3 coup! Combien en vois-je qui en ont assez, et en ont très peu!
1182 (1090. II, f* 68). — Lorsqu'une fille a sept ans, elle paroît avoir de l'esprit, parce qu'elle ne craint rien; à douze, elle tombe dans une espèce de 20 stupidité, parce qu'elle s'aperçoit de tout. Il en est de même de ces enfants qui paroissent avoir tant d'esprit, et qui deviennent si sots. Ils lâchent toutes sortes de propos à tort et à travers, parce qu'ils ne savent ni ne sentent ce qu'ils disent; au lieu que ces 25 enfants qui paroissent sots ont une espèce de senti-
ment prématuré des choses, ce qui fait qu'ils sont en quelque façon plus réservés. Qu'on y fasse attention! Ce qui plaît dans le discours d'un enfant vient, dans le fond, de la sottise de Tenfant, qui n'a pas été 3 frappé de ce qu'il dit, comme il falloit, et n'a vu ni senti ce qu'il falloit. 11 n'y a que ceux qui ont de l'esprit qui paroissent sots.
1183 (52. I, p. 56). — Gens singuliers. — Il y a des gens si bizarres que ce sont les grotesques de notre 10 espèce.
Leur esprit décline généralement de tous les esprits.
Dès qu'un homme pense, et qu'il a un caractère, on dit : c C'est un homme singulier. > i5 La plupart des gens se ressemblent en ce qu'ils ne pensent point: échos éternels, qui n'ont jamais rien dit et ont toujours répété ; artisans grossiers des idées des autres.
Il faut que la singularité consiste dans une manière 20 fine de penser (?), qui a échappé aux autres : car un homme qui ne sauroit se distinguer que par une chaussure particulière seroit un sot par tout pays.
Les pensées et les actions d'un homme singulier lui sont tellement propres qu'un autre homme ne 2b pourroit jamais les employer sans se démentir.
1184* (2 163. III, fo 354 v«). — Il est aisé de sentir en général ce qui est ridicule ; mais on a le tact fin lorsqu'on sent ce qui est ridicule là, c'est-à-dire devant chaque société et devant chaque personne.