‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 63 sur 263 · I . Je crois que c'étoit milord Falkland · texte numérisé non relu

I . Je crois que c'étoit milord Falkland

1238 (427. I, p. 383). — Un âne, pressé de fuir l'ennemi, dit: c Je sais bien ce que je puis porter; on ne m'en fera pas porter davantage. >

L'âne qui est en dialogue avec le cheval qui lui veut persuader de venir dans son écurie : « Y bau- 5 doisine-t-on ? dit-il. — Tais toi! dit le cheval : car le palefrenier prendroit une fourche. »

Ces ânes ont dit souvent de très bonnes choses.

4239* (71. I, p. 66). — Le monde est rempli de gens que, comme le Janus de la Fable, on peig^oit 10 avec deux visages,

4240 (1579. II, f* 455). — Je disois : « Il y a des gens qui ont l'âme sur le visage, et d'autres, derrière la tête. »

4244 (1125. II, f® 77 v*'). — Sur certaines gens qui i5 vivent avec leurs laquais, je disois : « Les vices ont bien leurs pénitences. »

4242* (i663. III, f^ 12 v°). — Voici un beau mot de Henri IV, et je croîs qu'il a été rapporté par milord Bolingbroke. Le Roi demanda à l'ambassadeur d'Es- 20 pagne si son maître avoit des maîtresses. « Sire, dit gravement l'ambassadeur, le Roi, mon maître, craint Dieu et respecte la Reine. — Eh! quoi? dit Henri IV, n'a-t-il pas assez de vertus pour faire pardonner un vice?» 25

1243 (1018. II, fM8 vo).— Lorsque M. le duc

de Chartres prit la Quinault, on voulut flatter M. le Régent : « Il commence à être comme les autres, il a des vices... — Et comment auroit-il des vices? dit M. d'Orléans. Il n'a pas même de ver- 3 tus?» Bonne parole et très philosophique! Ce régent avoit une philosophie de saillies.

1244(53. I, p. 57). — Paresse. — « Valet de la So-

cîété! — Eh! qu'est-ce que tu as de mieux à faire? >

J'excuserois plutôt la paresse des moines, qui ne

10 s'occupent que de l'éternité. Mais celle qui n'a aucun

objet ne sert qu'à rendre un homme malheureux.

4245(786. I, p. 5io). — Choses frivoles, qui ne donnent rien à ceux qui en jouissent et dégradent ceux qui s'en occupent.

i5 4246(219. I, p. 240). — On ne veut pas qu'un fripon puisse devenir homme de bien ; mais on veut bien qu'un homme de bien puisse devenir fripon.

20 4247 (1624. Hj ^^ 493). — Une femme est obligée de plaire comme si elle s'étoit faite elle-même.

4248(2094. III, f° 348). — Les femmes, à mon avis, font très bien d'être le moins laides qu'elles peuvent. Il seroit bon qu'elles fussent également laides ou

également belles, afin d'ôter Torgueil de la beauté et le désespoir de la laideur.

1249 (2221. III, f* 464 V**). — Dans les jeunes femmes, la beauté supplée à l'esprit; dans les vieilles, l'esprit supplée à la beauté. 5

1250(893. II, f 10). — Il me semble que, dans les femmes les plus jolies, il y a de certains jours où je vois comment elles seront quand elles seront laides.

1251 (974. II, f^ 27). — Je dis : c Toutes les femmes peuvent plaire à quelqu'un : chacune a un filet à sa 10 façon; l'une, plus grand; l'autre, plus petit; l'une, avec des mailles d'une espèce; les autres, d'un[e] autre ».

1252 (984. II, f* 28). — Femmes et grands Parleurs. — Plus une tête est vide, plus elle cherche à se i3 désemplir.

1253(1129. II, f*' 77 v^). — Pour qu'une femme passe pour méchante, il faut qu'elle ait de l'esprit : mille traits d'une sotte* sont perdus; un seul d'une femme d'esprit passe. ao

1254(276. 1, p. 304). — Les femmes ont de la fausseté. Cela vient de leur dépendance : plus la dépendance augmente, plus la fausseté augmente. Il en est comme des droits du Roi : plus vous les haussez, plus vous augmentez la contrebande. 26

4255(456.1, p. 392). — Souvent les femmes sont avares par vanité et pour faire voir que Ton fait de la dépense pour elles.

1256(22 10. III, f* 464). — Quand on veut dire des 5 sottises aux femmes, il ne faut pas parler à l'oreille, mais à l'imagination.

1257 (55o. I, f 435 v*'). — Il ne faut qu'une femme galante dans une maison pour la rendre une maison connue et la mettre au rang des premières maisons. 10 II y a des maisons illustres à peine connues, parce que, depuis deux ou trois siècles, il n'y a pas une femme qui se soit signalée.

1258(2 145. III, fo 35i V®). — Les femmes en quelques lieux d'Italie : elles n'ont point d'idée de résistance.

i5 1259 (695. I, p. 476). — Les Asiatiques ne regardent la chasteté des femmes que comme l'impuissance de faillir.

1260(2075. III, f» 343). — Tous les maris sont laids.

1261 (284. I, p. 3o8). — On dit que les Turcs ont 20 tort, quHl faut conduire les femmes^ et non pas les

tyranniser. Moi, je dis qu'il faut qu'elles commandent, ou qu'elles obéissent.

1262 (716. I, p. 481). — Saint-Hyacinthe a trouvé, dans les actes de la dissolution du mariage de

Louis XII avec la reine Claude, une requête par laquelle il étoit exposé que le mariage étoit nul parce qu'il n*avoit pas couché nudus cum nuda, mais avec une chemise. Je dis que c'est une marque qu'on couchoit pour lors ainsi. Notre corruption a ^ augmenté parmi nous la pudeur. La simplicité des premiers temps faisoit que toute la famille et les filles non mariées couchoient avec leurs père et mère dans le même lit ^

1263 (Sg, I, p. 62). — Il n'y a pas deux cents ans »<> que les femmes françoises s'avisèrent de prendre des caleçons. Elles se défirent bientôt de cet obstacle.

1264 (283. I, p. 3o8). — La manière dont on traite les femmes en France, où une jeune femme de dixhuit ans, jolie comme l'Amour, est méprisée par son (3 mari par air : c'est une débauche de l'esprit, non pas un vice du cœur.

1265(2219. III, f' 464 v^). — C'est un sexe bien ridicule que les femmes.

1266 (2087. III, f° 345 V®). — Les princesses par- 20 lent beaucoup parce qu'on les y a accoutumées dès leur enfance.

1267 (1482, II, f^ 220 v«). — Je disois des princesses : « Elles aiment le petit merveilleux. >

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