I. Voyez pages 45, 46 et
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saint Paul de la consommation des siècles, des derniers temps. Saint Barnabe suit la même idée dans Tépître qu'on lui attribue. Selon TertuUien, on faisoit des prières publiques pour reculer cette fin du Monde : c Oremus etiam pro Imper atoribus , pro 5 statu sœculi, pro rerum quiète, pro tnora finis. >
Dans le m* siècle, comme cette fin n'arrivoit pas, et que personne ne vouloit qu'elle arrivât sitôt, on ne compta que cinq mille cinq cents ans, et c'est la chronique de Jules Africain. 10
Dans le v® siècle, il fallut reculer encore, personne ne voulant voir cette fin du Monde; de manière qu'on ne mit plus que cinq mille deux cents ans.
Lactance, suivant le calcul de Jules Africain, et is sur la pensée que le Monde ne devoit durer que six mille ans, écrivant l'an 320, dit que le Monde ne devoit durer encore que deux cents ans.
Enfin, comme le temps prescrit se passoit, il fallut reculer encore et ne mettre, jusqu'à la venue de 20 Jésus-Christ, que quatre mille ans; et, vers la fin du VII® siècle, on trouve, dans le Talmud, la tradition de la maison d'Hélie, qui porte que le Monde doit durer six mille ans : deux mille ans d'inanité ; deux mille ans sous la Loi ; deux mille ans sous le Messie ; 25 ce qui donne bien du temps avant que les six mille ans ne soyent finis.
On voit donc qu'à mesure que le temps depuis Jésus-Christ augmentoit, il falloit que le temps avant Jésus- Christ diminuât. Remarquez que les retran- 3o chements ont été faits fort à l'aise, parce qu'ils ont
été faits sur des temps vides. Remarquez aussi combien cette division de la durée du Monde de deux mille ans en deux mille ans est bien ajustée. Nota que c'est la lecture de l'extrait de la Défense 5 de V Antiquité des Temps j de la Bibliothèque univer^ selle (page 104, tome XXIV, février an 1693), qui m'a donné occasion de produire cette idée'.
1462(2224. III, f"^ 465). — Il ne résulte de tous les panégyriques et de toutes les inscriptions que le 10 temps auquel elles ont été faites.
i463(29i. I, p. 3ii). — C'est mal à propos que M. de Ramsay, Fréret et les siens font leur système de l'idée des trois états de l'Homme chez tous les i5 peuples : de la félicité et innocence, de la dégradation et corruption après la chute, et de la réparation. Car, primo, les anciens philosophes sont très inconnus, et, quoiqu'ils disent (?) les mêmes termes,
I. Voyez ma remarque, avec un astérisque, sur le raccourcissement des temps. Elle est (je crois) à l'occasion de la chronologie perse ou arabe; où l'on met (je crois) Abraham et ensuite (?) David. Voyez donc ou l'extrait de TAlcoran (?), ou de Chardin, ou de Hyde. — Voyez aussi mon extrait de Justin (livre XXXVI, page 63). L'histoire de Joseph y est rapportée avec assez d'exactitude. Il dit que Moïse fut son fils. Preuve que l'ignorance de l'histoire fait plutôt l'effet d'abréger les temps que de les allonger. — Voyez page 209.
ils n'ont pas les mêmes idées. La philosophie grecque nous est très inconnue : nous n'en avons guère que quelques fragments dans Diogène de Laërte, auteur peu exact. Aristote et Platon sont les deux seuls originaux qui nous restent; Platon ne dit S presque rien que des paroles, et Aristote est très obscur. Il ne faut que ce que nous savons des systèmes de ces philosophes pour nous faire voir que nous ne les avons pas. Ainsi, quand un philosophe nous dit que le principe des choses est l'eau, lo nous voyons bien que nous n'avons qu'un mot, et que nous ignorons le sens. Mais, si nous ne savons presque rien de la philosophie des Grecs, combien ignorons -nous celle des Égyptiens, des Perses et des Chaldéens. Si nous savons la philosophie des i3 Grecs comme un dixième est à un, nous ne savons celle des Égyptiens que comme un deux- centième est à un; et celle des Perses et Chaldéens comme un millième est à un. Ainsi on ne peut faire un système commun de ces trois religions. J'ajoute 20 que l'idée des trois états ne se trouve pas même dans la philosophie grecque, qui est la plus connue. L'idée de l'âge d'or des Grecs, qu'on veut qui réponde à l'état d'innocence chez les Hébreux et Chrétiens, ne vient pas de la même origine : elle 25 n'est venue aux Grecs que de la vie pastorale^ qui étoit innocente et tranquille, et que les hommes quittèrent pour aller habiter les villes; ce qui fut suivi du commerce, de l'industrie, des arts, des affaires et, par conséquent, des crimes, qui engen- 30 drèrent le siècle de fer. L'abbé de Mongaut croit
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que ridée des quatre âges du Monde vient des quatre âges de la vie de Thomme. Si donc la seule philosophie un peu connue échappe au système, que dire de celle des autres peuples?
b 1464(396. 1, p. 365). — Horace et Aristote nous ont déjà parlé des vertus de leurs pères et des vices de leur temps, et les auteurs, de siècle en siècle, ont parlé de même. S'ils avoient dit vrai, les hommes seroient à présent des ours. Il me semble que ce qui
lo fait raisonner ainsi tous les hommes, c'est que nous
avons vu nos pères et nos maîtres qui nous corri-
geoient, et que nous les croyons exempts des défauts
dont ils nous corrigeoient.
Ce n'est pas tout. Les hommes ont si mauvaise
i3 opinion d'eux qu'ils ont cru, non seulement que leur esprit et leur âme avoient dégénéré, mais aussi leur corps^ et qu'ils étoient devenus moins grands, et non seulement eux, mais les animaux; la terre, moins fertile ; eux, moins parfaits. C'étoit l'opinion des Stoï-
20 ciens, Égyptiens. (Voyez mon extrait de Coringius, De Habitu Corporum Germanorum.) Saint Cyprien, qui raisonne fort mal, avertit un hérétique qu'il n'y a plus tant de pluie l'hiver, tant de chaleur l'été, moins de marbres dans les montagnes, moins d'or et d'ar-
25 gent, moins de concorde dans les amitiés, moins de laboureurs dans les champs, et autres sottises.
De plus, on voit, dans les histoires, les hommes peints en beau, et on ne trouve pas tels ceux que l'on voit; et il y a de certains défauts qu'il faut voir
3o pour les sentir, tels que les habituels.
1465(87. 1, p. 80). — Quand on voit des statues antiques, on trouve une très notable différence des visages des Anciens aux nôtres, et il est impossible que cela ne soit ainsi, chaque nation ayant, pour ainsi dire, sa couleur, sa taille et sa physionomie. 5 Mais, depuis les Grecs et les Romains, les nations ont tellement changé de place, tout a été si dérangé que toutes les anciennes physionomies des peuples se sont perdues, et qu'il s'en est formé de nouvelles, et il n'y a plus dans le Monde de visage grec ni 10 romain.
Notre imagination nous trompe extraordinairement. Comme nous savons que les Romains étoient un peuple victorieux et maître des autres, nous nous imaginons que c'étoit un peuple d'une grande sta- i3 ture, et une petite femme ne nous réveillera jamais l'idée d'une dame romaine. Cependant, dans les statues antiques qui ne sont pas flattées, les yeux trouvent toujours quelque chose de raccourci, et effectivement nous devons être plus grands qu'eux, 20 parce que, depuis eux, les peuples du Nord ont inondé l'Europe.
Végèce dit en termes exprès que les Romains ne sauroient disputer aux Gaulois de grandeur.
Pour peu que notre commerce avec les Indes Occi- 2b dentales devînt plus grand, c'est-à-dire si les Espagnols faisoient cesser la défense qu'ils ont faite, sous peine de la vie, à tous les Européens d'aborder aux Indes, la couleur blanche courroit risque de se perdre dans le Monde, et il ne resteroit plus seule- 3o ment Tidée de nos beautés d'aujourd'hui.
Une preuve de cela, c'est que, dans les Indes Occi-
dentales, où les trois couleurs (la noire, la blanche
et celle des visages de l'Amérique) se sont mêlées, il
n'y a plus proprement de blancs, et, de deux cents
5 visages, il n'y en a pas un de même couleur.
La nation turque et la persane sont des nations faites par art, par les mâles de ces nations et des femmes de Circassie, de Mingrélie et de Géorgie.
Si une nation plus reculée que la tartare avoit lo conquis la Chine, adieu les visages chinois, et, si les peuples jaunes d'Asie se répandoient en Europe, de quoi deviendrions • nous ?
Et que savons -nous les (sic) changements qui arriveroient dans notre espèce même, non seulei5 ment sur la figure, mais aussi sur la raison, si on n'avoit soin de tuer tous les monstres?
*Les sculpteurs d'aujourd'hui ne doivent donc point prendre pour modèle une statue grecque, ni juger des statues grecques par nos figures moder- 20 nés*.
A l'égard de l'esprit^ je ne voudrois pas dire qu'il ne pût y avoir un certain mélange de nations, tel qu'il se formât une nation la plus ingénieuse, par rapport aux organes corporels, qu'il fût possible.
2 5 4466* (871. II, f> 3). — Les anciennes fables s'expliquent très bien par la situation où se trouvoient les premiers hommes avant qu'ils n'eussent trouvé les armes offensives et défensives. Ils étoient en proye aux bêtes farouches, foibles et timides, et leur état
3o a dû être incertain ou, du moins, périlleux jusques
à l'invention du fer ou, au moins, des matières équivalentes. Voilà pourquoi ceux qui tuoient des monstres étoient des héros. Les hommes, occupés contre les bêtes farouches, ne songeoient point à s'attaquer. Ils étoient trop timides et trop peu nombreux. 5
1467 (i336. II, fo i86 v*»). — Je ne suis pas étonné des anciennes histoires où vous voyez des hommes recommandables pour avoir tué des monstres qui ravageoint les campagnes. Cela a dû être dans des pays peu habités, comme dans ces temps-là, où il lo pouvoit entrer par des rivières et se conserver dans les pays des crocodiles, qu'on nommoit des dragons^ qui faisoient ces sortes de ravages. Voyez les Relations de Thomas Gage (tome II, partie iv, chapitre 4) : comment, en passant près d'un lac, ils i5 furent poursuivis par un caïman ou crocodile, qui alloit aussi vite que leurs chevaux. Les hommes et les bêtes cherchent à s'entredétruire et se disputent la terre. Ces pays-ci sont trop peuplés pour qu'on
y laisse prendre un établissement à des caïmans; 20 nos rivières ne sont pas d'une largeur assez grande; on les auroit aussitôt détruits. Et il ne faut pas douter que, si les François ou les Anglois habitoient l'Egypte, ils n'eussent bientôt trouvé le moyen de la purger des crocodiles. Les requiens ("^tc^ sont une a5 autre espèce d'animal (me semble).
1468 (994. II, f* 29 V®). — On se trompe beaucoup sur la grandeur et la puissance des anciens états, parce que l'on en juge souvent par les idées que la
crainte a données aux peuples qui ont eu à faire à eux : ainsi les Juifs pour les Assyriens; les Grecs pour les Troyens. Les Grecs ne nous ont pas parlé de même des Assyriens et Babyloniens.
5 1469 (750. 1, p. 493). — L'Asie n'étoit point autrefois si forte qu'est l'Europe aujourd'hui; [elle] n'étoit guère plus forte autrefois, où, dans chaque état, on ne songeoit qu'à mettre en sûreté le lieu de la résidence du Prince. Aussi, dans les anciennes histoires,
10 trouve-t-on des expéditions et rarement des guerres, des invasions plutôt que des conquêtes.
4470* (3oo. I, p. 322). — N'allons point chercher les merveilles dans l'Antiquité > . Celles de Babylone et de ces autres villes qui contenoient un monde
i3 d'habitants, c'étoit une seule ville dans un état. On avoit employé l'art et un travail immense à faire des murailles qui pussent empêcher l'escalade. Cette ville faisoit la force de l'État : tout le reste n'étoit rien. C'est ce qui faisoit que, chez les Anciens, vous
20 voyez les (sic) expéditions, et jamais des guerres, et il n'étoit pas possible qu'un prince qui avoit perdu plusieurs batailles ne vît son pays envahi. Le merveilleux, c'est la France, la Flandre, la Hollande, etc. Nous avons vu, sous Louis XIII et sous Louis XIV,
23 des choses qui ne se trouvent que dans notre histoire. Sous Louis XIII*, les Espagnols, pendant vingt ou vingt-cinq campagnes, presque toujours malheu-