I. *J'ai mis cela dans les Romains
reux, sans perdre, cependant, qu'une petite partie d'un petit pays qu'on attaquoit. Louis XIV, dans la dernière guerre, accablé des plus cruelles playes qu'un prince peut recevoir : Hochstaedt, Turin, Ramillies, Barcelone, Oudenarde, Lille, soutenir la 5 supériorité continuelle et les foudres des ennemis, sans avoir presque rien perdu de sa grandeur. C'est ce qui ne se trouve point chez les Anciens, et il n'y a rien de comparable à cela chez eux que la guerre du Péloponèse; encore ne dura-t-elle ainsi que parce 10 que la victoire fut très longtemps partagée, et, dès qu'elle se détermina contre un parti, il fut soudain anéanti.
Les villes d'Asie pouvoient être plus grandes, primo, parce qu'il faut beaucoup moins de choses i5 pour la subsistance des Asiatiques que pour celle des Européens: car ce qui peut empêcher l'accroissement des villes, c'est la nécessité d'y faire subsister un peuple; ce sont les mortalités, les pestes, etc.; c'est la difficulté des communications, la cherté 20 presque inévitable par les transports d'un quartier à un autre.
Je trouve qu'il y a plus de merveille au roi de France d avoir deux cents places bien fortifiées sur les frontières de ses états, et d'y en avoir trois 25 rangs, qu'il n'y en avoit au roi de Babylone d'en avoir une au centre, dans laquelle il avoit employé toute sa puissance.
1471 (419. 1, p. 379). — Remarquez que tous les pays qui ont été beaucoup habités sont très mal- 3o
sains : ainsi le territoire de Rome devenu très malsain; rÉgypte devenue très malsaine. Apparemment que les grands ouvrages des hommes, et qui s'enfoncent sous la terre, les canaux, caves, souterrains, 3 reçoivent les eaux, qui y croupissent. Le pays se détruit peu à peu, et la destruction augmente par la négligence à entretenir les anciens canaux. Ainsi rÉgypte a-t-elle la peste toutes les années.
1472(429. I, p. 384). — Il me semble que les lieux 10 qui ont été très peuplés autrefois et ne le sont plus, comme la Campagne de Rome et le Royaume de Naples, l'Egypte, sont devenus malsains : l'intempérie, dans l'un (sic); la peste, dans l'autre.
1473 (731. 1, p. 488). — Les Anciens dévoient avoir
1 5 un plus grand attachement pour leur patrie que nous :
car ils étoient toujours ensevelis avec leur patrie.
Leur ville étoit-elle prise? Ils étoient faits esclaves ou
tués. Nous, nous ne faisons que changer de prince.
1474*(i568. II, f» 453 vo). — Comme on faisoit un 20 grand butin dans la prise des villes, il arrivoit souvent que les gens d'une ville qui se sentoit prise se brûloient avec toutes leurs richesses, leurs femmes, leurs enfants, afin que le vainqueur n'eût rien qui pût lui marquer sa victoire, et qu'il n'eût que 23 ses pertes, sans aucun profit.
A Numance, dit Orose, c ununt Nuntantinum vie* toris catena non tcnuit; unde triumphum dederit Roma non vidit » .
1475*(ioo.I, p.91). — Il se fait de temps en temps des inondations de peuples dans le Monde, qui font recevoir partout leurs mœurs et leurs coutumes. L'inondation des Mahométans apporta le despotisme; celle des hommes du Nord, le gouvernement 5 des nobles. Il a fallu neuf cents ans pour abolir ce gouvernement- là et établir, dans chaque État, le gouvernement d'un seul. Les choses subsisteront de même, et il y a apparence que nous irons, de siècle en siècle, au dernier degré de l'obéissance, jusqu'à 10 ce que quelque accident change la disposition des cerveaux et rende les hommes aussi indociles qu'ils l'étoient autrefois. Voilà comme il y a toujours eu flux et reflux d'empire et de liberté.
1476 (8o3. 1, p. 5i5), — Les peuples du Nord d'Eu- i5 rope, source de la liberté. Les peuples qui vinrent du Nord d'Asie portoient avec eux la servitude, comme je l'ai remarqué.
1477 (545. 1, f* 433 v°). — Les historiens romains ont constamment observé que les peuples du Nord, 20 presque indomptables dans leur pays, n'étoient pas,
à beaucoup près, tels dans des pays plus chauds. Ils font sans cesse cette remarque sur les Gaulois, les AUemans, les Suèves et les Germains. C'est pour cela que Marius ne voulut combattre les Cimbres et 25 les Teutons que dans des pays et dans des temps les plus brûlants. Et il n'y a point d'historiens qui, sur ces matières, puissent nous aider à former des conjectures plus solides, parce que les Romains ont
été huit cents ans toujours en guerre, successivement avec tous les peuples du Monde.
Ceci n'empêche pas que les peuples du Nord n'ayent toujours subjugué les peuples du Midi, parce 5 que ce sont des peuples éternels, indomptables (principalement parce qu'ils ne valent pas la peine d'être domptés), qui prennent les empires du Midi dans les temps de leur décadence, et en précipitent la chute.
1478 (65o. I, f°458). — Il ne faut pas juger la force
lo que les différents pays d'Europe avoient autrefois par celle qu'ils ont aujourd'hui. Ce n'étoit pas seulement l'étendue et la richesse d'un royaume qui en faisoit la puissance; mais plutôt la grandeur du domaine du Prince'. Les roix d'Angleterre, qui
i5 avoient de très grands revenus, firent de très grandes choses, et les roix de France, qui avoient de plus grands vassaux, en furent longtemps moins aidés qu'embarrassés.
Lorsque les armées conquirent, les terres furent
2o partagées entre elles et les chefs. Mais, plus la conquête étoit ancienne, plus on avoit pu dépouiller les roix par des usurpations ou par des récompenses. Et, comme les Normands furent les derniers conquérants, le roi Guillaume 2, qui se réserva tout le
25 domaine ancien, avec ce qu'il eut par le nouveau partage, fut le plus riche prince de l'Europe.