‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 9 sur 263 · ART D'ECRIRE II · texte numérisé non relu

ART D'ECRIRE II

heurte tant de sujets dans les conversations que Ton imagine des choses; on y voit les hommes comme agréables et comme gais; on y est pensant par la raison qu'on ne pense pas, c'est-à-dire que 3 Ton a les idées du hasard, qui sont souvent les bonnes.

L'esprit de conversation est un esprit particulier, qui consiste dans des raisonnements et des déraisonnements courts.

10 793 (5o. I, p. 54). — Plagiaire. — Avec très peu d'esprit, on peut faire cette objection-là.

Grâce aux petits génies, il n'y a plus d'auteurs originaux. Il n'y a pas jusqu'à Descartes qui n'ait tiré toute sa philosophie des Anciens. Ils trouvent

i3 la doctrine de la circulation du sang dans Hippo-

crate, *et, si les calculs différentiel et intégral ne

• se sauvoient par leur sublimité de la petitesse de

ces gens-là, ils le (sic) trouveroient tout entier dans

Euclide*. Et que deviendroient les commentateurs

20 sans ce privilège? Ils ne pourroient pas dire : € Horace a dit ceci... — Ce passage se rapporte à un autre de Théocrite, où il est dit... » Je m'engage de trouver dans Cardan les pensées de quelque auteur que ce soit, même le moins subtil.

25 On doit rendre aux auteurs qui nous ont paru originaux dans plusieurs endroits de leurs ouvrages, cette justice, qu'ils ne se sont pas abaissés jusques à descendre à la qualité de copistes.

794(856. 1, p. 544). — J'ai prévenu les disserta-

tions qu'on devoit envoyer à rÂcadémie, afin qu'on ne nous accuse pas d'être comme ces gens qui habitent près de la mer, qui ne subsistent que par le pillage qu'ils font de tout ce qui est jeté sur leurs côtes. 3

795 (599. I, f> 447). — Voici des vers faits à Mos-

cou sur la mort de Pierre II :

Clauditur in Jano sic vHœ (?) janua Petro. Mors aperit limen, quando paratur hymen.

Vous voyez que les vers rimes se trouvent tou- 10 jours lorsque l'on commence à sortir de la première barbarie.

796 (210 1. III, fo 348 v°). — La belle prose est comme un fleuve majestueux qui roule ses eaux,

et les beaux vers, comme un jet d'eau qui jaillit i5 par force : il sort de l'embarras des vers quelque chose qui plaît.

797(285. 1, p. 3o8). — Les transpositions, permises dans la poésie, lui donnent souvent de l'avantage sur la prose, parce que l'on met le mot important 20 de la pensée dans le lieu le plus frappant, et que toute la phrase peut porter sur ce mot.

Ainsi, dans les vers :

Et vous, d'un vain devoir imaginaires loix, Ne faites point entendre une inutile voix. 2 5

Sans vous, chez les mortels, tout étoit légitime. C'est vous qui, du néant, avez tiré le crime.

ART D* ÉCRIRE l3

L'impression auroit été moindre, si Ton avoit dit : € Sans vous tout auroit été légitime chez les mortels : c'est vous qui avez tiré le crime du néant. >

798 (520. I, p. 420). — Il faut bien distinguer 5 quand un auteur a voulu dire une vérité, ou quand il a voulu dire un bon mot: par exemple ', quand saint Augustin a dit : < Qui te creaHt sine te, non te salvabit sine te? * on voit bien que Fauteur a voulu faire une antithèse.

10 799 (i 100. II, f^ 73 V**). — € Nec me divitiœ movent in quitus Bonieri et Samueles Turennios et Warvicos superarunt, »

J'aurois mis : fœx Gallica, Bonieri et Samueles; mais j'aurois moins dit; parce que, lorsque la chose

i5 dit tout, il ne faut point de nouvelles paroles.

8(W (1955. III, fo 257). -Livre X, Virgile dit d'Ascagne :

Qualis gemma micat, fulpum quœ dividit aurum.

Je disois: « Les traits saillants ne doivent être que 20 sur les tissus d'or : ils sont puérils lorsque le sujet est puéril. »

Le père Porée : < Comme cette pierre précieuse qui sépare l'or d'avec l'or. »

SOI* (1444. II, f* 211 V**). — Donner des images

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