TROISIÈME ÉTAPE - L'HUMILITÉ
L'humilité est le point fondamental et culminant de la vie de piété. Tout ce qui précède n’a d’autre but que de la préparer: l’on peut même dire — aucun auteur spirituel ne nous contredira sur ce point — que sans humilité il n’y a pas de véritable piété, il ne peut pas y en avoir 76). C’est à partir du moment où elle est réalisée dans une âme qu’elle produit l’état de ferveur ou de perfection qui est le but de toute âme pieuse. 11 faut donc nous bien rendre compte de ce qu’elle est et de sa portée dans la vie spirituelle.
Théoriquement elle consiste à ne s’estimer que dans la mesure où on le mérite, à ne vouloir l'estime d’autrui que si vraiment l’on en est digne 77), Mais ceci ne dépasse guère la sincérité avec soi et avec les autres. Or, plus l’on pénètre dans l'étude de l’humilité, plus on s’aperçoit qu’elle est tout autre chose.
Il y a en effet, nous dit-on 78), deux humilités, l’une purement naturelle fondée sur la raison, l’autre dite surnaturelle fondée sur la foi. En d’autres termes, pour être surnaturellement humble, il faut tenir compte, non seulement de ce que l'on est par rapport aux autres hommes 7%, mais encore et surtout de ce que l’on vaut par rapport à Dieu. Au lieu d'attribuer à soi-même ce que l’on a de bien, c’est à Dieu seul qu'il faut
76) Nemo potest stare nisi ex toto corde se voluerit propter Deum humiliare, > Imit. I, 17, 3. < L’humilité. ’est la racine, le principe, le foyer, l’aliment de presque toutes les vertus » BERLIERE, p. 137.
77) Formation, p. 33-40. û
18): Ibid:, D12AA ST CFO M) OLIER, Cat. 101, 109: « Tout ce que lon fait de bien, on ne le fait que par le secours de Dieu; et comme il y a en soi le principe de tout mal, il faut accepter qu’on dise de soi tout le mal possible, car c’est toujours vrai. » Cf. Imit., IL, 40.
79) C’est toujours pour s’estimer pire que les autres qu’il faut se comparer à eux. « De se ipso nihil tenere et de aliis semper bene et alle sentire, magna sapientia est et perfectio. Omnes fragiles sumus, sed lu neminem fragiliorem te ipse tenebris. » Im., 1, 2, 4 « Si aliquid boni habueris, crede de aliis meliora, ut humilitatem conserves. » Ibid, I, 7, 3. Cf. encore BERLIERE, p. 136.