DEUXIÈME CHAPITRE
Il n’est pas inutile, pour mieux comprendre en quoi consisté l'activité pieuse, d’analyser d’abord l’état qui en ‘est le pire ennemi !) et que les maîtres de la vie spirituelle nomment la tiédeur, état intermédiaire entre l’impiété ou l'indifférence et la piété proprement dite. On a alors les mêmes croyances, aussi indiscutées que dans la piété; de plus l’on est pareillement adonné aux pratiques religieuses, que l’on accomplit avec assez de régularité, si bien qu’à en juger par les actes et par les paroles, c’est-à-dire par le comportement, rien ne distingue l’âme tiède de l’âme véritablement pieuse: tout l'extérieur y est, plus exactement tout ce qui vient de l'extérieur, tellement que le tiède ne se rend pas compte de son état et conserve l'illusion d’avoir une véritable piété, illusion qui le laisse en paix de conscience. Mais s’il y a ainsi toutes les apparences, il n’y a rien de plus. Voyons donc en quoi consiste exactement cet état.
1. Il y a d’abord une très grande facilité à commettre le péché véniel, facilité telle qu’on le commet sans avoir le moindre remords 2).
Remarquons que les théologiens ont bien soin de distinguer cette facilité des défaillances passagères qui peuvent échapper à une âme fervente. Sans doute, celles-ci, à force de se multi-
1) «.…. Cette maudite tiédeur, qui leur fait croire qu’ils me servent, tandis qu’ils ne vivent que pour eux-mêmes, sans s’en apercevoir. » (Map. de Pazzi, citée par Truc, Grâce, p. 69).
2) Pr. pr. I, p. 112-113 et p. 186-187; TANQUEREY, p. 793-796.