SUR DON QUICHOTTE
On peut riraag"inerclans son cellier tirant, avec parcimonie, d'une barrique aigrement moisie, du cidre âpre et dur; ou bien, par une nuit chaude, se tournant et se retournant sur un lit plein de puces; ou bien, sous l'imposante frondaison des bois du noble Gamache^ à l'heure torride où la noce n'est plus qu'un cri de cigale.
Merveilleux Cervantes ! N'est-il donc de richesses qu'aux pauvres? De même que, pour découvrir la perle et le diamant, il faut fouiller dans l'écaillé et dans la gangue
grossières, c'est dans ce réduit rong-é de rats qu'il faut voir se concrétiser tour à tour Camille, Lucinde, Lothaire, Anselme, Gardénio. C'est de ce triste potag-er qui a quelques mètres carrés, de cette aride et pouilleuse terre delà Manche, de ce désert sableux que le voyageur parcourt, dit-on, sans qu'il aperçoive rien qui puisse réjouir sa vue, c'est de là qu'ont jailli ces noires cascades de verdures, ces parcs dont les grenades coulent, ces longs châteaux d'azur enfouis dans la fraîcheur feuillue des torrents. C'est dans cette auberge où tu couchas peut-être, ô Cervantes! souffrant et dépossédé, c'est dans c^tte auberge fumeuse que tu entendis chanter le gentilhomme déguisé en garçon muletier, et la jeune fille gémir d'amour en l'écoutant...
Que Dieu me donne ta fin, ô Don Quichotte, car je veux trépasser convenablement.
Je veux mourir selon les rites catholiques, après une existence de rêvasseries plus ou moins douloureuses. Je veux que le laurier bénit orne ma chambre, que Ton me reg'rette assez, mais pas trop, humainement, de telle façon que ceux qui m'auront connu le mieux évoquent avec plaisir ma mémoire.