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SUR LA NEIGE

La neig-e prend naissance on ne sait trop comment. Mais, tandis qu'il faut les brises de l'été aux duvets du chardon pour que le vent les sème, à ceux de la neig'e il faut les ouragans de l'hiver. Encore : aux duvets du chardon il faut le chant du chardonneret pour qu'ils mûrissent, et la douce terre et les belles eaux. Aux flocons de neig'e il faut, pour qu'ils rompent les gousses des nuag-es, le silence des aigles, le g"0uffre aérien, le sillon de la foudre.

Le chardon sème le chardon, la rose la

rose, l'immortelle l'immortelle, et la jeune fille des baisers sous ses pas. Mais que sème la neig'e, alors que ses akènes tombent dans l'ouate g-rise du mystère? Car les akènes sont des fruits, aussi bien ceux de la neige que du chardon, ou que du pissenlit sur quoi l'on souffle pour savoir si l'amour est éternel.

Si la météorologie nous enseigne plusieurs espèces ^e flocons, et que chaque espèce compte six sépales, ne pouvons-nous rapprocher ces flocons des amaryllis et des lys, et des narcisses des poètes, et, en général, des liliacées?

Pourquoi ne pas classer parmi elles tous ces calices blancs éclos, en somme, avec toute la flore, parmi les saharas du ciel ?

Oui, que sème la neige? Elle sème la mort.

Plus vénéneux que le suc de l'aconit et de

yO PENSÉE DES JARDINS

la belladone, son suc g-lace le sang desmisérables sans abri. Et c'est au moment que se détachent ses fleurs sessiles, que l'on trouve sur les pavés, sur les bancs, au seuil des églises, des cadavres violacés par le poison subtil. Si l'effluve du sumac australien est dangereux, l'insensible arôme de la neige ne Test pas moins. Il fut des jours, dans l'histoire, où des peuples moururent sous la profusion de ces fantastiques bouquets blancs qui j onchaient l'immensité , qui se tou chaient , qui attachaient au flanc de la vieille Terre une aile pâle gonflée par la tourmente.

Lorsque Napoléon fuyant Moscou leva la tête, peut-être en voulut-il à Dieu que les pâles moissons des neiges tombassent en abondance des champs célestes sur son armée, sans que l'on pût pétrir avec elles un autre pain qu'un pain de mort ?

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