DE LA FORMATION DES FORMES
Je pense que la Terre agit peut être comme le tour d'un potier, dont le plateau serait une sphère isolée de son support, et soumis aux lois de la g-ravitation.
Posée dessus, la matière n'a plus qu'à prendre forme. Elle se dresse d'elle-même conîme l'arg-ile sur le tour. Et, sous lesdoig-ts de l'Air, des Eaux, du Feu, de l'Attraction, cette matière se creuse en conque, se bombe en sein, se ramifie en arbre, s'incurve en falaise.
Les courbes de la mer. les cyclones, les
typhons, et jusqu'aux moindres vag-ues, sont des maquettes éphémères que pétrissent, suivant les mêmes lois, les Eléments qui forment les coquilles. La volute d'un tourbillon égale celle d'une conque.
Un poète a dit que les fossettes, chez la femme, sont les empreintes des doig^ts des ang-es. Il ne se doutait point de la profondeur de sa pensée. Je song-e au coup de vrille donné, par la base d'une trombe, à l'arg-ile rose qui, sur la sphère en rotation, s'est modelée en masque de jeune fille.
Donc, Dieu ne m'apparaît point comme un artiste ou un savant. Je ne le vois entouré ni de cornues, ni de microscopes, ni de microtomes, ni de télescopes, ni de spectroscopes. Il ne revêt point la robe d'un professeur. Il ne vaccine point de cobayes. Il ig-nore le surhomme, la prosodie et la télégraphie sans fil. Mais, plutôt : il prend
les morceaux de bois et, avec son couteau, .1 taille grossièrement un ornithorynque, — î'est une sorte de loutre qui a un bec de :anard comme un président de la républi- |ue a un chapeau haut de forme, — et pose 'ornithorynque là.
D'autres fois, au contraire, c'est avec une ïxtrême délicatesse qu'il découpe, dans le )loc, un profil de feuille ou de vierg-e. L'é- )auchc terminée, il la reproduit en argile, ndéfîniment, sur les sphères tournantes de 'Univers.