‹ Pensée des jardinsChapitre 30 sur 55 · SONGE · texte numérisé non relu

SONGE

C'était en un pays de sombre magnificence, dans une forêt où de larges et tristes palmes semblaient des plumes d'autruche. Ceux qui étaient las des chasTrins, moi, nous allions nous enfoncer dans cette forêt, lui demander le calme, ne plus entendre que le bruit de nos piochons déracinant des espèces ténébreuses et belles. Nous étions groupés autour d'un autel dressé dans l'obscurité végétale. Une grave bénédiction planait sur l'amertume de nos cœurs courageux. Ma mère

était là, assistant à ce départ solennel. Un des botanistes me faisait face, et sa boîte de Dillénius était verte comme une île.

Quelle différence entre cette herborisation projetée par mon songe taciturne, et celle que je fis, hier, avec ma nièce, dans de légers bois, auprès de vertes sources et de petits marécages rougeâtres! Que nos pays sont tempérés /Que atempérés » s'applique bien au caractère de notre flore ! Là-bas, dans la zone tropicale où mes aïeux dorment leur torride sommeil, les gueules merveilleuses des corolles bâillent aux colibris, mielleuses et féroces. On voit des jeteuses de sorts empoigner des racines et danser dans l'ombre.

Mais, ici, la douce parnassie élève, auprès d'un ruisseau médiocre, une coupe que ne viderait pas une abeille, et la fleur du mélampjre semble le cor d'une cigale.

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