‹ Pensée des jardinsChapitre 53 sur 55 · L ANE DE BEATRIX · texte numérisé non relu

L ANE DE BEATRIX

Alighieri ! qu'une telle lumière obligea

à baisser les yeux et, sans doute, des yeux d'aigle

Je suis âne, et je crois que Dieu me permettra 5fc|

de faire le trajet du ciel à petits pas,

îl me manque un morceau d'oreille. Elle est cassée,

et ce petit morceau je veux le retrouver.

Abaisse avec pitié vers moi ce coin de lèvre

qu'a tendu comme un arc un Amour éternel.

Je suis l'âne, porteur d'olives et de seigle

et sur le dos duquel ta Béatrix de miel

riait comme un pommier qui mire un arc-en-ciel.

Jammes m'a assuré qu'une savante règle

OUELOUES ANES 189

te fait mettre en enfer tous ceux qui ne sont pas ainsi que l'on doit être au moment du trépas, Il t'aime cependant tel que tu es, et dit, ô théologien, que tu sus l'attendrir sur cette pauvre Francesca di Kimini.

On dit qu'à son sujet tu t'es évanoui, tiouvaut leafer trop chaud pour pour ce baiser léger qu'elle laissa un jour sur sa bouche neiger... Dante, quand je mourrai, que feras-tu de moi ? C'est moi qu'avait choisi Ion ineifabie Dieu aûu de le mener jusqu'au Chemin de Croix. 0 Dante I Nul ne sut, alors qu'il expira, Que tout mon corps trembla avec toute la terre. Dâfnle, je crois que Dieu est retourné aux cieux et, humblement, je viens te dire que je l'aime. Il ne m'a pas battu. Ne me repousse point. Songe au lever du soir sur les toits florentins, à ce parfum du cœur qu'a la ville natale et à ta Béatrix, coiffée par les étoiles, posant sur mon vieux cuir la douceur de sa main.

vn

Page 1