‹ Pensées (volume 2)Chapitre 106 sur 306 · Cf. le discours de l'incrédule · texte numérisé non relu

Cf. le discours de l'incrédule

j. « L'espoir de l'impie est comme un duvet chassé par le vent, comme l'écume poussée par le flot, comme la fumée qui se perd dans les airs, comme le souvenir de l'hôte d'un jour qui ne fait que passer, i i^ap., 5, iSO

raison de choisir l'un que l'autre, rien ne tentant plus que l'autre ^ (XXV, lé bis.)

18, Craindre la mort, hors du péril, et non dans le péril ; car il faut être homme^. (XXV, 59.)

19. Mort soudaine, seule à craindre; et c'est pourquoi les confesseurs demeurent chez les grands 3. (XXV, 59.)

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La règle des partis. ,',y;j„

Incomprélmmhïlitt de Dieu. Croix ou pile. Le parti îe plus sûr (r, 2, 12). Quitter les plaisirs {j). Plier la machine (8). Oter les obstacles {10). Rechercher la vérité (i^, 18, ip).

l. Infini, rien. Notre âme est jetée dans le corps, où elle trouve nombre, temps, dimension. Elle raisonne là-dessus et appelle cela nature, nécessité, et ne peut croire autre chose 4.

Nous connaissons qu'il y a un infini 5 et ignorons sa nature. Comme nous savons qu'il est faux que les nombres soient finis; donc il est vrai qu'il y a un infini en nombre . mais nous ne savons ce qu'il est. Il est faux qu'il soit pair, il est faux qu'il soit impair ; car, en ajoutant l'unité, il ne change point de nature; cependant c'est un nombre, et tout nombre

I. Ces deux morceaux, rapprochés du discours que Pascal a placé dans la bouche de l'incrédule, n'en paraissent être que des variantes et témoignent de son âpre insistance à remuer le problème que résume si bien Carlyle : From mystery, to mystery, through mystery !

■2. Ent. : on ne peut sans cesser d'être homme bannir toute crainte de la mort ; mais l'éprouver dans le péril, serait d'un lâche ; hors du péril, c'est d'un sage et d'un chrétien.

5. Ces deux fragments comparés avec les pensées 3, 4, 5 et 9 per-

mettent de se faire une idée des sentiments très complexes qui accompagnaient chez Pascal la pensée de la mort.

4. Ent. : et ne peut concevoir autrement l'Être parfait. Pascal se propose de démontrer que nous ne connaissons pas véritablement la nature de Dieu : c'est la thèse de saint Augustin {Ps. 154) et de Fénelon {Traité, 11= p.)

5. Il s'agit de l'infini mathématique, oïlui que Descartes appelle l'indéfini.

est pair ou impair : il est vrai que cela s'entend de tout nomore fini.

Ainsi on peut bien connaître qu'il y a un Dieu sans savoir ce qu'il est.

Nous connaissons donc l'existence et la nature du fini^ parce que nous sommes finis et étendus comme lui.

Nous connaissons l'existence de l'infini et ignorons sa. nature, parce qu'il a étendue comme nous, mais non pas des bornes comme nous'.

Mais nous ne connaissons ni l'existence ni la nature de Dieu, parce qu'il n'a ni étendue ni bornes^.

Mais par la foi nous connaissons son existence : par la gloire 5 nous connaîtrons sa nature. Or, j'ai déjà montré qu'on peut bien connaître l'existence d'une chose sans connaître sa nature.

Parlons maintenant selon les lumières naturelles.

S'il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible^ puisque, n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport avec nous : nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu'il est, ni s'il est 4. Cela étant, qui osera entreprendre de résoudre cette question ? Ce n est pas nous, qui n'avons aucun rapport à lui.

Qui blâmera donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raisons? Ils déclarent, en l'exposant au monde, que c'est une sottise, stultiiiam, et puis vous vous

1. Autrement dit, l'infini mathématique ou abstrait rentre comme notre corps dans la catégorie de la quantité.

2. Pascal admet cependant une connaissance naturelle de l'existence de Dieu. V. I, 11 et 21.

3. Dans le sens où Corneille fait dire à Polyeucte : Mais si dans ce séjour de gloire et de lumière. C'est ce qu'on nomme en théologie la vision hèatijique.

4. Pascal se place ici manifestement dans l'hypothèse admise par les incrédules qu'il a pris à tâche de réfuter.

Ils soutiennent que Dieu n'ayant nul rapport à nous, nous ne pouvons savoir s'il existe : l'apologiste ne refuse pas de les suivre sur ce terrain pour

les combattre. Ajoutons que dans tout ce fragment le Dieu de Pascal,.

c'est le Dieu de la Révélation avec tous les mystères qu'elle comprend :

Trinité, Incarnation, Rédemption, Eternité et Fins dernières.

5. Parmi les apologistes, les un& sont plutôt frappés de la haute philosophie contenue dans l'Evangile et s'attachent à la doctrine si profondément humaine du discours de saint Paul à l'Aréopage. Les autres voient surtout le côté mystérieux de la Révélation et se plaisent à répéter le mot de la première épître aux Corinthiens :

« La prédication de la croix est folie. » Pascal semble, avec Tertullien et Lactance, être surtout du parti de ces derniers.

plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas. S'ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole : c'est en manquant de preuves <ju'ils ne manquent pas de sens. — Oui; mais encore que cela excuse ceux qui l'offrent telle, et que cela les ôte de blâme de la produire sans raison, cela n'excuse pas ceux qui la reçoivent. — Examinons donc ce point, et disons : Dieu €st, ou il n'est pas. Mais de quel côté pencherons-nous? La raison' n'y peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare ^. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous 3 ? Par raison, vous ne pouvez faire 4 ni l'un ni l'autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux.

Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix; car vous n'en savez rien 5. — Non : mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute ; le juste est de ne point parier.

-— Oui, mais il faut parier : cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué ^, Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins, Vous avez deux choses à perdre, le vrai et le bien ; et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir, l'erreur et la misère 7. Votre raison n'est pas plus blessée en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé; mais votre béatitude? Pesons le gain et la perte, en prenant croix^ que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnée tout ; si

1. Les éditeurs de Port-Royal, mieux placés que personne pour connaître la véritable pensée de Pascal, imprimèrent justement : La raison, dites-vous.

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