En =: de cette espérance
5 . Ceux-là en effet possèdent déjà le ciel par une sorte d'anticipation : Rgnum Dei intra vos est.
6. Le mot doute est répété avec la même insistance que le mot tuer dans la XIV° Proiinciale. Pascal connaissait la puissance de ce procédé sur l'ima- Kination.
vanité I, Je n'ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature.
Où peut-on prendre ces sentiments? Quel sujet de joie trouve-t-on à n'attendre plus que des misères sans ressource? Quel sujet de vanité de se voir dans des obscurités impénétrables, et comment se peut-il faire que ce raisonnement se passe dans un homme raisonnable?
« Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme ^ et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur ellemême, et ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces efîVoyabies espaces de l'univers qui m'enferment ; et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue 3, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné en ce point plutôt qu'en un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit 4. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m'enferment comme un atome, et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour >. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter ^.
« Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais; et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe
1. Cette gradation savante du style répond, on le sent bien, à un effort toujours croissant de dialectique et de passion.
2. Ce mot surprend d'abord dans la bouche de l'incrédule : il va aussitôt le rétracter en l'expliquant.
5. C'est, dans une seule phrase qui les rapproche et les rend plus saisissants par le contraste, le petit cachot et le silence éternel des espaces infinis. (I, letis.)
4. Comme notre être est un point entre deux infinis, notre vie est un point entre deux éternités. Cf. Miseri cordia Domiiii ah aterno et usque in teternuvi (Ps. , 103 ,17). On a rapproché aussi ce début d'un fragment de Léo-
nidas deTarente: « Infini, ô homme, est le temps avant ton arrivée à l'aurore, infini est-il après ta descente à l'Hadès. Quelle part de vie te revientil qu'un points ou quelque chose encore de plus imperceptible qu'un point? » (Anth. pal.. Vil, 472.)
5. Remarquer non seulement la poésie des images, mais l'harmonie même de la phrase et la sonorité des mots : on n'a jamais exprimé dans un style plus lyrique des idées mieux déduites et plus précises.
6. Mourir n'est rien, c'est d'ignorer la mort que s'indigne et se désespère cet incrédule si fier de sa pensée. On peut croire que Pascal lui a prêté ses propres angoisses. (Cf. I, 6.)
pour jamais ou dans k néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage '. Voilà mon état, plein de faiblesse et d'incertitude. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes; mais je n'en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher; et après, en traitant avec mépris ceux qui se travailleront de ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement, et me laisser mollement conduire à la mort, dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future ^. »
Qui souhaiterait avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière ? Q.ui le choisirait entre les autres pour lui communiquer ses affaires? Qui aurait recours à lui dans ses afflictions ? Et enfin à quel usage de la vie on le pourrait destiner? '■, -.■■-
En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables ; et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement de ses vérités. Car la foi chrétienne ne va presque qu'à établir ces deux choses : la corruption de la nature, et la rédemption de Jésus-Christ. Or je soutiens que, s'ils ne servent pas ài montrer la vérité de la rédemption par la sainteté de leurs i moeurs, ils servent au moins admirablement à montrer lai corruption de la nature par des sentiments si dénaturés ?. .">
Rien n'est si important à 1 homme que son état; rien ne lui est si redoutable que l'éternité. Et ainsi, qu'il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d'une éternité de misères, cela n'est point naturel. Ils sont
I. 11 existe, a-t-on dit, une solution intermédiaire, celle de Socrate persuadé « qu'il trouvera dans les dieux de bons maîtres ». Sans doute, mais n'est-ce pas pour ceux-là seuls qui auront fait leur devoir vis-à-vis de Dieu et de la vérité? Cf. Bossuet : t Ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils aspirent après cette vie et ce misérable ^ar/a^e ne leur est pas assuré. « (0. F. Anne de Gon^ague, i68s0
2. Ent. : dans l'incertitude de mon éternel anéantissement ou de mon éternel supplice. — C'est précisément le genre de mort lâche et stupide que souhaitait Montaigne. (Cf. VII, 40.)
3. Ainsi les libertins eux-mêmes confirment la vérité de la religion :
Pascal excelle à ces traits inattendus de dialectique, à ces éloquentes surprises d'argumentation.
tout autres à l'égard de toutes les autres choses : ils craignent jusqu'aux plus légères, ils les prévoient, ils les sentent % et ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d'une charge, ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c'est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, sans inquiétude et sans .émotion. C'est une chose monstrueuse de voir dans un même coeur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour les plus grandes. C'est un enchantement incompréhensible, et un assoupissement surnaturel, qui marque une force toute puissante qui le cause 2.
Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homme pour faire gloire d'être dans cet état, dans lequel il semble incroyable qu'une seule personne puisse être 3. Cependant l'expérience m'en fait voir en si grand nombre 4, que cela serait surprenant, si nous ne savions que la plupart de ceux qui s'en mêlent se contrefont et ne sont pas tels en effet. Ce sont des gens qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appellent avoir secoué le joug, et qu'ils essaient d'imiter s. Mais il ne serait pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là de l'estime. Ce n'est pas le moyen d'en acquérir, je dis même parmi les personnes du monde qui jugent sainement des choses, et qui savent que la seule voie d'y réussir est de se faire paraître honnête, fidèle, judicieux, et capable de servir utilement son ami; parce que
1. Même absentes, par l'imagination. C'est un des rapports de la théorie des puissances trompeuses (cf. III) avec Vapologie proprement dite de la IUligion.
2. Cette force surnaturelle et toutepuissante réside dans la transmission du péché originel ou d'une manière plus générale dans la loi de l'hérédité morale.
3. Cf. Montaigne : « L'athéisme étant une proposition comme desnaturée 8t monstrueuse... il s'en est vu assez en affecter la profession par contenance... Hommes bien misérables qui tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent 1 » (Est., II, 12.) -
4. Sans aller jusqu'à dire, avec le P. Garasse « qu'il y avait alors quarante mille athées en Fiance, » il faut bien reconnaître que l'incrédulité notoire des plusgrands seigneurs, comme Condé,Bus5i ou Saint-Ëvremond, avait mis le libertinage fort à la mode.
5. On reconnaît les mêmes originaux qui ont posé à la fois devant Pascal, devant l'auteur du Don Juan et devant Boileau, quand il peint ce libertin
Qui prêche contre nn Dien que dans son
(âme il croit,
et ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie.
les hommes n'aiment naturellement que ce qui peut leur être utile. Or, quel avantage y a-t-il pour nous à ouïr dire à un homme, qui nous dit qu'il a donc secoué le joug, qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions ; qu'il se considère comme seul maître de sa conduite, et qu'il ne pense en rendre compte qu'à soi-même ? Pense-t-il nous avoir porté par là à avoir désormais bien de la confiance en lui, et en attendre des consolations, des conseils et des secours dans tous les besoins de la vie ? Prétendent-ils nous avoir bien réjoui, de nous dire qu'ils tiennent que notre âme n'est qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content ? Est-ce donc une chose à dire gaiment? et n'est-ce pas une chose à dire tristement, au contraire, comme la chose du monde la plus triste ' ?
S'ils y pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l'honnêteté, et si éloigné en toute manière de ce bon air qu'ils cherchent, qu'ils seraient plutôt capables de redresser que de corrompre ceux qui auraient quelque inclination à les suivre. Et, en effet, faites-leur rendre compte de leurs sentiments et des raisons qu'ils ont de douter de la religion; ils vous diront des choses si faibles et si basses, qu'ils vous persuaderont du contraire. C'était ce que leur disait un jour fort à propos une personne : Si vous continuez à discourir de la sorte, disait-il, en vérité vous me convertirez ^. Et il avait raison; car qui n'aurait horreur de se voir dans les sentiments où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ! ^ Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentiments seraient'' bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des hommes. S'ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n'avoir pas plus de lumière, qu'ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse. Il n'y a de honte qu'à n'en point avoir 3. Rien n'accuse davantage une extrême faiblesse d'esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Dieu; rien ne marque davantage une mauvaise disposition du cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles ; rien n'est
I. Ces interrogations redoublées 1 2. « Ils en feront tant qu'ils me rappellent les mouvements analogues feront aller à confesse », disait spiriqui traduisent si éloquemment l'agi- tuellement Dudos, en parlant des tation et les angoisses de Job à la philosophes. pensée du néant. (Ch. 6, fin.) I j. En = de honte.
plus lâche que de faire le brave contre Dieu '. Qu'ils laissent donc ces impiétés à ceux qui sont assez mal nés pour en être véritablement capables ; qu'ils soient au moins honnêtes ^ gens*, s'ils ne peuvent être chrétiens, et qu'ils reconnaissent enfin qu'il n'y a que deux sortes de personnes qu'on puisse appeler raisonnables : ou ceux qui servent Dieu de tout leur coeur, parce qu'ils le connaissent ; ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur, parce qu'ils ne le connaissent pas. - Mais pour ceux qui vivent sans le connaître et sans \e^'f^J>^ chercher, ils se jugent eux-mêmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres; et il faut avoir toute la charité de la religion qu'ils méprisent, pour ne les pas mépriser jusqu'à les abandonner dans leur folie 3. Mais parce que cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu'ils seront en cette vie, comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu'ils peuvent être dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes 4, et que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont, il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fit pour nous si nous étions à leur place, et les appeler à avoir pitié d'eux-mêmes, et à faire au moins quelque pas pour tenter s'ils ne trouveront pas de lumières. Qu'ils donnent à cette lecture quelques-unes de ces heures qu'ils emploient si inutilement ailleurs, quelque aversion qu'ils y apportent; peut-être rencontreront-ils quelque chose, ou pour le moins ils n'y perdront pas beaucoup. -Mais, pour?';*^^ ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de rencontrer la vérité, j'espère qu'ils auront satisfaction et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine, que j'ai ramassées ici et dans lesquelles j'ai suivi à peu près cet ordre s.
1. Cf. Montaigne : « Que peut-on imaginer plus vilain que d'être couard à l'endroit des hommes et brave à l'endroit de Dieu ? » (Ess., II, 18.)
2. L'honnête homme, celui qui ne se pique de rien, ne saurait être un fanfaron d'impiété. (Cf. VI, 15.) On voit le point d'attache de cette théorie en apparence toute linéraire à VApologie de Pascal.
3. Il y a bien de la tendresse encore dans cette dureté, et ce qui inspire ici
es objurgations les plus véhémentes,
c'est encore, on le sent, le cœur d'un apôtre.
4. La doctrine de la grâce, loin défavoriser l'orgueil des plus saints, se trouve être ainsi le principe même de leur humilité.
5. Ici devait se placer une division générale de tout l'ouvrage, que Pascal n'a sans doute pas définitivement élaborée : « La dernière chose qu'on trouve en faisant un ouvrage est de savoir celle qu'il faut mettre la première. » (VII, 29.)
2. ...Que l'on juge donc là-dessus' de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie; qui se laissant conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réflexion et sans inquiétude, et comme s'ils pouvaient anéantir l'éternité en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulement.
Cependant cette éternité subsiste, et la mort, qui la doit ouvrir, et qui les menace à toute heure, les doit mettre infailliblement dans peu de temps dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux, sans qu'ils sachent laquelle de ces éternités leur est à jamais préparée.
Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse^ et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en la leur représentant à eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie. Car voici comment raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont, et sans en rechercher d'éclaircissement. Je ne sais, disent-ils 2.
3. Entre nous, et l'enfer ou le ciel, il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose du monde la plus fragile...
4. Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre la nature qu'il emploie cette heure-là, non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer au piquet. Ainsi,. il est surnaturel que l'homme... 3 C'est un appesantissement de la main de Dieu.
Ainsi, non seulement le zèle de ceux qui le cherchent
1. Variante d'autant plus précieuse du morceau précédent, qu'on y retrouve avec les tâtonnements toujours instructifs de la plume de Pascal, quelques expressions originales qui n'ont pas trouvé place dans la rédaction postérieure {anéantir Véternité, ce repos dans cette ignorance, etc.).
2. Cf. une pensée analogue de Bossuet : « Que les incrédules se regardent sur le point de passer à l'éternité, et qu'ils voient dans quelle disposition ils voudraient se trouver à ce dernier moment. Étrange aveugle-
ment de l'homme qui, tout penchant qu'il est à la mort, ne veut prendre qu'à l'extrémité les sentiments d'un mourant qu'elle inspire I » {Pensées, 26.)
5. Suppl. : il est surnaturel que l'homme, exposé à une éternité malheureuse, s'il ne s'attache à Dieu, s'amuse à mille frivolités qui n'ont rien de plus important que de joiur au piquet. Il n'est pas besoin d'avertir que ce trait énergiquement familiet n'avait pas trouvé grâce devant k goût timoré des éditeurs de P. R.
prouve Dieu, mais raveuglement de ceux qui ne le cherchent pas '.
5. Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir 2.
6. Fausseté des philosophes qui ne discutaient pas l'immortalité de l'âme. Fausseté de leur dilemme dans Montatgnes.
7. Commencer par plaindre les incrédules 4, ils sont assez malheureux par leur condition. Il ne les faudrait in)urier> qu'au cas que cela servît; mais cela leur nuit. (XXIV, 3 bis.)
8. ...Mais ceux-là mêmes qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n'y seront pas inutiles pour les autres. Nous en ferons le premier argument, qu'il y a quelque chose de surnaturel; car un aveuglement de cette sorte n'est pas une rhose naturelle ^ ; et si leur tolie les rend si contraires a leur propre bien, elle servira à en garantir les autres, par
1. Dans les trois fragments qui précèdent, il est curieux de voir Pascal reprendre, sous forme d'images et de coinparaisons, les principales idées développées en termes plus abstraits dans le grand morceau (IX, i). La chose du monde ia plus fragile entre nota et le ciel ou l'enjer, c'est sous une forme concrète la traduction du paragraphe purement dialectique : * Il ne Jaut pas avoir l'dme Jort élevée... »
2. Le condamné jouant au piquet dans son cachot met cii quelque sorte sous les yeux la conclusion logique du raisonnement . Qu'il se trouve des hommes indifértnts (p. 150). Enfin l'homme se dérobant la vue du précipice où il court, c'est l'image vivante qui fait agir et mouvoir sous nos yeux les données tout idéales de l'argumentation : «Je ne sais qui m'a mis au monde... » (p. 129.)
3. « Ils ont (.e d'.lemne toujours en la bouche : Ou l'âme est mortelle, ou immortelle: si mortelle, elle sera sans
peine; si immortelle, elle ira en amendant... Q.uoy, si elle va en empirant?... Par là, ils se donnent beau jeu. 1) {Ess., II, 12.)
4. C'est bien le ton qu'a pris, en effet, Pascal dans sa Préface, non seulement parce qu'en général il faut plaire à ceux qui ont des sentiments humains et tendres (Cf. VI, 53), mais parce que dans cette tâche il ne pouvait réussir qu'en imitant la charité même deJ.-C. (Cf. XXII, 32.)
5. Ce n'était pas l'avis du P. Garasse qui ne croyait pouvoir mieux combattre les incrédules qu'en les appelant « ces jeunes veaux ». On objecte que Pasi.al, dans la XI° Provinciale, a loué les saints de confondre parfois avec risée l'égarement des impies. C'est oublier qu'il ne s'agissait nullement alors de convertir des incrédules, mais de démasquer de pernicieuses erreurs.
6. Il ne peut s'expliquer que par un dogme révélé, celui de la chute.
(Cf. même art., 1.)
l'horreur d'un exemple si déplorable, et d'une folie si digne de compassion. (XXIV, 8 bis.)
9. Écoulemeni. C'est une chose horrible de sentir s'écouler tout ce qu'on possède ». (XXIV, 16 bis.)
10. Caehoi. Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic ^, mais ceci : Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. (XXIV, 17 bis.)
11. C'est un héritier qui trouve les titres de sa maison. Dira-t-il : Peut-être qu'ils sont faux? et négligera-t-il de les examiner? 3 (XXIV, 18 ter.)
12. Ordre. Les hommes ont mépris pour la religion, ils en ont haine, et peur qu'elle soit vraie 4. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison?, vénérable, en donner respect^, la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie 7 ; et puis montrer qu'elle est vraie 8.
1. A l'horreur que doit causer à l'incrédule cet écoulement universel, Pascal entend sans doute opposer le doux et profond sentiment d'éternelle stabilité qu'il exprimera plus loin :
« Les fleuves de Babvlone coulent, et tombent, et entraînent. O sainte Sien, où tout est stable et où rien ne tombe I » (XXII, i6.)
2. Pascal, dans la XVIII° Provinciale, s'était manifestement rangé du côté de Copernic et de Galilée :
« Si l'on avait des observations constantes qui prouvassent que c'est la terre qui tourne, tous les hommes ensemble ne l'empêcheraient pas de tourner et ne s'empêcheraient pas de tourner aussi avec elle. » Ici, il préfère s'en tenir aux termes mêmes de Montaigne : « Le ciel et les étoiles ont branslé trois mille ans, tout le monde l'avait creu... Nicétas s'advisa de soutenir que c'était la terre qui se mouvait... Que prendrons-nous de là sinon qu'il ne nous doit chaloir lequel ce soit des deux? » {Ess., II, 12.) Qu'importe, en effet, la physique tout entière, quand il s'agit non seulement,
comme dans les Essais, de la connaissance de l'âme, mais, comme ici, de la solution du grand problème religieux?
3 . Nos vrais titres de noblesse sont en effet les vérités divines, les enseignements de la foi.
4. Idée chère à saint Augustin (Conf., X, 25) et reprise par Bossuet en plus d'un sermon. (Eglise, 1660, Haine de la vérité, 1660.)
5. Suivant cette indication, l'Apologie aurait commencé par cette démonstration que la raison est incapable d'atteindre la vérité totale (les deux infinis, les puissances trompeuses...').
6. C'est la seconde partie, où Pascal aurait dépeint la grandeur et la bassesse de l'homme, les contrariétés étonnantes de sa nature et toutes ces énigmes morales qu'explique seule la la doctrine de la chute.
7. Parce qu'elle promet aux hommes le vrai bien. C'est la troisième partie, sur l'avantage qu'il y a à parier pour une religion capable de faire notre bonheur en cette vie et dans l'autre.
8. C'est la quatrième partie,' ou démonstration du christianisme par
Vénérable, parce qu'elle a bien connu l'homme; aimable parce qu'elle promet le vrai bien. (XXIV, 26.)
13. [Est-ce courage à un homme mourant, d'aller, dans la faiblesse et dans l'agonie, affronter un Dieu tout-puissant et éternel?] (XXIV, 45.)
14. Il n'}' a que trois sortes de personnes ; les unes qui servent Dieu, l'ayant trouvé ; les autres qui s'emploient à le chercher, ne l'ayant pas trouvé; les autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux; les derniers sont fous et malheureux; ceux du milieu sont malheureux et raisonnables. (XXIV, 50.)
15. Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie* en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tète et en voilà pour jamais '. (XXIV, 58.)
16. Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l'éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis, et même que je vois, abimé* dans l'infinie immensité des espaces que j'ignore et qui m'ignorent ; je m'effraie et m'étonne de me voir ici plutôt que là ; car il n'y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors ^. Qui m'y a mis ? par 1 ordre et la conduite* de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi ? Memoria hospttis iinius diei pratereuniis ^ . (XXV, lé.)
17. Pourquoi ma connaissance est-elle bornée? mia taille, ma durée, à cent ans plutôt qu'à mille ? Quelle raison a eue la nature de me la donner telle, et de choisir ce nombre plu-
.tôt qu'un autre, dans l'infinité desquels il n'y a pas plus de
les prophéties, les figures, les miracles, la personne du Sauveur et l'établissement de rÉglise.
I. Ni Bossuet, proclamant, devant le cercueil de Madame, le néant de ce je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue, ni Shakespeare, faisant méditer Hamlet dans le cimetière d'Elseneur sur les crânes qui roulent à ses pieds, n'ont renouvelé le lieu commun de la mort par unp familiarité plus énergique à la fois et par une poésie plus pénétrante. Pascal avait
encore sans doute dans l'oreille le bruit de cette terre qu'on jette sur la tête, et l'harmonie même de sa phrase en rend le sourd et lugubre écho.