‹ Pensées (volume 2)Chapitre 110 sur 306 · La perte qui consiste dans le néant. V. Gr · texte numérisé non relu

La perte qui consiste dans le néant. V. Gr

distance qui est entre la certitude de ce qu'on s'expose % et Yinceriitude de ce qu'on gagnera, égale le bien fini qu'on expose certainement à l'infini qui est incertain. Cela n'est pas : aussi tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude, et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainement le fini, sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on s'expose et l'incertitude du gain ; cela est faux. Il y a, à la vérité, infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre ^. Mais l'incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde i, selon la proportion des hasards de gain et de perte, et de là vient que, s'il y a autant de hasards d'un côté que d'autre, le parti est à jouer égal contre égal ; et alors la certitude de ce qu'on s'expose est égale à l'incertitude du gain : tant s'en faut qu'elle en soit infiniment distante. El ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif; et si les hommes sont capables de quelques vérités, celle-là l'est.

Je le confesse, je l'avoue. Mais encore, n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu? — Oui, 1 Écriture, et le reste, etc. 4.

Oui ; mais j'ai les mains liées et la bouche muette : on me force à parier, et je ne suis pas en liberté 5 : on ne me relâche pas, et je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ?

Il est vrai. Mais apprenez au moins votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez; travaillez donc, non pas à vous convaincre par 1 augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions ^. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin; vous voulez vous guérir de l'infidélité, et vous en demandez le remède : apprenez de

2. Il y a, en effet, entre la certitude de gagner et l'impossibilité de gagner, une telle différence qu'on peut l'appeler une distance infinie, la différence de l'infini à zéro.

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