‹ Pensées (volume 2)Chapitre 111 sur 306 · C'est l'original d'un mot cé- Commencez par tout voir an · texte numérisé non relu

C'est l'original d'un mot cé- Commencez par tout voir an

point de vue moral et vous finirez par croire en Dieu.

lèbre

ceux qui ont été liés comme vous, et qui parient maintenant tout leur bien; ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc.; naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira '. — Mais c'est ce que je crains. — Et pourquoi? qu'avez-vous à perdre ?/^' '• '--y '■^' ' t

Mais pour vous montrer que cela y mène, c'est que cela diminuera les passions, qui sont vos grands obstacles, etc.

Or quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti ? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, ami sincère, véritable. A la vérité, vous ne serez pas dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices ; mais n'en aurez-vous point d'autres ?

je vous dis que vous y gagnerez en cette vie, et que, à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de néant de ce que vous hasardez, que vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n'aviez rien donné.

Oh! ce discours me transporte, me ravit =, etc.

Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet Être infini et sans parties 3, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire ; et ainsi la force s'accorde avec cette bassesse 4.

I. Le mot est de Montaigne : « Il nous fault abesttr pour nous assagir, « (£«.,11, 12) et ailleurs : a Dieu n'a-til pas abesti la sapience de ce monde ? » (Cf. I. Cor., I, 23.) L'idée est qu'il faut plier la machine et disposer l'au-

moins admirable que la puissance de dialectique et surtout le génie dramatique de mise en scène dont témoigne tout le morceau. Nulle part le conflit tragique de la raison et de la toi, de la science et de la conscience, n'a pro-

tomate si l'on veut que la grice trouve I voqué de plus poignantes péripéties,

en nous un instrument docile. « Qui voudra faire la volonté de mon Père, est-il dit dans l'Évangile, connaîtra si

amené un dénouement plus pathétique.

3. Rappel significatif de l'idée par laquelle débute ce fragment : la sim-

ma doctrine vient de mon Père. » plicité et l'incompréhensibilité de C'est dire en somme que, pour avoir Dieu.

la foi, rien n'est tel que de vivre selon | 4. La force de la grâce avec la basla foi. j sesse de notre nature ainsi prosternée

2. L'émotion religieuse de cette con- t devant l'infini. dusion véritablement lyrique n'est pas !

I bis. L'unité jointe à l'infini ne l'augmente de rien, non plus qu'un pied à une mesure infinie. Le fini s'anéantit en présence de l'infini et devient un pur néant. Ainsi notre esprit devant Dieu; ainsi notre justice devant la justice divine.

II n'y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, qu'entre l'unité et l'infini.

Il faut que la justice de Dieu soit énorme comme sa miséricorde : or, la justice envers les réprouvés est moins énorme et doit moins choquer que la miséricorde envers les élus'.

2. Obj. — Ceux qui espèrent leur salut sont heureux en cela, mais ils ont pour contrepoids la crainte de l'enfer^. — Rép. Qui a plus de sujet de craindre l'enfer, ou celui qui est dans l'ignorance s'il y a un enfer, et dans la certitude de damnation, s'il y en a, ou celui qui est dans une certaine persuasion 3 qu il y a un enfer, et dans l'espérance d'être sauv»!;, s'il est?

3. J'aurais bientôt quitté les plaisirs, disent-ils, si j'avais la foi. Et moi, je s'ous dis : Vous auriez bientôt la foi, si vous aviez quitté les plaisirs. Or, c'est à vous à commencer. Si je pouvais, je vous donnerais la foi 4. Je ne puis le faire, ni partant éprouver la vérité de ce que vous dites. Mais vous pouvez bien quitter les plaisirs, et éprouver si ce que je dis est vrai.

4. ...Et ce qui couronne tout cela est la prédiction, afin qu'on ne dît point que c'est le hasard qui l'a faites.

Quiconque n'ayant plus que huit jours à vivre ne trouvera pas que le parti est de croire que tout cela^ n'est pas un coup du hasard...

Or, si les passions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose.

1. On reconnaît la doctrine même de saint Augustin : l'humanité depuis le péché d'Adam, est devenue massa luit, peccati, et Dieu ne lui doit que l'enfer.

Page 1