Ces deux états étant ouverts*, il est impossible que
1. Pascal avait ajouté : « Je suis la seule qui peut vous apprendre ces choses; je les enseigne à ceux qui m'écoutent. Les livres que j'ai mis entre les mains des hommes les découvrent bien nettement. Mais je n'ai pas voulu que cette connaissance fût si ouverte. J'apprends aux hommes ce qui les peut rendre heureux; pourquoi refusez- vous de m'ouïr? Ne cherchez pas de satisfaction dans la terre : n'espérez rien des hommes.
Votre bien n'est qu'en Dieu, et la souveraine félicité consiste à connaître Dieu, à s'unir à lui dans l'éternité.
Votre devoir est à l'aimer de tout votre cœur. Il vous a créés... » (Barré dans le ms.)
2. L'orgueil, qu'entretiennent les stoïciens en affirmant que nous sommes semblables à Dieu par nature,
et la concupiscence que flattent les épicuriens en faisant notre nature pareille à celle des bétes.
5. Dans l'Écriture, la Sagesse, en terminant, invite les hommes à son banquet (Prov., 9, i) : c'est ce que Racine a surtout imité, tout en empruntant, semble-t-il, à Pascal quelques traits de sa. prosopopée :
De la sagesse éternelle La voix tonne et nous instruit...
Le pain que je vous propose Sert aux hommes d'aliment.
Dieu lui-même le compose De la fleur de son froment.
Approchez, voulez-vous vivre f Prenez, mangez et vivez.
4. Pascal abaisse l'homme, non pour ravaler sa nature, mais pour mortifier son orgueil et lui rendre ainsi sa vraie dignité.
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VOUS ne les reconnaissiez pas. Suivez vos mouvements, observez-vous vous-mêmes, et voyez si vous n'y trouverez pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple ' ?
5. « ...Je n'entends pas* que vous soumettiez votre créance à moi sans raison, et ne prétends pas vous assujétir avec tyrannie. Je ne prétends point aussi vous rendre raison de toutes choses, et, pour accorder ces contrariétés, j'entends vous faire voir clairement, par des preuves convaincantes, des marques divines en moi, qui vous convainquent de ce que je suis, et m'attirent autorité par des merveilles et des preuves que vous ne puissiez refuser ; et qu'ensuite vous croyiez sciemment les choses que je vous enseigne, quand vous n'y trouverez autre sujet de les refuser, sinon que vous ne pouvez pas vous-mêmes connaître si elles sont ou non. »
6. S'il y a un seul principe de tout, une seule fin de tout : tout par lui, tout pour lui 3. Il faut donc que la vraie religion nous enseigne à n'adorer que lui et à n'aimer que lui. Mais comme nous nous trouvons dans l'impuissance d'adorer ce que nous ne connaissons pas, et d'aimer autre chose que nous, il faut que la religion qui instruit de ces devoirs nous instruise aussi de ces impuissances, et qu'elle nous apprenne aussi les remèdes. Elle nous apprend que par un homme tout a été perdu, et la liaison rompue entre Dieu et nous, et que par un homme la liaison est réparée 4.
Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, et il est si nécessaire, qu'il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste?.
7. Le péché originel est folie devant les hommes, mais on le donne pour tel. Vous ne me devez donc pas reprocher le
1. Saint Augustin disait d'après saint Paul : Homo duplex. Pascal reconnaît dans ce sujet simple non seulement deux natures, mais comme plusieurs personnalités contradictoires.
2. Continuation du discours de la Sagesse : Pascal va mettre dans sa bouche la théorie des Contrariétés. (Cf. '. 7, 29.)