Suppl. : Dieu, la religion
6. Suppl. : dans leur orgueil. S'ils ne trouvent pas Dieu sans effort comme les humbles, ils peuvent l'atteindre par la recherche où Pascal s'offre à les guider.
7. Cf. saint Luc : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, quand même un des morts ressusciterait. » (XVI,
8. Cf. Gr. 46. Phrase d'ailleurs refaite par Pascal, en un autre endroit du ms. : « Les raisons qui étant vues de loin semblent borner notre vue, quand on y est arrivé, ne la hornent plus; on commence à voir au delà. »
PENSÉES DE TASCAL
quelque face par où elle manque. Il suffit qu'elle ne soit pas absolument universelle, pour nous donner sujet d'appliquer l'exception au sujet présent ', et de dire : Cela n'est pas toujours vrai ; donc il y a des cas où cela n'est pas ; il ne reste plus qu'à montrer que celui-ci en est. Et c'est à quoi on est bien maladroit ou bien malheureux si on ne trouve quelque jour. (XXIV, 34.)
21. L'homme est ainsi fait, qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit ; et, à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire 2. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure, qu'il importe de bien régler : Corrumpunt mores bonos coUoquia pravai. Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir que de Dieu, qu'on sait être la vérité: et ainsi on se la persuade à soi-même. (XXIV, 37.)
22. Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration ; ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume; au contraire, mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y confirmer par la coutume, mais s'off"rir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ne evacuehir crux Christi^. (XXIV, 42.)
23. Superstition et concupiscence. Scrupules, désirs mauvais : Crainte mauvaises.
Crainte, non celle qui vient de ce qu'on croit Dieu, mais celle qui vient de ce qu'on doute s'il est ou non. La bonne crainte vient de la foi, la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte, jointe à l'espérance, parce qu'elle naît de la foi, et que l'on espère au Dieu que l'on croit : la mauvaise,
1. On dit par exemple que le miracle est l'effet du démon ou qu'il a une cause naturelle inconnue.
2. C'est la doctrine de V automatisme moral, si importante, d'après Pascal, pour l'acquisition de la foi et l'entretien de la vie intérieure. (Cf. IX, i et XIII, II, sq.)
3. « Les mauvaises conversations corrompent les bonnes mœurs. » (Ménaudre dans saint Jérôme, ép. 83.)
. 4. S'offrir par les humiliations aux
inspirations, puis ouvrir son esprit aux preuves, telle est, d'après Pascal, la seule méthode véritablement efficace pour arriver à la foi.
5. Cf. 5. La superstition s'explique selon Pascal, comme les scrupules et les désirs mauvais, par la concupiscence. Elle est une crainte mauvaise, la peur de trouver Dieu, tandis que la crainte filiale est li peur de le perdre.
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jointe au désespoir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a point de foi. Les uns craignent de le perdre, les autres craignent de le trouver. (XXIV, 47.)
24. Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur, et ils croient être convertis dés qu'ils pensent à se convertir ' . (XXIV, 51.)
25. La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues, sur tant de principes, lesquels il faut qu'ils soient toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit et s'égare, manque d'avoir tous ses principes présents. Le sentiment n'agit pas ainsi, il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment : autrement elle sera toujours vacillante^. (XXIV, 52.)
26. On se fait une idole de la vérité même; car la vérité, hors de la charité, n'est pas Dieu, et est son image, et une idole qu'il ne faut point aimer ni adorera; et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire, qui est le mensonge. (XXIV, 63 bis.)
27. Je puis bien aimer l'obscurité totale ; mais si Dieu m^engage dans un état à demi obscur, ce peu d'obscurité qui y est me déplaît; et, parce que je n'y vois pas le mérite d'une entière obscurité, il ne me plaît pas4. C'est un défaut, et une marque que je me fais une idole de l'obscurité, séparée de l'ordre de Dieu. Or il ne faut adorer que son ordre. (XXIV, 63 ter.)
28. Le monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu'il ne veut pas songer?. Ne pensez pas aux passages du
1. Tour épigrammatique, dans le goût de la Rochefoucauld, pour piquer et convaincre ceux qui font semblant d'ignorer que, en fait de conversion, il n'y a que le cœur qui compte.
2. Saint Augustin fait de même ressortir à propos de sainte Monique quelle différence il y a entre avoir étudié beaucoup de choses diverses et avoir l'esprit attentif à Dieu (De beata vita, 12).
3. Comme saint Paul, Pascal met l'amour bien au-dessus de la science,
et ne reconnaît à la vérité d'autre prix que de servir aux fins de nos affections : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne et une cymbale qui retentit. » (I Cor., XIII, i.)
4. L'obscurité de tel mystère, comme la prédestination, n'était pas pour déplaire à l'esprit de Pascal : il semble même qu'il ne le trouvât pas encore assez obscur à son gré.
Messie', disait le Juif à son fils. Ainsi font les nôtres souvent. Ainsi se conservent les fausses religions, et la vraie même, à l'égard de beaucoup de gens. Mais il y en a qui n'ont pas le pouvoir de s'empêcher ainsi de songer, et qui songent d'autant plus qu'on leur défend. Ceux-là se défont des fausses religions, et de la vraie même, s'ils ne trouvent des discours solides*. (XXV, 20.)
28 bis. Qu'il y a loin de la connaissance de Dieu à l'aimer! (XXV, 21.)
29. La foi est un don de Dieu; ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi ; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins. (XXV, 40).
30. Il y a peu de vrais chrétiens, je dis même pour la foi. Il y en a bien qui croient, mais par superstition ' ; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage4; peu sont entre deux.
Je ne comprends pas en cela ceux qui sont dans la véritable piété de mœurs, et tous ceux qui croient par un sentiment de cœur. (XXV, 47.)
31. Ceux qui n'aiment pas la vérité prennent le prétexte de la contestation de la multitude de ceux qui la nient 5. Et ainsi leur erreur ne vient que de ce qu'ils n'aiment pas la