Cf. XVIII
3. Cf. Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront. » (2, 28.)
4. Pascal , qui dans sa première jeunesse avait dénoncé aux pouvoirs ecclésiastiques un certain frère Saint-
176 PENSÉKS DE PASCAL
H. Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses. Je dis que le cœur aime l'être universel naturellement, et soi-même naturellement, selon qu'il s'y adonne ; et il se durcit contre l'un ou l'autre, à son choix. Vous avez rejeté l'un et conservé l'autre • : est-ce par raison que vous aimez ? C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison^. Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison 3. (XXIV, 5.)
15. On a beau dire, il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d'étonnant. — C'est parce que vous y êtes né, dlri-t-on. — Tant s'en faut; je me raidis contre; par cette raison-là même, de peur que cette prévention ne me suborne. Mais, quoique j'y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi4. (XXIV, 7.)
16. Il y a deux manières de persuader les vérités de notre religion ; l'une par la force de la raison, l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première >. On ne dit pas : Il faut croire cela, car l'Écriture, qui le dit, est divine ; mais on dit qu'il le faut croire par telle et telle raison, qui sont de faibles arguments, la raison étant flexible à tout. (XXIV, 8.)
17. Ce sera une des confusions des damnés, de voir qu'ils seront condamnés par leur propre raison, par laquelle ils ont prétendu condamner la religion chrétienne 6. (XXIV, 13.)
Ange dont la doctrine ne lui paraissait pas orthodose, avait appris à Port-Royal combien peut devenir redoutable, en matière religieuse, l'emploi des moj'ens de rigueur.
1. Ent. : vous, mondain, vous avez rejeté l'amour de Dieu et conservé l'amour de vous-même ; vous avez agi en cela non par raison, mais par concupiscence.
2. Ainsi l'on connaît religieusement, non quand on spécule sur des points d'histoire ou de métaphysique religieuse, mais quand on sent se réaliser en soi l'efficacité morale de la parole divine, quand le cœur paternel de Dieu se révèle au cœur de son enfant coupable ou égaré. Hoc est Christ um cognoscere, benefcia (jus cognoscere.
5. Rendre Dieu sensible au cœur y tel est aussi le but de Pascal dans son Apologie, rien n'étant plus inefEcace que la connaissance purement logique et a qui ne se tourne pas à aimer. »
4. On se souvient des vues profondes de Pascal sur l'habitude : il prévoit et réfute l'objection qu'on en pourrait tirer contre la religion qu'il professe.
5. Critique de Sebond et en gérai des apologistes qui prétendent démontrer par le raisonnement toutes les vérités religieuses.
6. Puisque l'acte de foi, loin d'être irrationnel, est au contraire justifié par la raison. Cf. i, sq.
18. Les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion, ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants'. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu'on ne peut dire que ce soit être sans raison que de les croire. Ainsi, il y a de l'évidence et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir* les autres. Mais l'évidence est telle ^, qu-'elle surpasse ou égale pour le moins, l'évidence du contraire 3 ; de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre ; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Et par ce moyen il y a assez d'évidence pour condamner et non assez pour convaincre; afin qu'il paraisse qu'en ceux qui la suivent, c'est la grâce, et non la raison, qui fait suivre ; et qu'en ceux qui la fuient, c'est la concupiscence, et non la raison, qui fait fuir 4. (XXIV, 18.)
19. Deux sortes de personnes connaissent 5 : ceux qui ont le cœur humilié, et qui aiment la bassesse* quelque degré d'esprit qu'ils aient, haut ou bas ; ou ceux qui ont assez d'esprit pour voir la vérité, quelque opposition qu'ils y aient 6. (XXIV, 19.)
20. Un miracle, dit-on, affirmerait ma créance. On le dit quand on ne le voit pas?. Les raisons qui, étant vues de loin, paraissent borner notre vue, [mais] quand on y est arrivé*, on commence encore à voir au delà. Rien n'arrête la volubilité de notre esprit. Il n'y a point, dit-on, de régie qui n'ait quelques exceptions, ni de vérité si générale qui n'ait
1. Cf. saint Aug. : « Je ne croirais pas à l'Évangile si la divinité de l'Église ne m'y poussait. » (Cent. Ep.
Fund. S-)
2. Evidence est dans Pascal synonyme de clarté et comporte toujours des degrés.
5. L'existence de Dieu, par exemple, est au moins aussi claire 4jue l'hypothèse contraire.
4. « L'Écriture n'est pas une science de l'esprit, mais une science du cœur, avait encore coutume de dire Pascal. Elle n'est intelligible que pour ■ceuK qui ont le cœur droit et tous les autres n'y trouvent que de l'obsculité. a (Fte de Pascal par M°" Périer.)