‹ Pensées (volume 2)Chapitre 146 sur 306 · V. Gr., 26 et · texte numérisé non relu

V. Gr., 26 et

toujours été conservés néanmoins ' ; et, s'étendant depuis les premiers temps jusques aux derniers, leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires*.

La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, la plus parfaite, et la seule qui ait toujours été gardée sans interruption dans un État. C'est ce que Josèphe TOontre admirablement contre Apion, et Philon juif, en divers lieux?, où ils font voir qu'elle est si ancienne, que le nom même de loi n'a été connu des plus anciens que plus de mille ans après; en sorte ■qu'Homère, qui a écrit de l'histoire de tant d'États, ne s'en est jamais servi. Et il est aisé de juger de sa perfection par la simple lecture, où l'on voit qu'on a pourvu à toutes choses avec tant de sagesse, tant d'équité, tant de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains, en ayant eu quelque lumière, en ont emprunté leurs principales lois; ce qui paraît par celle qu'ils appellent des Douze Tables, et par les autres preuves que Josèphe en donne. Mais cette loi est en même temps la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes en ce qui regarde le culte de leur religion, obligeant ce peuple, pour le retenir dans son devoir, à mille observations particulières et pénibles, sous peine de la vie. De sorte que c'est une chose bien étonnante qu'elle se soit toujours conservée si constamment durant tant de siècles par un peuple rebelle et impatient comme celui-ci ; pendant que tous les autres États ont changé de temps en temps leurs lois, quoique tout autrement faciles. Le livre qui contient cette loi, la première de toutes, est lui-même le plus ancien livre du monde, ceux d'Homère, d'Hésiode et les autres n'étant que six ou sept cents ans depuis +.

5. Sinceriié des Juifs. ...Ils portent avec amour et fidélité le livre où Moïse déclare qu'ils ont été ingrats envers Dieu toute leur vie; qu'il sait qu'ils le seront encore plus après sa mort ; mais qu'il appelle le ciel et la terre à témoin contre eux, et qu'il leur a enseigné assez : il déclare qu'enfin Dieu, s'irritant contre eux, les dispersera parmi tous les peuples de la terre : que, comm.e ils l'ont irrité en adorant les dieux qui n'étaient point leur dieu, de même il les provoquera

1. L'historien moderne ne peut, en efFet, s'empêcher d'admirer le petit pays qui, dévasté tant de fois par les rois d'Egypte, d'Assyrie et de Perse, par les princes grecs héritiers d'Alexandre , et par les généraux

■ romains, sut conserver si longtemps son autonomie historique et son nnité morale.

2. Bossuet a, comme Pascal, passé sous silence les empires de l'Extrême- Orient, l'Inde, le Japon et la Chine,

« attendant, disait-il, que les histoires en fussent éclaircies. »

3. Dans ses commentaires sur k Genèse où il cherche à montrer que Moïse est le plus grand des philosophes de l'antiquité.

4. Plus haut : mille ans. Ces hésitations n'ont rien qui surprenne, quand on songe à la diversité des dates entre lesquelles flotte aujourd'hui même la composition des différentes parties de l'Iliade.

en appelant un peuple qui n'est point son peuple; et veut que toutes ses paroles soient conservées éternellement, et que son livre soit mis dans l'arche de l'alliance pour servir à jamais de témoin contre eux '. Isaïe dit la même chose, xxx, 8^ Cependant ce livre, qui les désho- .nore en tant de façons, ils le conservent aux dépens de leur vie. C'est une sincérité qui n'a point d'exemple dans le monde, ni sa racine dans la nature.

Il y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier, et qu'il jette dans le peuple, et un livre qui fait lui-même un peuples. On ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple.

Toute l'histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte ; ainsi les livres des Sibylles et de Trismégiste*, et tant d'autres qui ont eu crédit au monde, sont faux, et se trouvent faux à la suite des temps. Il n'en est pas ainsi des auteurs contemporains?.

6. Qu'il y a de différence d'un livre à un autre! Je ne m'étonne pas de ce que les Grecs ont fait l'Iliade, ni les Égyptiens et les Chinois leurs histoires *. Il ne faut que voir comment cela est né.

Ces historiens fabuleux ne sont pas contemporains des choses dont ils écrivent. Homère fait un roman, qu'il donne pour tel, et qui est reçu pour tel; car personne ne doutait que Troie et Agamemnon n'avaient non plus été que la pomme d'or7. Il ne pensait . pas aussi à en faire une histoire, mais seulement un divertissement. Il est le seul qui écrit de son temps : la beauté de l'ouvrage fait durer la chose; tout le monde l'apprend et en parle; il la faut savoir; chacun la sait par cœur. Quatre cents ans après, les témoins des choses ne sont plus vivants ; personne ne sait plus par sa connais-

1. Deutérotiome, ch. 30 et 31, dont on a ici le résumé très exact.

2. « Va maintenant, écris ces choses sur une table et grave-les dans un livre, afin qu'elles subsistent dans les temps à venir, éternellement et à perpétuité. »

3. La critique moderne n'a rien dit de plus pénétrant sur le peuple d'Israël : il n'y a pas de peuple qui porte plus profondément l'empreinte d'un livre, pas de race qui ait été plus complètement modelée par une idée.

4. Les oracles sibyllins, composés par des Juifs entre le 11° et le V siècle ap. J.-C, et les écrits d'Hermès Trismégiste {Pœmander , Discours Parfait) dus à la gnose égyptienne du 111° siècle, sont en effet des ouvrages apoen'phes et sans aucune valeur histo-

5. On ne peut au surplus comparer à aucun égard, la médiocre littérature des apocryphes sibyllins avec la grande œuvre du Législateur des Juifs.

6. Le jésuite Martini venait de publier son Histoire de la Chine (jb'^K) dont les antiquités fabuleuses dépassaient sensiblement le cadre de la chronologie biblique.

7. La critique historique est aujourd'hui moins hardie que Pascal.

Ce qu'elle met en doute, ce n'est pas l'existence de Troie ou d'Agamemnon, c'est l'unité de composition des poèmes homériques, la personnalité d'Homère, l'usage de l'écriture, et autres questions du même genre, dont Pascal ne se souciait pas plus apparemment qu'il ne les soupçonnait

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sance si c'est une fable ou une histoire : on l'a seulement appris de i ses ancêtres, cela peut passer pour vrai'.

Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché : et les chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets, sont les enfants libres^. (XXIV, 44.)

7. Histoire de la Chine 5. Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger 4. Il n'est pas question de voir celas en gros. Je vous dis qu'il y a* de quoi aveugler et de quoi éclairer. Par ce mot seul, je ruine tous vos raisonnements. Mais la Chine obscurcit, dites-vous; et je réponds : La Chine obscurcit, mais il y a clarté à trouver; cherchez-la. Ainsi tout ce que vous dites fait* à un des desseins, et rien contre l'autre 7. Ainsi cela sert, et ne nuit pas. Il faut donc voir cela en détail, il faut mettre papier sur table. (XXIV, 46.)

8. Contre l'histoire de la Chine. Les historiens de Mexico. Des cinq soleils, dont le dernier est il n'y a que huit cents ans*. (XXIV, 46 bis.)

9. Jamais on ne s'est fait martyriser pour les miracles qu'on dit avoir vus?. Car ceux que les Turcs croient par tradition, la folie des hommes va peut-être jusqu'au martyre, mais non pour ceux qu'on a vus '^ (XXIV, 46 ter.)

10. Sur ce que la religion chrétienne n'est pas unique. Tant s'en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu'elle n'est pas la véritable, qu'au contraire, c'est ce qui fait voir qu'elle l'est. (XXIV, 86.)

11. Nulle secte ni religion n'a toujours été sur la terre, que la religion chrétienne. (XXV, 39.)

1. On ne pouvait mieux expliquer l'autorité que prennent à la longue certains récits légendaires, et dans la longue guerre qu'il fît aux apocryphes de tout genre, le pieux historien de Port-Royal, Le Nain de Tillemonl, dut avoir plus d'une fois cette page présente à la pensée.

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