‹ Pensées (volume 2)Chapitre 154 sur 306 · Il faut corriger avec P. R · texte numérisé non relu

Il faut corriger avec P. R

Sem... a vu Abraham et Abraham a vu Jacob.

conserver. Car ce qui fait que l'on n'est pas quelquefois assez instruit dans l'histoire de ses ancêtres, est que l'on n'a jamais guère vécu avec eux, et qu'ils sont morts souvent devant que l'on eût atteint l'âge de raison. Or, lorsque les hommes vivaient si longtemps, les enfants vivaient longtemps avec leurs pères, ils les entretenaient longtemps. Or, de quoi les eussent-ils entretenus, sinon de l'histoire de leurs ancêtres, puisque toute l'histoire était réduite à celle-là, [et] qu'ils n'avaient point d'études ni de sciences ni d'arts, qui occupent une grande partie des discours de la vie ? Aussi l'on voit qu'en ce temps-là les peuples avaient un soin particulier de conserver leurs généalogies i.

19. ...Dès là* je refuse toutes les autres religions: par là je trouve réponse à toutes les objections. Il est juste qu'un Dieu si pur ne se découvre qu'à ceux dont le cœur est purifié. Dès là cette religion m'est aimable, et je la trouve déjà assez autorisée par une si divine morale; mais j'y trouve de plus...

Je trouve d'effectif* que depuis que la mémoire des hommes dure, il est annoncé constamment aux hommes qu'ils sont dans une corruption universelle, mais qu'il viendra un réparateur. Que ce n'est pas un homme qui le dit, mais une infinité d'hommes, et un peuple entier, prophétisant et fait exprès, durant quatre mille ans... Ainsi je tends les bras à mon libérateur', qui, ayant été prédit durant quatre mille ans, est venu souffrir et mourir pour moi sur la terre dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites ; et, par sa grâce, j'attends la mort en paix, dans l'espérance de lui être éternellement uni; et je vis cependant avec joie+ soit dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien, et qu'il m'a appris à souffrir par son exemple.

20. ...Plus je les 5 examine, plus j'y trouve de vérités: ce qui a précédé et ce qui a suivi ; enfin eux sans idoles ni roi, et cette syna-

1. Quelques-uns des plus anciens poèmes de la Grèce sont, en effet, des listes généalogiques et Platon avait fait cette remarque que « ce que les Spartiates entendent avec le plus de plaisir, ce sont les générations des héros et des dieux. »

2. De la sainteté du christianisme, Pascal, par un trait inattendu de dialectique, va conclure i la nécessité des obscurités en matière de dogme.

3. On croyait entendre un pur dialecticien : c'est un chrétien pénétré qui ne saurait raisonner sur sa foi sans trahir l'émotion profonde qu'elle lui cause.

4. C'est l'accent de Polyeucte disant les saintes douceurs du ciel qui remplissent et possèdent son âme, ou, mieux encore, celui de Bossuet, décrivant les chastes douceurs et les célestes attraits de la grâce, à la Profession de M"° de la ValHère.

5. Les prophètes, qui annoncent ce qui a précédé et suivi l'avènement de J.-C, l'état religieux et politique du peuple juif à cette date, la révolte de la Synagogue contre Dieu et l'aveuglement des Juifs qui continueront à la suivre.

gogue qui est prédite, et ces misérables qui la suivent, et qui, étant nos ennemis, sont d'admirables témoins de la yérité de ces prophéties, où leur misère et leur aveuglement même est prédit'. Je trouve cet enchaînement, cette religion, toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale, dans sa conduite, dans sa doctrine, dans ses effets, et les ténèbres des Juifs effroyables et prédites : Eris palpons in meridie. Dabitur liber scienti litteras, et dicet : Non possum légère^.

1. Cf. Amos : <t Ils seront alors errants d'une mer à l'autre, du septentrion à l'orient; ils iront çà et là pour chercher la parole de l'Éternel et ils ne la trouveront pas. » (8, 12.)

2. « L'Éternel te frappera d'un égarement d'esprit et tu tâtonneras en plein midi, comme l'aveugle dans l'obscurité. » (Deut., j8, 29.) « On mettra un livre entre les mains d'un homme qui sait lire et il dira je ne puis lire cela. » (Is., 29, 12.)

}. Cf. fragment 2 : Après avoir montré comment Dieu a voulu, par les biens périssables, désigner les félicités invisibles, Pascal ajoute ici que la volonté de Dieu doit seule, par conséquent^ noas faire juger de ce

qui nous est ami ou ennemi, bon oa contraire.

4. Ent. : il est horrible de dire que J.-C. est venu nous dispenser d'aimer Dieu, comme semblaient alors l'enseigner quelques casuistes. Ct.

même art., 10.

5. Ent. : si les directeurs sont ténèbres, qu'en adviendra-t-il des consciences qu'ils dirigent? (Cf. Matt., 6, 22.)

6. Cf. 9. Da quod jubés, s'écrie saint Augustin, en demandant à Dieu sa grâce.

7. Cf. 10, 10 bis et II, où Pascal oppose en toute religion, juive, païenne ou chrétienne, les âmes charnelles aux âmes spirituelles, les vrai»

21. Il y a cela de commun entre la vie ordinaire des hommes et ' celle des saints, qu'ils aspirent tous à la félicité ; et ils ne diffèrent qu'en l'objet où ils la placent. Les uns et les autres appellent leurs ennemis ceux qui les empêchent d'y arriver 3.

Il faut juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu, qui ne peut être ni injuste, ni aveugle; et non par la nôtre propre, qui est toujours pleine de malice et d'erreur. (XXIV, 13 bis.')

22. La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire que Jésus- Christ qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit venu que mettre la figure de la charité, pour ôter la réalité qui était auparavant, cela est horrible +. Si la lumière est ténèbres, que seront les ténèbres? ? (XXIV, ^5.)

23. La loi obligeait à ce qu'elle ne donnait pas. La grâce donne ce à quoi elle oblige^. (XXV, 51.)

24. Pour les religions, il faut être sincère; vrais païens , vrais juifs, vrais chrétiens?. (XXV, 96.)

ARTICLE XVI ,Le chiffre de l' Ancien Testament.

Certaines figures claires (i). JosepJi, Mo'ùe, David : des figures (2). Preuve des Deux Testaments à la fois (4). Les sacrifices plaisent et déplaisent (6). Portrait et original (7). Nature image de la grâce (p). Coiitraric'tés accordées dans la figure (10). Charité, objet de l'Ecriture (12). Il y a un Libérateur (i j). Clef du chifire {16). Adam forma futuri (79). Les trop grands figuratifs (i, 22).

1. Il y a des figures claires et démonstratives; mais il y en a d'autres qui semblent un peu tirées par les cheveux, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Celles-là sont semblables aux apocalyptiques". Mais la différence qu'il y a est qu'ils n'en ont point d'indubitables^. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste que quand ils montrent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques-unes des nôtres; car ils n'en ont pas de démonstratives comme quelques-unes des nôtres. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre. Ce sont les clartés qui méritent, quand elles sont divines, qu'on révère les obscurités.

1 bis. Moïse d'abord enseigne la Trinité, le péché originel, le Messie'. David, grand témoin: roi, bon, pardonnant, belle âme, bon esprit, puissant; il prophétise et son miracle arrive; cela est infini. Il n'avait qu'à dire qu'il était le Messie, s'il eût eu de la

aux faux adorateurs. C'est en partie la célèbre distiuciioii qu'établissait Origèiie entre les charnels, les spirituels et les piieumaliques.

1. Ent. : aux prophéties plus ou moins arbitraires des apocalyptiques, c'est-à-dire de ceux qui interprètent l'Apocalypse.

2. En = de figures. Appliquer par exemple les visions de l'Apocalypse soit aux événements contemporains, comme Bossuet reproche à certains

exégètes de son temps de l'avoir fait, soit encore, comme Bossuet luimême, aux dernières catastrophes de l'empire romain et à l'invasion des Barbares, c'est en donner une explication qui n'a rien à' indubitable.

3 . Pascal avait appris de saint Augustin à découvrir dans les premières pages de la Genèse, non seulement la doctrine du péché originel, mais les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation.

PEKSEES DE PASCAL

vanité; car les proplictics sont plus claires de lui que de Jésds- Christ '. Et saim Jcar. de nitme'.

2. Jésus-Christ, figuré par Joseph, bien-aimé de son père, envoyé du père pour voii ses frères, etc., innocent, vendu par ses frères vingt deniers ', et par là devenu leur seigneur, leur sauveur, et le sauveur des étrangers*, et le sauveur du monde 5 ce qui n'eût point été sans le dessein de le perdre, 'a vente et réprobation qu'ils en firent.

Dans la prison, Joseph innocent entre deux criminels; jÉsus- Ckrist en la croix entre deux larrons. Il prédit le salut à l'un, et la mort à l'autre, sur les mêmes apparences : Jéscs-Christ sauve les élus, et damne les réprouvés, sur les mêmes crimes^. Joseph ne fait que prédire : Jésus-Christ fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu'il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire ; et celui que Jésus-Christ sauve lui demande qu'il se souvienne de lui quand il sera en son royaume.

3. La synagogue ne périssait point, parce qu'elle était la figure, mais parce qu'elle n'était que la figure, elle est tombée dans Ja servitude. La figure a subsisté jusqu'à la vérité, afin que l'Eglise fût toujours visible, ou dans la peinture qui la promettait, ou dans l'eflFet*.

4. Preuves des deu\ Testameiils ii la fois. Pour prouver tout d'un coup les deux, il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre. Pour examiner les prophéties, il faut les entendre; car, si on croit qu'elles n'ont qu'un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu 7 ; mais si elles ont deux sens, il est sur qu'il sera venu en Jésus-Christ. Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens...

5. Figures. Pour montrer que l'ancien Testament n'est que figura-

1. David personnifiait, en effet, aux yeux des Juifs, l'idéal de la royauté religieuse et politique, et leur conception messianique se réduisait le plus souvent à espérer dans l'avenir un nouveau David.

2. Saint Jean-Baptiste, dont le peuple se demandait, en effet, s'il n'était pas le Christ. {Luc, ;II1, 15.)

5. Jésus, trente deniers. (Cf. Matt., XXVI, 15; Zach., II, 12.)

4. Cf. Bossuet : « Joseph, devenu le sauveur de ses frères et des Egyptiens, n'est-ce pas Jésus devenu par sa mort le sauveur des Juifs et des idolâtres? j> {Deux Alliances.)

5. « Pharaon changea son nom et l'appela Sauveur du Monde (selon la Vulgate), Révélateur des choses cachées (selon l'hébreu ; Gen., 41,45.)»

6. Les sentiments seuls diffèrent; ici l'endurcissement, là la repentance.

7. Ent. : si l'Écriture n'a qu'un seul sens, historique et littéral, le Messie n'est pas venu, puisqu'il doit être roi et faire régner Jérusalem sur le monde entier. Si elle a un second sens, spirituel et figuré, il est sûr qu'il est venu, comme le prouvent sa royauté morale et la domination, universelle de l'Église.

tif, et que les prophètes entendaient par les biens temporels d'autres biens, c'est, premièrement, que cela serait indigne de Dieu ; secondement, qut leurs discours expriment très clairement la promesse des biens temporels, et qu'ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, et que leur sens ne sera point entendu. D'où il paraît que ce sens secret n'était pas celui qu'ils exprimaient à découvert, et que, par conséquent, ils entendaient parler d'autres sacrifices, d'un autre libérateur, etc. Ils disent qu'on ne l'entendra qu'à la fin des temps. Jcr., xxx, idt '.

La troisième preuve est que leurs discours sont contraires et se détruisent, de sorte que, si l'on pense qu'ils n'aient entendu par les mots de loi et de sacrifice autre chose que celle de Moïse, il y a contradiction manifeste et grossière. Donc ils entendaient autre chose, se contredisant quelquefois dans un même chapitre...

6. Figures. Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'elle plaise à Dieu et qu'elle ne lui déplaise point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent et déplaisent ^ Or, dans toute l'Écriture, ils plaisent et déplaisent.

11 est dit que la loi sera changée ; que le sacrifice sera changé ; qu'ils seront sans roi, sans prince et sans sacrifices ; qu'il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, que les préceptes qu'ils ont reçus ne sont pas bons ; que leurs sacrifices sont abominables; que Dieu n'en a point demandé.

Il est dit, au contraire, que la loi durera éternellement ; que cette alliance sera éternelle; que le sacrifice sera éternel; que le sceptre ne sortira jamais d'avec eux, puisqu'il n'en doit point sortir que le Roi éternel n'arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure? Non : mais que c'est réalité, ou figure. Mais les premiers, excluant la réalité, marquent que ce n'est que figure 5.

Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité; tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure. Agnus occistis est ah origine viutidi*.

7. Fipires. Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisirs.

1. « Vous le comprendrez à la fin des temps. »(Jér., 30, 24.)

2. Eut. : qu'ils plaisent comme figures et déplaisent comme réalités.

î. Ent. : si la loi et les sacrifices avaient été réalité et rien de plus, Dieu n'aurait pu les condamner;' s'ils ont été répudiés par Dieu, c'est qu'ils étaient figures.

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