G-«.,XVII, 10; i^i'., XII
8. « Dieu (dit saint Pierre, en parlant des païens) leur a rendu témoignage en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous. » (^Aci., XV, 9 ; cf.
Gai., 2.) Pascal a bien vu que c'est à cette heure solennelle de son histoire que s'est manifesté le caractère spiritualiste et proprement divin de l'Église.
12. Deux lois suffisent pour régler toute la république chrétienne, mieux que toutes les lois politiques'. (XXIV, 15.)
13. Les sages qui ont dit qu'il y a un Dieu ont été persécutés, les Juifs haïs; les chrétiens encore plus*. (XXIV, 19 bis.)
1-4. Les exemples des morts généreuses de Lacédémoniens et autres ne nous touchent guère; car qu'est-ce que cela nous apporte? Mais l'exemple de la mort des martyrs nous touche ; car ce sont nos membres?. Nous avons un lien commun avec eux; leur résolution peut former la nôtre, non seulement par l'exemple, mais parce qu'elle a peut-être mérité la nôtre. Il n'est rien de cela aux exemples des païens : nous n'avons point de liaison à eux-»; comme on ne devient pas riche pour voir un étranger qui l'est, mais bien pour voir son père ou son mari qui le soient. (XXIV, 22.)
15. Le mot de Galilée, que la foule des Juifs prononça comme par hasard, en accusant Jésus-Christ devant PilateJ, donna sujet à Pilate d'envoyer Jésus-Christ à Hérodc; en quoi fut accompli le mystère, qu'il devait être jugé par les Juifs et les Gentils*. Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère. (XXIV, 29.)
16. 11 y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent* l'Église sont de cette nature. (XXIV, 31.)
17. L'histoire de l'Eglise doit être proprement appelée l'histoire de la vérité 7 (XXIV, 3 1 bis.)
18. Différence enlre Jésus-Ckiitt el Maliomel. Les psaumes chantés par toute la terre.
1. L'amour de Dieu et l'amour du prochain. (V. Malt., XXll, 5s.)
2. Cf. 10 his 0(1 P.iscal esquisse ce qu'on nomme en apologétique ; la preuve tirée du témoignage des mart\rs.
3. « Nous formons.! plusieurs un seul corps dans le Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. » {Rom., XII, 5.)
4.. Ent. : le lien qu'établit la seule humanité entre les païens et nous n'est pour ainsi dire rien au prix de l'étroite solidarité qu'établit la coinmunion des saints entre les enfants de l'Église. C'est bien le sens en eflet de YJJnum corpus multi sumus de l'Apôtre.
5. « Mais ils insistèrent, et dirent : 11 soulève le peuple en enseignant
par toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé. » C'est aux yeux de Pascal une preuve de la naïveté des Évangiles, et par suite un signe iirécusiblc de leui divinité. (Cf. 2.)
6. La rcm.uquc est de saint Luc lui-même qui rapnrociie de ce fait le début du Psaume II : « Pourquoi les nations se sont-elles soulevées en frémissant? » (Ad., IV, 26.')
7. Cf. Bossuet : « La vérité se sert des hommes, mais... elle n'en dépendpoint; et c'est ce qui nous paraît dans toute la suite de son histoire. J'appelle ainsi l'histoire de l'Eglise : c'est l'histoire du règne de la vérité. »
(Divinité de J.-C, Avent du Louvre» 1665.)
Qui rend témoignage de Mahomet ? Lui-même. Jésus-Christ veut que son témoignage ne soit rien.
La qualité de témoins fait qu'il faut qu'ils soient toujours et partout; et, misérable, il est seul '. (XXV, 45.)
19. Miracles». Que je hais ceux qui font les douteurs des miracles? Montaigne en parle comme il faut dans les deux endroits . On voit en l'un combien il est prudent 3, et néanmoins il croit, en l'autre •*, et se moque des incrédules. (XXV, 61.)
20. Montaigne contre les miracles. Montaigne pour les miracles s, (XXV, 61 bis.)
21. Je ne serais pas chrétien sans les miracles, dit saint Augustin*. (XXV, 94.)
22. On n'aurait pas péché en ne croyant pas Jésus-Christ, sans les miracles : Vide an mentiari . (XXV, 94 H;.')
23. Il n'est pas possible de croire raisonnablement contre les miracles. (XXV, 94, ter.)
24. Ubi est Deus tiins ? Ses miracles le montrent et sont un éclair *. (XXV, 95.)
1. Aux différences qu'on a vues plus haut (7 sq.) entre l'Evangile et le Coran, Pascal ajoute celle-ci encore que la religion de J.-C. est universelle, tandis que celle de Mahomet est exclusivement orientale, et aux témoins innombrables qui font cortège au Sauveur (cf. 5, 6), il oppose, avec quelle intensité d'émotion, l'isolement du Prophète.
2. Cf. même art., 3 . Il s'agit ici de la valeur apologétique des miracles. Dans les fragments qui composent l'art. XXIII, Pascal traite surtout de la discemibilite des miracles à propos du miracle de la sainte Épine et se préoccupe moins de réfuter les incrédules que de combattre les adversaires de Port-Royal.
5. Ess., III, II. Montaigne y montre comment les faits les plus naturels sont souvent grossis par l'imanation populaire et transformés peu à peu en miracles.
4. Ess., I, 26. Le scepticisme de Montaigne lui dicte en cet autre endroit une conclusion toute diffé-
rente : c'est à savoir qu'on n'a pas le droit de récuser un fait si extraordinaire qu'il paraisse, parce que, hors l'habitude qui est essentiellement trompeuse, nous n'avons aucun moyen de distinguer le vraisemblable de ce qui ne l'est pas.
5 . Montaigne avait dans sa jeunesse rejeté certains faits « qui semblaient avoir un visage plus vain ou plus étrange. » Il reconnut plus tard que « c'est bêtise et ignorance qui nous les fait recevoir avecques moindre révérence que le reste. » (£«., i, 26.)
6. L'apologétique de saint Augustin repose en grande partie sur la preuve dite des miracles. (Civ. D., .XXII, 9; de Util, cred., p. 66, etc.)
7. « Voyez SI je mens. » (Job., 6, 28.) J.-C. renouvelle sans cesse cette invitation à ses adversaires.
8. « Où est ton Dieu? » {Ps. XLII, 4.) En même temps qu'il exprime par ce trait le caractère accidentel et passager des miracles, n'en veut-il pas aussi montrer la puissance aveuglante pour les incrédules ? Cf. art, XX.
Païens.
Mahomet.
ARTICLE XX Le Dieu caché.
Asse:( de lumière et as5e-{ d'obscurité (i). Obscurité, preuve de notre corruption (2). La religion, un appel à la volonté (?). Obscurité prédite (7). Aveugler les uns, éclairer les autres (12, 19). La généalogie (ij). Nazareth (ij). L'Eucharistie (16). L'inspiration (18). Obscurités, pour nous faire chercher (20, 21). J.-C. mort pour tous (2^). Objections asse\ fortes pour égarer les esprits légers, non les chercheurs opiniâtres (24, 2/).
1. Dieu a voulu racheter les hommes, et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s'en rendent si indignes, qu'il est juste que Dieu refuse à quelques-uns ', à cause de leur endurcissement, ce qu'il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due . S'il eût voulu surmonter l'obstination des plus endur-
I. J.-C. occupe le sommet de cette parabole; les païens et les mahométaus s'éloignent indéfiniment de Dieu comme les deux branches de la courbe s'éloignent indéfiniment de leur foyer. Ce n'est pas le seul dessin géométrique que présente le manuscrit des Pensées. (C. en particulier VIII, 28 et la note.) Les papiers de Léonard de Vinci offrent, parmi des pensées scientifiques ou morales souvent comparables à celles de Pascal, un enchevêtrement non moins curieux de lignes et de croquis de toute nature.
2. Ainsi quelques-uns seulement sont réprouvés pour leur endurcissement : doctrine en somme moins rigoureuse que celle de Massillon, dans le célèbre Sermon sur le Petit nombre des Élus : « Paraissez maintenant, justes; où êtes- vous? Restes d'Israël, passez à la droite; froment de J.-C, démêlez- vous de cette paille destinée au feu : ô Dieu, où sont vos élus ? et que reste-t-il pour votre partage ? »
cis, il l'eût pu, en se découvrant si manifestement à eux qu'ils n'eussent pu douter de la vérité de son essence ; comme il paraîtra au dernier jour, avec un tel éclat de foudre, et un tel renversement de la nature, que les morts ressusciteront, et les plus aveugles le verront.
Ce n'est pas en cette sorte qu'il a voulu paraître dans son avènement de douceur'; parce que tant d'hommes se ••endant indignes de sa clémence, il a voulu les laisser dans la privation du bien qu'ils ne veulent pas. Il n'était donc pas juste qu'il parût d'une manière manifestement divine, et absolument capable de convaincre tous les hommes; mais il n'était pas juste aussi qu'il vînt d'une manière si cachée, qu'il ne pût être reconnu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement connaissable à ceux-là; et ainsi, voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent de tout leur cœur, et caché à ceux qui le fuient de tout leur cœur^, il tempère sa connaissance, en sorte qu'il a donné des marques de soi visibles à ceux qui le cherchent et non à ceux qui ne le cherchent pas 3. Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d'obscurité pour les humilier. Il y a assez d'obscurité pour aveugler les réprouvés et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables. (Saint Augustin, Montaigne, Sebonde+.)
2. Si le monde subsistait pour instruire l^homme de Dieu, sa divinité reluirait de toutes parts d'une manière incontestable ; mais, comme il ne subsiste que par Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, et pour instruire les honmies de leur corruption et de leur rédemption, tout y éclate des preuves de ces deux vérités?. Ce qui y paraît ne marque ni une exclusion totale, ni une présence manifeste de divinité, mais la présence d'un Dieu qui se cache : tout porte ce caractère.
1. Par opposition à son avènement de justice, à la fin des temps.
2. Explication profonde du mot cnapparence si énigmanquede l'Evangile . « A celui qui a, il sera donne davantage; a celui qui n'a pas, il sera été même ce qu'il a ». L'àme inerte et morte ne trouve nen en effet dan> les paraboles les plus riches de sens, et tel symbole qui est une éclatante Févélation pour les uns reste lettre close ou vide pour les autres.
3. La doctrine du Dieu caché se rejoint ainsi à la théorie du caractère méritoire de l'acte de foi. Cf. XIII, et s. 10, et le discours de Paul à Rome :
« Si le coeur de ce peuple est devenu insensible, c'est qu'ils ont endurci leurs oreilles et fermé leurs yeux. »
{Act., XXVIll, 27.)
4. Référence à quelques citations de saint Augustin dans l'Apologie de Sebonde (Montaigne. Ess. , 11, 12) : « L'obscurité du vrai exerce l'humilité ou écrase l'orgueil... Le meilleur moyen de savoir Dieu, c'est d'ignorer.» (Saint Augustin, de Cii. D., 11, 22; de Ord., 2, 16.)
1; . Si la clarté prouve la rédemption, l'obscurité prouve la corruption, et ainsi l'obscurité même est lumineuse.
S'il n'avait jamais rien paru de Dieu, cette privation éternelle serait équivoque, et pourrait aussi bien se rapporter à l'absence de toute divinité, ou à l'indignité où seraient les hommes de la connaître. Mais de ce qu'il paraît quelquefois, et non pas toujours, cela ôte l'équivoque. S'il paraît une fois, il est toujours; et ainsi on n'en peut conclure, sinon qu'il y a un Dieu, et que les hommes en sont indignes.
3. Dieu veut plus disposer la volonté que l'esprit. La clarté parfaite servirait à l'esprit et nuirait à la volonté. Abaisser la superbe'.
3 bis. S'il n'v avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait point sa corruption ; s'il n'y avait point de lumière, l'homme n'espérerait point de remède. Ainsi il est non seulement juste, mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie, et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître Dieu^.
4. ...Il est donc vrai que tout instruit l'homme de sa condition, mais il le faut bien entendre , car il n'est pas vrai que tout découvre Dieu, et il n'est pas vrai que tout cache Dieu. Mais il est vrai tout ensemble qu'il se cache à ceux qui le tentent, et qu'il se découvre à ceux qui le cherchent, parce que les hommes sont tout ensemble indignes de Dieu, et capables de Dieu; indignes parleur corruption, capables par leur première nature .
5. Il n'y a rien sur la terre qui ne montre, ou la misère de l'homme, ou la miséricorde de Dieu ; ou l'impuissance de l'homme sans Dieu, ou la puissance de l'homme avec Dieu.
5 bis. ...Ainsi, tout l'univers apprend à l'homme, ou qu'il est corrompu, ou qu'il est racheté ; tout lui apprend sa grandeur ou sa misère. L'abandon de Dieu paraît dans les païens ; la protection de Dieu paraît dans les Juifs.
6. Tout tourne en bien pour les élus, jusqu'aux obscurités de l'Écriture, car ils les honorent, à cause des clartés divines ; et tout tourne en mal pour les autres, jusqu'aux clartés ; car ils les blasphèment, à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas,
7. Si Jésus-Christ n'était venu que pour sanctifier >, toute l'Écri-
1. Pascal tient visiblement à ce terme, dont il avait pourtant lu la condamnation dans le Socrate chrétien
de Balzac.
2. On voit en quel sens très hurnain Pascal interprète ce mot des Evangiles, qui l'avait manifestement frappé : « Afin qu'en voyant, ils ne
voient point et qu'en entendant ils n'entendent point... » {Marc, IV, 12; Matt., XIII, 12; Luc., VIII. II.) Ce n'est à ses j-eux qu'une manière pressante et vive d'inculquer la nécessité de l'efFort moral pour arriver à la vérité religieuse.