‹ Pensées (volume 2)Chapitre 196 sur 306 · Rom., II, 4; Jon., III · texte numérisé non relu

Rom., II, 4; Jon., III

3. « La passion de sentir, la passion de savoir et la passion d'exceller. » Cette définition de la triple concupiscence remonte à la première Epitre (II, 16) de saint Jean; on la retrouve longuement commentée dans les Confessions de saint Augustin (X, 35 sq.) et dans VAugustinus de Jansénius (de Statu 'Saturx lapsx, 2, 8).

C'est de ce dernier théologien que s'est inspiré Pascal, aussi bien d'ailleurs que Bossuet dans tout son Traité de la Concupiscence.

4. Ent. : mais où, après s'être reposés en paix, ils tendent la main...

5. Traduction presque littérale du Commentaire de saint Augustin sur le Psaume CXXXVI; mais on y sent passer un souffle ardent de poésie mystique, qui fait de ce fragment le digne pendant du Mystère de Jésus.

6. A la terreur du mondain qui voit s'écouler toutes les choses périssables que les torrents entraînent (Cf.

IX, 9), Pascal oppose, avec un profond accent d'émotion personnelle, l'humble sécurité du chrétien que porte k fleuve mystique de la grâce jusqu'aux porches de la sainte Hiérusalem.

O sainte Sion, où tout est stable et où rien ne tombe! Il faut s'asseoir sur les fleuves, non sous ou dedans, mais dessus; et non debout, mais assis ; pour être humble étant assis, et en sûreté étant dessus. Mais nous serons debout dans les porches de Hiérusalem.

Qu'on voie si ce plaisir est stable ou coulant : s'il passe, c'est un fleuve de Babylone. (XXIV, 33 bis.)

16. La volonté propre ' ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instatit qu'on y renonce. Sans elle, on ne peut être malcontent; f>ar elle, on ne peut être content. (XXIV, 39.)

17. ...La vraie et unique vertu est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de chercher un être véritablement aimable pour l'aimer. Mais, comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous les hommes. Or il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous : le bien universel est en nous-mêmes, et ce n'est pas nous*. (XXIV, 39^.)

18. Il est injuste qu'on s'attache à moi ', quoiqu'on le fasse avec plaisir et volontairement. Je tromperais ceux à qui j'en ferais naître le désir; car je ne suis la fin de personne, et n'ai pas de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mourir? Et ainsi l'objet de leur attachement mourra donc. Comme je serais coupable de faire croire une fausseté, quoique je la persuadasse doucement, et qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on me fît plaisir : de même, je suis coupable de me faire aimer, et si j'attire les gens à s'attacher à moi. Je dois avertir ceux qui seraient prêts à oonsentir au mensonge, qu'ils ne le doivent pas croire, quelque avantage qui m'en revînt; et de même, qu'ils ne doivent pns s 'attacher à moi; car il faut qu'ils passent leur vie et leurs soins à plaire à Dieu ou à le chercher ♦. (XXIV, 39 ter.)

19. C'est être superstitieux, de mettre son espérance dans les for-

1. La volonté égoïste : qu'on y renonce, dit Pascal, et sur-le-champ, on cessera « d'être niakontent. »

2. Pascal fonde la doctrine de l'ascétisme chrétien sur la même parole qui lui a servi à établir le caractère spiritualiste de l'Évangile : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira pas .' Il est ici ou il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au dedans de vous. » (Luc, XVII, 20.)

3. Il n'est pas difficile de démêler un secret mouvement d'amour chrétien et de tendresse surnaturelle

jusque dans cette appréhension austère que trahit Pascal d'être aimé par les siens d'une affection trop humaine.

4. Tel fut, au témoignage de sa sœur, le règlement intime de Pascal, en ses dernières années de vie mortifiée et ascétique : Vouloir se faire aimer des autres, disait-il, c'est une faute sur laquelle on ne s'examine pas assez, parce qu'on n'en conçoit pas assez la grandeur, et qu'on ne considère pas qu'en fomentant et souffrant ces attachements on occupe un cœur qui ne doit être qu'à Dieu seul.

malités'; mais c'est être superbe, de ne vouloir s'y soumettre. (XXIV, 40.)

20. Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal en croyant Dieu *. (XXIV, 57 bis.)

21. Morale. Dieu ayant fait le ciel et la terre, qui ne sentent point le bonheur de leur être, il a voulu faire des êtres qui le connussent, et qui composassent un corps de membres pensants ?. Car nos membres ne sentent point le bonheur de leur union, de leur admirable intelligence, du soin que la nature a d'y influer* les esprits et de les faire croître et durer. Qu'ils seraient heureux s'ils le sentaient, s'ils le voyaient. Mais il faudrait pour cela qu'ils eussent intelligence pour le connaître, et bonne volonté pour consentir* à celle de l'âme universelle ♦. Que si ayant reçu l'intelligence, ils s'en ser\'aient à retenir en eux-mêmes la nourriture, sans la laisser passer aux autres membres, ils seraient non seulement injustes, mais encore misérables et se haïraient plutôt que de s'aimer 5 ; leur béatitude, aussi bien que leur devoir, consistant à consentir à la conduite de l'âme entière à qui ils appartiennent, qui les aime mieux ^ qu'ils ne s'aiment euxmêmes. (XXIV, 59.)

22. Être membre, est n'avoir de vie, d'être et de mouvement que par l'esprit du corps et pour le corps 7. Le membre séparé, ne voyant plus le corps auquel il appartient, n'a plus qu'un être périssant et mourant.

Cependant il croit être un tout, et ne se voyant point de corps dont il dépende, il croit ne dépendre que de soi, et veut se faire centre et corps lui-même. Mais n'ayant point en soi de principe de vie, il ne fait que s'égarer et s'étonne dans l'incertitude de son être,

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