‹ Pensées (volume 2)Chapitre 202 sur 306 · Saint Paul avait dit avec une · texte numérisé non relu

Saint Paul avait dit avec une

vivacité non moins piquante : a Si le pied disait : Parce que je suis une main, je ne suis pas du corps, — ne serait-il pas du corps pour cela? Et si l'oreille disait : Parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps — ne serait-elle pas du corps? » (I Cor., XIII, 15.) Épictète avait employé une image semblable (II, 19), mais tandis, que le stoïcien se contentait d'inculquer par là le devoir de la subordination sociale, saint Paul et Pascal insistent sur le devoir qu'a l'homme de se renoncer lui-même pour n'aimer que le tout dont il est un membre.

s'il l'eût rejeté et séparé de soi comme il se séparait de lui ! Quelles prières d'y être conservé! et avec quelle soumission se laisserait-il gouverner à la volonté qui régit le corps, jusqu'à consentir à être retranché s'il le faut ! Ou il perdrait sa qualité de membre ; car il faut que tout membre veuille bien périr pour le corps, qui est le seul pour qui tout est. (XXIV, 60 his.)

26. Pour faire que les membres soient heureux, il faut qu'ils aient une volonté, et qu'ils la conforment au corps. (XXIV, 60 ter.y

27. Il est vrai qu'il y a de la peine en entrant dans la piété. Maiscette peine ne vient pas de la piété qui commence d'être en nous^ mais de l'impiété qui y est encore. Si nos sens ne s'opposaient pas à la pénitence, et que notre corruption ne s'opposât pas à la pureté de Dieu, il n'y aurait en cela rien de pénible pour nous. Nous ne souffrons qu'à proportion que le vice, qui nous est naturel, résiste à la grâce surnaturelle. Notre cœur se sent déchiré entre ces efforts contraires. Mais il serait bien injuste d'imputer cette violence à Dieu qui nous attire, au lieu de l'attribuer au monde qui nous retient. C'est comme un enfant, que sa mère arrache d'entre les bras des voleurs, doit aimer, dans la peine qu'il souffre, la violence amoureuse et légitime de celle qui procure sa liberté, et ne détester que la violence impérieuse et tyrannique de ceux qui la retiennent injustement". La plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre qu'il est venu apporter : Je suis venu apporter la guerre, dit-il ; et, pour instruire de cette guerre : Je suis venu apporter h fer et le Jeu''. Avant lui, le monde vivait dans une fausse paix. (XXIV, 61 ter.^

28. La loi n'a pas détruit la nature; mais elle l'a instruite : la grâce n'a pas détruit la loi ; mais elle l'a fait exercer. La foi reçue au baptême est la source de toute la vie du chrétien et des convertis 3. (XXIV, 63.)

29. J'aime la pauvreté, parce que Jésus-Christ l'a aimée +. J'aime les biens, parce qu'ils donnent le moyen d'en assister les misérables 5.

r. Analyse pénétrante à la fois et poétique des changements que le christianisme a introduits dans l'âme humaine : en lui donnant le sentiment du péché, il l'a rendue plus compliquée et plus riche et l'a en quelque manière approfondie. Pascal ne craint pas ici la comparaison avec Chateaubriand qui a repris plus d'une fois la même idée. (Cf. Génie, II, 2, I et sq.)

Page 1