‹ Pensées (volume 2)Chapitre 203 sur 306 · Matt., X, 54; Luc, XII · texte numérisé non relu

Matt., X, 54; Luc, XII

3. Le chrétien est donc sorti de l'ordre de la nature pour entrer dans l'ordre de la grâce, et quoi qu'il fasse, il ne peut plus redevenir païen.

4. La profession de foi commeiiçaii par ces mots que Pascal a barrés •, « J'aime tous les hommes commemes frères, parce qu'ils sont tousrachetés. »

5. L'amour de la pauiretè, un des traits caractéristiques de ce qu'on peut appeler la sainteté de Pascal.

0 II s'écriait quelquefois, rapporte sa sœur : Si j'a%-ais le cœur aussi pauvre que l'esprit, je serais bienheureux, car je suis merveilleusement persuadé que la pauvreté est un grand moyen pour faire son salut. » Od devine par là quelle joie ce dut être pour lui de recueillir chez lui des in-

Je garde fidélité à tout le monde '. Je [ne] rends pas le mal à ceux qui m'en font; mais je leur souhaite une condition pareille à la mienne, où l'on ne reçoit pas de mal ni de bien de la part des hommes. J'essaie d'être juste ^, véritable, sincère et fidèle à tous les hommes, et j'ai une tendresse de cœur pour ceux que Dieu m'a unis plus étroitement; et soit que je sois seul, ou à la vue des hommes, î'ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui doit les juger et à qui je les ai toutes consacrées. Voilà quels sont mes sentiments ; et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur qui les a mis en moi, et qui, d'un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de sa grâce, à laquelle toute la gloire en est due, n'ayant de moi que la misère et l'erreur '. (XXIV, 69.)

30. Pour faire d'un homme un saint, il faut bien que ce soit la grâce, et qui en doute ne sait ce que c'est que saint et qu'homme. (XXIV, 74.)

31. Tout nous peut être mortel, même les choses faites pour nous servir ; comme, dans la nature, les murailles peuvent nous tuer, et les degrés nous tuer, si nous n'allons avec justesse.

Le moindre mouvement importe à toute la nature; la mer entière change pour une pierre. Ainsi, dans la grâce, la moindre action importe pour ses suites à tout *. Donc tout est important.

En chaque action, il faut regarder, outre l'action, notre état présent, passé, futur, et des autres 5 à qui elle importe et voir les liaisons de toutes ces choses. Et lors on sera bien retenu. (XXIV, 79.)

32. Le juste agit par foi dans les moindres choses : quand il reprend ses serviteurs, il souhaite leur conversion par l'esprit de Dieu, et prie Dieu de les corriger, et attend autant de Dieu que de

■digents jusqu'à ses derniers jours et de leur céder même enfin son propre lit pour aller mourir chez son beaufrère.

1. Première rédaction : « Je garde fidélité et justice. » Le sentiment d'humilité qui a inspiré cette correction n'est pas douteux.

2. « Ne pouvant communier dans le Chef (en recevant l'Eucharistie), je voudrais bien, disait-il pendant sa maladie, communier dans les membres »

(en assistant les pauvres).

3. Ceux qui ont comparé cet examen de conscience de Pascal avec la prière du pharisien dans l'Évangile n'ont pas vu que l'un rapporte à luimême le mérite de ses oeuvres, tandis

que l'autre, faisant remonter toute gloire à Dieu, ne reconnaît en lui que misère et péché.

4. Importante théorie morale fondée sur une conception très scientifique de l'univers. De même que le moindre mouvement imprimé en un point quelconque de la matière, a, de molécule en molécule, un retentissement incalculable, de même chacune de nos actions entraine après elle des conséquences de tout genre qui la dépassent infiniment.

5. Ent. : et l'état présent, passé et futur des autres. C'est, comme on le voit, dans toute sa force et sa grandeur, la doctrine moderne de la solidarité morale.

ses répréhensions, et prie Dieu de bénir ses corrections. Et ainsi aux autres actions. (XXV, 54.)

33. ...De tout ce qui est sur la terre, il ne prend part qu'aux déplaisirs,' non aux plaisirs. Il aime ses proches, mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes, et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu. (XXV, 54 bis.)

34. Pourquoi Dieu a établi la prière. — 1° Pour communiquer à ses créatures la dignité de la causalité '. 2° Pour nous apprendre de qui nous tenons la vertu. 30 Pour nous faire mériter les autres vertus par travail; mais pour se conserver la prière, Dieu donne la prière à qui il lui plaît». — Objection. Mais on croira qu'on tient la prière de soi. — Cela est absurde, car puisque, ayant la foi, on ne peut pas avoir les vertus, comment aurait-on la fois ? Y a-t-il pas* plus de distance de l'infidélité à la foi que de la foi à la vertu? (XXV, 55.)

35. Dieu ne doit que suivant ses promesses. Il a promis d'accorder la justice aux prières 5 : jamais il n'a promis les prières qu'aux enfants de la promesse '. (XXV, 55 bis.)

36. On ne s'ennuie point de manger et dormir tous les jours, car la faim renaît, et le sommeil : sans cela on s'en ennuierait. Ainsi, sans la faim des choses spirituelles, on s'en ennuie. Faim de la justice; béatitude huitième '. (XXV, 70.)

37. Il n'est pas bon d'être trop libre. Il n'est pas bon d'avoir toutes les nécessités. (XXV, 72.)

38. L'espérance que les chrétiens ont de posséder un bien infini est mêlée de jouissance aussi bien que de crainte : car ce n'est pas comme ceux qui espéreraient un royaume, dont ils n'auraient rien étant sujets^; mais ils espèrent la sainteté, l'exemption d'injustice, et ils en ont quelque chose. (XXV, 73.)

1. La grâce de bien faire n'étant donnée qu'à la suite de la prière, la créature se trouve ainsi élevée à la dignité de cause et associée en quelque manière à la causalité divine.

2. C'est la doctrine des conciles d'Orange et de Trente, que les premières grâces, celles qui mènent à îa foi et incitent à la prière, sont des dons gratuits de Dieu.

5. Ent. : la foi qui inspire la prière? — Le premier mouvement qui nous porte à prier est donc d'ordre surnaturel.

Page 1