‹ Pensées (volume 2)Chapitre 209 sur 306 · Suppl. : de notre croyance · texte numérisé non relu

Suppl. : de notre croyance

2. Ent. : que Dieu nous donne pour discerner les miracles vrais d'avec les faux.

3. Si cette règle était par exemple qu'il faut toujours juger des miracles par la doctrine, les miracles ne serviraient plus à rien.

4. Si une prédiction ne s'accomplit pas, elle n'est pas de Dieu ; si les miracles mènent à l'idolâtrie, de même.

5. « Il n'est pas possible qu'un homme fasse un miracle en mon nom et qu'en même temps il parle mal de moi. » {^farc., IX, 38.)

6. Suppl. : si les miracles règlent seuls la croj'ance, on risquera de tomber dans l'erreur, que semblent appuyer parfois certains prodiges.

7. « Si un ange du ciel venait nous annoncer un autre évangile, qu'il soit anathème. » (Gai., i, 8.) Dieu ne

peut donc permettre à l'erreur de produire assez de miracles pour se faire croire.

8. Les théologiens distinguent, en effet, les miracles qui sont les signesd'une mission divine et n'ont pas besoin d'être contrôlés par la doctrine, et les miracles qui n'ont plus ensuite qu'un but d'édification et sont moins des motifs de croire que des grâces extraordinaires.

9. Suppl. : Règles pour discerner les miracles. Il est remarquable que Pascal ne cherche nulle part à i«/j«jr lemiracle, et ne s'occupe que des signes auxquels on peut le reconnaître et de la portée doctrinale qu'il peut avoir.

10. Ent. : En recommandant aux Juifs de ne pas croire les faux prophètes, Moïse entendait-il par là dirt aux Juifs...

D'abord donc qu'on voit un miracle, il faut ou se soumettre, ou avoir d'étranges marques du contraire. Il faut voir s'il nie un Dieu, ou Jèsus-Christ, ou l'Église.

3. S'il n'y avait point de faux miracles, il y aurait certitude. S'il n'y avait point de règle pour les discerner, les miracles seraient inutiles, et il n'y aurait pas de raison de croire. Or, il n'y a pas humainement de certitude humaine, mais raison'.

4. Toute religion est fausse, qui, dans sa foi, n'adore pas un Dieu comme principe de toutes choses, et qui, dans sa morale, n'aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses.

5. Les Juifs avaient une doctrine de Dieu comme nous en avons une de Jésus-Christ, et confirmée par miracles; et défense de croire à tous faiseurs de miracles, et, de plus, ordre de recourir aux grands-prêtres, et de s'en tenir à eux-. Et ainsi toutes les raisons que nous avons pour refuser de croire les faiseurs de miracles, ils les avaient à l'égard de leurs prophètes. Et cependant ils étaient très coupables de refuser les prophètes, à cause de leurs miracles, et n'eussent point été coupables s'ils n'eussent point vu les miracles : Nisi fecissem, peccatum non haberent '. Donc toute la créance est sur les miracles.

5 bis. La prophétie n'est point appelée miracle*.

6. Les preuves que Jésus-Christ et les apôtres tirent de l'Écriture ne sont pas démonstratives ; car ils disent seulement que Moïse a dit qu'un prophète viendrait, mais ils ne prouvent pas par là que ■ce soit celui-là, et c'était toute la question. Ces passages ne servent donc qu'à montrer qu'on n'est pas contraire à l'Ecriture, et qu'il n'y paraît point de répugnance, mais non pas qu'il y ait accord. Or cela suffit, exclusion de répugnance, avec miracles.

7. Jésus-Christ dit que les Écritures témoignent de lui, mais il ne montre pas en quoi.

Même les prophéties ne pouvaient pas prouver Jésus-Christ pen-

1 . Les vérités morales et religieuses ne comportent pas humainement, selon Pascal, de démonstrations absolues; nous n'avons que des raisons de -croire ; mais c'est ce qui rend notre foi méritoire.

2. « L'homme qui, par orgueil, n'écoutera pas le prêtre, placé là pour servir l'Eternel, ton Dieu, sera puni de mort. » (Deut., XVII, 22; cf.

Matt., II, 7.)

3. « Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché. »

(Joan., XV, 24.)

4. Et ainsi, bien que toute prophétie soit un miracle, on est autorisé, par l'Écriture, à distinguer de la preuve des prophéties la preuve des miracles comme plus directement démonstrative.

dant sa vie '. Et ainsi on n'eût pas été coupable de ne pas croire en lui avant sa mort, si les miracles n'eussent pas suffi sans la doctrine. Or ceux qui ne croyaient pas en lui encore vivant étaient pécheurs, comme il" le dit lui-même, et sans excuse'. Donc il fallait qu'ils eussent une démonstration à laquelle ils résistassent 3. Or ils n'avaient pas la nôtre, mais seulement les miracles; donc ils suffisent, quand la doctrine n'est pas contraire, et on doit y croire.

8 Jésus-Christ a vérifié qu'il était le Messie, jamais en vérifiant sa doctrine sur l'Écriture et les prophéties*, et toujours par ses miracles. Il prouve qu'il remet les péchés, par un miracle 5.

Nicodème reconnaît, par ses miracles, que sa doctrine est de Dieu : Scimiis quia vcnisti a Deo viagister ; nenio enim potestfacere qita tu facis, nisi fuerit Deus ciim illo *. Il ne juge pas des miracles par la doctrine, mais de la doctrine par les miracles.

9. Il y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes. Il faut lui pardonner ce mot : « Ouid dehuiTln; « Accusez-moi », dit Dieu dans Isaïe. Dieu doit accomplir ses promesses, etc.

Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu'il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne les point induire en erreur. Or lisseraient induits en erreur, si les faiseurs [de] miracles* annonçaient une doctrine qui ne parût pas visiblement fausse aux lumières du sens commun, et si un plus grand faiseur de miracles n'avait déjà averti de ne les pas croire. Ainsi s'il y avait division dans l'Église, et que les ariens, par exemple qui se disaient fondés en l'Écriture comme les catholiques, eussent fait des miracles, et non

r. La résurrection de J.-C. et la conversion des nations, que visent les plus importantes prophéties, n'étaient pas encore accomplies et ne pouvaient, par suite, contribuer à convertir. (Cf. XIX, 3.)

2. « Mais maintenant ils n'ont aucune excuse de leur péché. » (Joan., XV, 22.)

3. Ent. : ils avaient donc nécessairement une démonstration à laquelle ils résistaient et qui leur ôtait toute excuse.

4. Lorsque J.-C. énumère ses œuvres aux envoyés de Jean {Malt., XL 5), est-ce l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe (35), ou le simple témoignage des faits miraculeux qu'il invoque en sa faveur? C'est ce dernier avis que soutient Pascal, estimant que J.-C. produit les prophéties

comme un contrôle et non comme une preuve de sa mission.

5. « Afin donc que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés, je te l'ordonne, lève-toi. » {Marc, H, 10.)

6. « Nous savons que tu es un docteur envoyé de Dieu, car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui. » (Joan., III, 2.)

7. Ent. : il faut pardonner à Isaïe d'avoir parlé du devoir de Dieu, quand il a écrit : « Qu'ai-jedonc dû faire à ma vigne que je n'ai pas fait? » (V, 4.) Dieu lui-même a dit : « Accusezmoi » (/i., I, 18), et s'est représenté en mille endroits comme obligé par ses promesses.

8. Comme par exemple les sorciers de Pharaon (£".v., VU, 15) ou Simon le Magicien. {Ad., VIII, 9.)

les catholiques, on eût été induit en erreur. Car, comme un homme qui nous annonce les secrets de Dieu n'est pas digne d'être cru sur son autorité privée, et que c'est pour cela que les impies en doutent ■ ; aussi un homme qui, pour marque de la communication qu'il a avec Dieu, ressuscite les morts, prédit l'avenir, transporte les mers, guérit les malades, il n'y a point d'impie qui ne s'y rende, et l'incrédulité de Pharao et des Pharisiens est l'effet d'un endurcissement surnaturel. Quand donc on voit les miracles et la doctrine non suspecte tout ensemble d'un côté, il n'y a pas de difficulté. Mais quand on voit les miracles et doctrine suspecte d'un même côté, alors il faut voir quel est le plus clair. Jésus-Christ était suspect '.

10. Il y a bien de la différence entre tenter, et induire en erreur». Dieu tente, mais il n'induit pas en erreur. Tenter est procurer les occasions, qui, n'imposant point de nécessité, si on n'aime pas Dieu, on fera une certame chose +. Induire en erreur, c'est mettre l'homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté.

11. Il est impossible, par le devoir de Dieu s qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne, et se disant conforme à Dieu et à l'Église, fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile; cela ne se peut. Et encore moins que Dieu, qui connaît les cœurs, fasse des miracles en faveur d'un tel*.

12. Il y a bien de la différence entre n'être pas pour Jésus- Christ, et le dire, ou n'être pas pour Jésus-Christ, et feindre d'en être'. Les uns * peuvent faire des miracles, non les autres?, car il est clair des uns qu'ils sont contre la vérité, non des autres; et ainsi les miracles sont plus clairs'".

13. Les miracles discernent aux choses douteuses : entre les peuples juif et païen; juif et chrétien; catholique, hérétique; calom-

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