‹ Pensées (volume 2)Chapitre 248 sur 306 · SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR · texte numérisé non relu

SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR

La première chose que Dieu inspire à l'âme qu'il daigne toucher véritablement, est une connaissance et une vue tout extraordinaire par laquelle l'âme considère les choses et ellemême d'une façon toute nouvelle.

Cette nouvelle lumière lui donne de la crainte, et lui apporte un trouble qui traverse le repos qu'elle trouvait dans les choses qui faisaient ses délices. Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les choses qui la charmaient^. Un scrupule continuel la combat dans cette jouisssance, et cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les choses où elle s'abandonnait avec une effusion de cœur. Mais elle trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde. D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que l'espérance des invisibles, et de l'autre la solidité des invisibles la touche plus que la vanité des visibles. Et ainsi la présence des uns et la solidité des autres disputent son affection, et la vanité des uns et l'absence des autres excitent son aversion ; de sorte qu'il naît dans elle un désordre et une confusion J

1. Ce fragment, où Pascal parait décrire les impressions de la grâce sur son âme, peut dater soit de sa première conversion (1648) , soit plus probablement de sa conversion définitive (1654). C'est une analyse psychologique des plus pénétrantes, et qui complète admirablement, par une sorte de confession intime, les pensées de l'article I sur le néant de l'iiomme et la grandeur de Dieu, ou celles de l'article XIII sur l'origine de l'Acte de foi.

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