C. à. d. imaginaires, qui jugent par l'imagination
5. Montaigne, dans son célèbre portrait de la sottise {Ess., III, 8) affirme aussi que « la prudence vous renvoyé toujours mal content et craintif là où l'opiniâtreté et la témérité remplissent leurs hôtes d'esjouissance et d'assurance. C'est aux plus malhabiles de regarder les hommes par dessus l'espaule, et cette gayeté de visage leur donne gaigné à .''erdroict de l'assistance. » Bossuet, opposant aussi les hommes d'imagination aux hommes d'entendement, note au contraire, à l'avantage de ces derniers, une certaine sérénité d'âme et un bonheur qui se soutient mieux. (Traité de la Connais, de Dieu, I. ii.)
blessent que l'imagination des faibles? Voyez-le» entrer dans un sermon, où il apporte un zèle tout dévot, renforçant l'égalité, la solidité de la raison par l'ardeur de sa charité. Le voilà prêt à l'ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, que la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, si le hasard l'a encore barbouillé de surcroît, queliques grandes vérités qu'il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.
Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra ^. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer.
Q.ui ne sait que la vue de chats, de rats, l'écrasement d'un charbon, etc., emportent la raison hors des gonds? Le ton de voix impose aux plus sages, et change un discours et un poème de force 3.
L'affection ou la haine changent la justice de face; et combien un avocat bien payé par avance trouve-t-il plus juste la cause qu'il plaide ! combien son geste hardi le 4 fait-il paraître meilleur aux juges, dupés par cette apparence 5 ! Plaisante raison qu'un vent manie*, et à tout sens ^ !
1. La vivacité moqueuse et presque bouffonne de cette petite scène ne rappelle pas seulement la verve satirique des Provinciales : la comédie inattendue que vont nous donner ce magistrat, d'une raison si solide, renforcée encore par une charité si ardente, et ce prédicateur, dont l'exorde imposant annonce de si grandes vérités, n'a rien à envier aux inventions les plus plaisantes de Molière.
2. Montaigne suppose non moins plaisamment le philosophe suspendu dans une cage de « menus fils de fer » au haut des tours de Notre-Dame.
j. L'auteur des Essais concluait de même, à propos de ces poèmes dont on porte à la lecture un tout autre jugement qu'à la simple audition :
« Tant la prononciation a de crédit à donner prix et façon aux ouvrages qui passent à sa merci 1 »
4. Le = cela, cette cause. Le geste hardi de l'avocat bien payé n'ajoute pas peu de vie et de mouvement au tableau déjà si animé de Montaigne :
« Vous récitez simplement une cause à l'advocat, il vous y répond chancellant et douteux... l'avez-vous bien payé pour y mordre et s'en formaliser, y a-t-il eschaulfé sa volonté, sa raison et sa science s'y eschauffent quand et quand. {Ess., ii, 12.)
5. Une assertion quelconque articulée avec emphase, remarque le philosophe anglais Spencer, suffit à déterminer l'assentiment. Ce qui produit la conviction dans l'ame, ce n'est pas de découvrir une raison par ellemême convaincante, c'est d'entendre parler le langage naturel à la conviction.
6. Pascal aiguise encore, en l'abrégeant, un trait de Montaigne : «Vraiment il y a bien de quoi faire une si
iy Je ne veux pas rapporter tous ses effets ^ ; je rapporterais presque toutes les actions des hommes, qui ne branlent presque que par ses secousses. Car la raison a été obligée de céder, et la plus sage prend pour ses principes ceux que l'imagination des hommes a témérairement* introduits en chaque lieu.
Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leur hermine, dont ils s'emmaillotent en chats fourrés 2, les palais où ils jugent, les fleurs de lis, tout cet appareil auguste était fort nécessaire ; et si les médecins n'avaient des soutanes et des mules, et que les docteurs 5 n'eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties 4, jamais ils n'auraient dupé le monde, qui ne peut résister à cette montre si authentique 5. Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte ^, parce qu'en effet leur part est plus essentielle : ils s'établissent par la force, les autres par grimace/ '/''<'• .-r," .'.,/,„- .. /i'/-^.«/;./A/
C'est ainsi que nos rois n'ont pas recherché ces déguisements. Ils ne se sont pas masqués d'habits extraordinaires pour paraître tels ; mais ils se sont accompagnés de gardes, de hallebardes : ces trognes* armées v, qui n'ont de mains et de force que pour eux, les trompettes et les tambours qui marchent au-devant, et ces légions qui les environnent, font trembler les plus fermes. Ils n'ont pas l'habit seulement, ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le Grand Seigneur ^, envi-
grande feste de la fermeté de cette belle pièce (le jugement) qui se laisse manier et changer aa bransle et accidents d'un si légier vent !»(£jî.,i 1,12.)