Le pyrrhonisme
2. Sous-ent. : de même, qui est exprimé dans un p.issage de Montaigne, imité ici par Pascal : « S'il est vieil, il ne peut juger du sentiment de la vieillesse, estant lui-même partie en ce débat ; s'il est jeune, de mesme; sain, de mesme ; de mesme ■malade, dormant et veillant. Cf. G/'.
3. Plus loin, la vérité morale est comparée à un instrument dont on écache la pointe trop subtile : c'est toujours la même précision géométrique pour exprimer les difficultés deVesprit de finesse (Cf. VII, 2'''s).
4. C'est son imagination qui avait suggéré à Pascal l'expérience du Puy de Dôme, et ainsi il est vrai qu'elle
ne trompe pas toujours; mais il avait dû attendre le résultat pour savoir s'il avait imaginé juste ou faux.
5. Les détracteurs les plus passionnés de l'imagination, un Montaigne, un Malebranc'ne, un Pascal lui-même, sont là pour montrer quel pouvoir a sur les plus sages la faculté qu'ils décrient si éloquemment.
6. Ent. : elle ne peut, malgré ses cris, obtenir qu'on estime les choses à leur vrai prix. — Quelle puissance d'imagination, pour combattre l'imagination! On n'a, pour s'en rendre compte, qu'à lire dans La Rochefoucauld cette froide maxime : « Il faut que la raison et le bon sens mettent le prix aux choses. »
à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle pelât en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature'. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres 2; elle fait* croire, douter, nier la raison?; elle suspend les sens, elle les fait sentir; elle a ses fous et ses sages : et rien ne nous dépite davantage que ■de voir qu'elle remplit ses K"ôtes d'une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison/Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux-mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avecem'pire; ils disputent avec hardiesse et confiance; les autres, avec crainte et défiance : et cette gaîté de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des écoutants, tant les sages imaginaires* ont de faveur auprès des juges de même nature 4. Elle ne peut rendre sages les fous; mais elle les rend heureux, à l'envi de la raison, qui ne peut rendre ses amis que misérables, l'une les couvrant de gloire, l'autre de honte 5.
^l- Qui dispense la réputation? qui donne le respect et la ^vénération aux personnages, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? Combien toutes les richesses de la terre insuffisantes sans son consentement ! ^'^ Ne diriez-vous pas que ce magistrat, dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime, et qu'il juge des choses dans leur natiire, sans s'arrêter à ces vaines'circonstances qui ne
1. Pascal a expliqué comment nous nous formons un moi chimérique auquel nous attribuons des vertus imaginaires (II. i).
2. Quand Sénèque, par exemple, affirmait du sage qu'il est toujours heureux, riche et bien portant, et des heureux du monde qu'ils sont toujours miséi-ablcs, pauvres et malades, ne créait-il pas en effet à proprement parler des êtrtj d'imagination ?
5. Ent. : l'imagination fait que la raison croie, doute ou nie, comme plus loin : elle fait que les sens perçoivent et sentent. Allusion au fait bien connu de l'hallucination.