‹ Pensées (volume 2)Chapitre 295 sur 306 · Ent. : le zèle mesuré, mais réel · texte numérisé non relu

Ent. : le zèle mesuré, mais réel

4. Expression remarquable dessentiments catholiques de Pascal. Cf.

Pens., XXIII, 61, qui en fournit un, témoignage non moins explicite jusqu'en ses dernières années.

39é CORRESPONDANCE

Je vous fais une espèce de profession de foi, et je ne sais pour- 4quoi; mais je ne l'effacerai pas ni ne recommencerai pas.

M. du Gas m'a parlé ce matin de votre lettre avec autant d'étonnement et de joie qu'on en peut avoir : il ne sait où vous avez pris <ce qu'il m'a rapporté de vos paroles ; il m'en a dit des choses surprenantes et qui ne me surprennent plus tant. Je commence à m' accoutumer à vous et à la grâce que Dieu vous fait, et néanmoins je vous avoue qu'elle est toujours nouvelle, comme elle est toujours nouvelle en eff"et. Car c'est un flux continuel de grâce, que l'Écriture compare à un fleuve et à la lumière que le soleil envoie incessamment hors de soi, et qui est toujours nouvelle, en sorte que, s'il cessait un instant d'en envoyer, toute celle qu'on aurait reçue disparaîtrait, et on resterait dans l'obscurité.

Il m'a dit qu'il avait commencé à vous répondre, et qu'il le transcrirait pour le rendre plus lisible, et qu'en même temps il retendrait. Mais il vient de me l'envoyer avec un petit billet où il me mande qu'il n'a pu ni le transcrire, ni l'étendre ; cela me fait croire que cela sera mal écrit. Je suis témoin de son peu de loisir, et du •désir qu'il avait d'en avoir pour vous.

Je prends part à la joie que vous donnera l'affaire des '..., car je vois bien que vous vous intéressez pour l'Eglise; vous lui êtes bien ■obligée. Il y a seize cents ans qu'elle gémit pour vous. Il est temps de gémir pour elle, et pour nous tout ensemble, et de lui donner t-out ce qui nous reste de vie, puisque Jésus-Christ n'a pris la sienne ^ue pour la perdre pour elle et pour nous.

Décembre 1656.

Quoi qu'il puisse arriver de l'affaire de '..., il y en a assez. Dieu merci, de ce qui est déjà fait pour en tirer un admirable avantage contre ces maudites maximes. Il faut que ceux qui ont quelque part à cela en rendent de grandes grâces à Dieu, et que leurs parents et amis prient Dieu pour eux, afin qu'ils ne tombent pas d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a faits. Tous les honneurs du monde n'en sont que l'image ; celui-là seul est soHde et réel, et néanmoins il est inutile sans la bonne disposition du cœur. Ce ne sont ni les austérités du cœur ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent, et qui soutiennent les peines du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne vie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre. Cela doit consoler ceux qui en

1. Ent. : des curés de Paris, qui tinrent à flétrir après Pascal les maximes de la morale relâchée.

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