Dans le canton de Baie, les
nobles, soupçonnés de vouloir entreprendre sur les libertés communales, furent exclus à perpétuité des emplois publics.
6. Pascal avait développé de vive voix cette pensée dans un entretien recueilli par le médecin Vallant :
« Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables, à cause du dérèglement des hommes. Q.u'y a-t-il de moins raisonnable que de choisir pour gouverner un État le premier fils d'une reine? On ne choisit pas pour gouverner un bateau celui des voyageurs qui est de meilleure maison ; cette loi serait ridicule et injuste. Mais parce qu'ils le sont et le seront toujours [ridicules et injustes], elle devient raisonnable et juste. Car qui choisira-t-on? Le plus vertueux et le plus habile? Nous voilà incontinent aux mains : chacun prétend être le plus vertueux et le plus habile. Attachons donc cette qualité à quelque chose d'incontestable. C'est le fils aîné du roi; cela est net, il n'y a point de dispute. La
9 iis. Saint Augustin a vu qu'on travaille pour l'incertain. sur mer, en bataille, etc. ^ ; il n'a pas vu la règle des partis*^ qui démontre qu'on le doit. Montaigne a tu qu'on s'offense d'un esprit boiteux, et que la coutume peut tou;, mais il n'a pas vu la raison de cet eff^et 3. Toutes ces personnes ont vu les eff'ets, mais ils n'ont pas vu les causes ; ils sont à l'égard de ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n ont -<jue ki yeux à l'égard de ceux qui ont l'esprit; car les effetî. sont comme sensibles 4, et les causes sont visibles seulemen. à l'esprit E quoique ces effets-là se voient par l'esprit, cet esprit est à l'égard de l'esprit qui voit les causes comme les sens corporels à l'égard de l'esprit 5.
10. D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas, et un esprit boiteux nous irrite ^ ? A cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons; sans cela nous en aurions pitié et non colère.
Épictéte demande bien plus fortement : Pourquoi ne nous fàchons-nous pas si on dit que nous avons mal à la tête, et que nous nous fâchons de ce qu'on dit que nous raisonnons mal, ou que nous choisissons mal" ? Ce qui cause cela, est que nous sommes bien certains que nous n'avons pas mal à la tête (et que nous ne sommes pas boiteux) : mais nous ne sommes pas si assurés que nous choisissons le vrai. De sorte que, n'en ayant d'assurance qu'à cause que nous le voyons
raison ne peut mieux faire, car la guerre civile est le plus grand des maux. »
1. S. Aug. : « Combien n'y a-t-il pas de choses qui écbappent à vos yeux et que vous croyez? Voyezvous ce qni se passe dans l'âme Je votre ami } Con ment donc croyezvous à son f.mitié?... Otez cette loi de id société humaine, il n'y a plus parmi les hommes, que désordre et confusion... « (De fide rerun. qua, non videntur, I ; Ct. De fiar, spe et carttait, Ue ntihtate ireaendi.)
2. Par rrgU ries partis, Pascal entcno ce que nous nommons calcul des probabi té.-<. (Pascal, Traité du Triangle arilhméiiqut et dans les Pensées, X, I et 13.)
î. Cf. m. 8; VI, 40; V, 2 et 10.