‹ Pensées (volume 2)Chapitre 47 sur 306 · Cf. V · texte numérisé non relu

Cf. V

6. t C'est une étrange et longue guerre, y disait-il, en effet, dans une émouvante péroraison, que celle où la violence essaye d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne

justice de la Fronde, qui élève sa prétendue justice contre la force. Il n'en est pas de même dans l'Église, car il y a une justice véritable et nulle violence.

8. Justice, force. 11 est juste que ce qui est juste soit suivi : il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante : la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants : la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, et que ce qui est fort soit juste.

La justice est sujette à dispute : la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste : et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».

9. Quand il est question de juger si on doit faire la guerre et tuer tant d'hommes, condamner tant d'Espagnols à la mort, c'est un homm.e seul qui en juge, et encore intéressé : ce devrait être un tiers indifférent^.

10. Tyraiinif. Ainsi ces discours sont faux et tyranniques : Je suis beau, donc on doit me craindre. Je suis fort, donc on doit m'aimerî. Je suis 4... La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu'on ne peut avoir que par une autre. On rend différents devoirs aux différents mérites : devoir d'amour à l'agrément* ; devoir de crainte à la force ; devoir de créance à la science. On doit rendre ces devoirs-là ; on est injuste de les refuser, et injuste d'en demander d'autres. Et c'est de

servent qu'à la relever davantage ; toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l'irriter encore plus... La violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. »

I. Allusion manifeste aux persécutions dont Port-Royal, depuis l'emprisonnement de Saint-Cyran (1638), n'avait cessé d'être l'objet de la part du Conseil du Roi, de la Sorbonne et de tous les pouvoirs constitués.

2. La France était en guerre avec l'Espagne et la bataille des Dunes (1658) avait coûté beaucoup de sang aux deux nations.

5. Épictète, citant les mêmes raisonnements (Man. 44) se borne à dire qu'ils ne sont pas concluants, auva/.T'.xot.

4. Il est aisé de suppléer : Je suis le pouvoir, donc on doit penser comme moi, croire comme moi.

ARTICLE VI :.f é*

même être faux et tyrannique de dire : II n'est pas fort, donc je ne l'estimerai pas ; il n'est pas habile, donc je ne.lje^craiïiV drai pas. ~'" — ''^ '■

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