‹ Pensées (volume 2)Chapitre 51 sur 306 · Ent. : ce caractère d'universalité fait également que · texte numérisé non relu

Ent. : ce caractère d'universalité fait également que

6. C'est la théorie classique du goût; pour Pascal, comme pour tous les maitres dans l'art d'écrire, le goût se confond avec le bon sens et la raison. Cf. Cicéron : « Le jugement du peuple se rencontre toujours avec celui des connaisseurs », et Du Bos, résumant l'opinion bien connue de Corneille (Préf. de la Suivante), de Molière (Critique de VÉc. des F.) et de Racine (Préf. de Bérénice) : « Tout honnête homme est en possession de donner son jugement sur une pièce de vers. »

ARTICLE VI yi

15 bis. L'homme est plein de besoins : il n'aime que ceux qui peuvent les remplir tous. C'est un bon mathématicien, dit-on. Mais je n'ai que faire de mathématiques ; il me prendrait pour une proposition. C'est un bon guerrier. Il me prendrait pour une place assiégée. Il faut donc un honnête homme, qui puisse s'accommoder à tous mes besoins généralement '.

15 ter. ...Il faut qu'on n'en puisse dire, ni, Il est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent; mais, Il est honnête homme. Cette qualité universelle me plait seule. Quand en voyant un homme on se souvient de son livre, c'est mauvais signe; je voudrais qu'on ne s'aperçût d'aucune qualité que par la rencontre et l'occasion d'en user. Ne quid 7iitnis, de peur qu'une qualité ne l'emporte, et ne fasse baptiser*. Qu'on ne songe point qu'il parle bien, sinon quand il s'agit de bien parler, mais qu'on y songe alors.

16. Quand on se porte bien, on admire comment on pourrait faire si on était malade ; quand on l'est, on prend médecine gaîment; le mal y résout. On n'a plus les passions et les désirs de divertissements et de promenades, que la santé donnait, et qui sont incompatibles avec les nécessités de la maladie. La nature donne alors des passions et des désirs conformes à l'état présent. Il n'y a que les craintes (que nous nous donnons nous-mêmes, et non pas la nature) qui nous troublent; parce qu'elles joignent à l'état où nous sommes les passions* de l'état où nous ne sommes pas^.

17. Les discours d'humilité sont matière d'orgueil aux gens glorieux 3, et d'humilité aux humbles. Ainsi ceux de

1. Cf. dans Montaigne, le chapitre de l'Institution des enfants, véritable programme de l'éduciuion d'un honnête homme, et dans Descartes, le premier chapitre du Discours de la Méthode : « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les honnêtes gens des siècles passés, etc. » On peut comparer à cet idéal du xvii° siècle celui d'Aristote, pour qui toute la morale consiste à faire œuvre d'homme, à faire l'homme, àvÔcoj-î'jacfla!. {Éth. Nie, lo, 1178.)

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