J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences
1. Aristote disait le sommet de la vertu, tô àzûov; Pascal dit Vexccs, avec une nuance de dédain pour notre nature, toujours immodérée jusque dans le bien.
2. On sait que Montaigne avait fait d'Epaminondas son héros favori. (Cf.
3. L'auteur du Traité de la Roulette et du Mystère de Jésus, aussi pieux ascète dans sa vie que mordant pamphlétaire dans les Provinciales, n'est-il pas lui-même le type de cette grandeur qui touche aux deux extrêmes et remplit l'entredeux ?
4. Agité rapidement, le tison de feu qui n'est qu'en un point, donne pourtant la sensation d'un cercle continu.
5. Passage bien connu du discours de la Sagesse (EccL, 24, 11) que Pascal met dans la bouche de l'homme au sens où saint Augustin disait : « Fecisti nos ad te. Domine, et irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te. »
6. Nouvelle preuve de la misérable faiblesse de notre cœur. Cf. Montaigne : « Peu de chose nous divertit et nous destourne ; car peu de chose nous tient. » (Ess., III, 4.)
abstraites ; et le peu de communication* qu'on en peut avoir m'en avait dégoûté. Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne sont pas propres à l'homme \ et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en l'ignorant; j'ai pardonné aux autres d'y peu savoir. Mais j'ai cru trouver au moins bien des compagnons en l'étude de l'homme, et que c'est la vraie étude qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a encore moins qui l'étudient que la géométrie. Ce n'est que manque de savoir étudier cela qu'on cherche le reste. Mais n'est-ce pas que ce n'est pas encore là la science que l'homme doit avoir, et qu'il lui est meilleur de s'ignorer pour être heureux*?
24. Quand tout se remue également, rien ne se remue en apparence, comme un vaisseau. Quand tous vont vers le débordement, nul n'y semble aller 3. Celui qui s'arrête fait remarquer l'emportement des autres, comme un point fixe.
25. Ordre. Pourquoi prendrai-je plutôt à diviser ma morale en quatre qu'en six4? Pourquoi établirai-je plutôt la vertu en quatre, en deux, en un? Pourquoi en Abstine et siistine plutôt qu'en Suivre nature, ou, Faire ses affaires particulières sans injustice, comme Platon, ou autre chose 5. Mais voilà, direzvous, tout renfermé en un mot. Oui, mais cela est inutile, si on ne l'explique ; et quand on vient à l'expliquer, dès qu'on ouvre ce précepte qui contient tous les autres, ils en sortent en la première confusion que vous vouliez éviter. Ainsi, quand ils sont tous renfermés en un, ils y sont cachés et inutiles, comme en un coffre, et ne paraissent jamais qu'en leur confusion naturelle. La nature les a tous établis sans renfermer l'un en l'autre.
25 his. La nature a mis toutes ses vérités chacune en soi-
1. Ent. : ne sont pas la fin propre de l'homme, ce à quoi il est destiné.
2. La conclusion est celle de saint Paul : Ne savoir que la croix, que Jésus crucifié. (I Cor., 2, 2.)
5. De même qu'un point fixe fait reconnaître que le vaisseau remue, la pure morale chrétienne fait reconnaître le dérèglement du monde.