Pascal donne une précision toute
géométrique à une comparaison de Montaigne : « Les âmes des empereurs et des savetiers sont jectées à même moule... ils sont menés et ramenés en leurs mouvements par le!> mêmes ressorts. » {Ess., ii, 12.)
5. Et réciproquement, si lesexemples d'un Alexandre ont dû corrompre plus d'un de ses courtisans, les flatteries de ceux-ci n'ont pas moins contribué à le corrompre luimême : preuve nouvelle que ces grands hommes sont unis aux moindrei des hommes par quelque endroit.
lui, et il semble excusable de n'être pas plus vicieux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans les vices du commun des hommes quand on se voit dans les vices de ces grands hommes; et cependant on ne prend pas garde qu'ils sont en cela du commun des hommes. On tient à eux par le bout par ■où ils tiennent au peuple ; car quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils ' unis aux moindres des hommes par quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, tous abstraits* de notre société. Non, non; s'ils sont plus grands que nous, ■c'est qu'ils ont la tête plus élevée ; mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres. Ils y sont tous à même niveau, et s'appuient sur la même terre ; et par cette extrémité ils sont aussi abaissés que nous, que les plus petits, que les enfants, ■que les bêtes ^.
31. Rien ne nous plaît que le combat, mais non pas la victoire. On aime à voir les combats des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et dés qu'elle arrive, on en est soûl. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions ; mais de contempler la vérité trouvée, point du tout. Pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la faire* voir naître 5 de la dispute. De même, dans les passions, il y a du plaisir à voir deux contraires 4 se heurter ; mais quand l'une est maîtresse, ce n'est plus que brutalité. Nous ne cherchons jamais les ■choses, mais la recherche des choses 5. Ainsi, dans les comédies, les scènes contentes sans craintes ne valent rien, ni les extrêmes misères sans espérance, ni les amours brutaux, ni les sévérités âpres^.