Lustravit lampade terras ^. Le temps et mon humeur
1. Corneille aime cette expression, qui revient souvent dans ses œuvres:
Souvent, je ne sais quoi qu'on ne peut expri-
[mer
Noos surprend, nous emporte et nous force
[d'aimer.
(Medée. II, 6.)
Il est des nœuds secrets, il est des sym-
[pathics
Dont par le doux rapport les âmes assorties
S'attachent l'une à l'autre et se laissent
Jpiquer
Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expli-
[quer.
(Rodogune, 2, 5.)
2. Ce mouvement heurté de la phrase a l'imprévu d'un éclat de rire qui jaillit tout à coup au cours d'un libre entretien.
5 . Pascal reproduit la comparaison de Montaigne entre César et Alexandre {Ess., II, 34) en y mêlant le nom quelque peu inattendu d'Auguste, qui ne fut pas un conquérant. La Bruj-ère estime au contraire que la conquête du monde était une entreprise digne de la maturité de César,
tandis qu'Alexandre, encore à l'âge des plaisirs, était trop jeune pour un dessein si sérieux {Des Jugements).
4. Peut-être faut-il voir ici une critique de la règle, suivie par les maîtres de Port-Royal, de nourrir longtemps les enfants d'un même style, celui de Cicéron en particulier.
5. V. Gr., 31. La variété est un des principes de l'esthétique de Pascal ; son . Apologie de la Religion par lettres, dialogues, discours et maximes en eût sans doute présenté un rare modèle.
6. Cicéron avait dit : « Telle est la clarté grandissante dont Jupiter éclaire le monde, telle est aussi l'humeur des hommes. » Taies sunt hominum mentes quali pater ipse Jupiter auctijera lustravit lampade terras (Cic, Odyss., XVIII, 136); et Montaigne avait ajouté en forme de commentaire : « L'air même et la sérénité du ciel nous apporte quelque mutation. j> {Ess., II, 12.) Pascal va les réfuter
ont peu de liaison. J'ai mes brouillards et mon beau temps au dedans de moi. Le bien et le mal de mes affaires même y fait peu: je m'efforce quelquefois* contre la fortune; la gloire de la dompter me la fait dompter gaîment; au lieu que je fais quelquefois le dégoûté dans la bonne fortune.
48. En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois ;, mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j'oublie à toute heure ; ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée,, car je ne tends qu'à connaître mon néant '.
49. C'est une plaisante chose à considérer de ce qu'il y a^ des gens dans le monde qui, ayant renoncé à toutes les lois de Dieu et de la nature, s'en sont fait eux-mêmes auxquelles ils obéissent exactement, comme, par exemple, les soldats de Mahomet, les voleurs, les hérétiques, etc. Et ainsi les logiciens 3. Il semble que leur licence doive être sans aucunes, bornes ni barrières, voyant qu'ils en ont tant franchi de s» justes et de si saintes.
50. Mien, tien. Ce chien est à moi 4, disaient ces pauvres enfants ; c'est là ma place au soleil. Voilà le commencement et l'image de l'usurpation* de toute la terre.
51. « Vous avez mauvaise grâce, excusez-moi, s'il vousplaît. » — Sans cette excuse, je n'eusse point aperçu qu'il y eût d'injure. — & Révérence parler... » — Il n'y a rien de mauvais que leur excuse 5.
en homme que l'intensité du travail intérieur avait dû bien des fois soustraire à l'influence des phénomènes physiques.
1. On surprend pour ainsi dire Pascal entrain de s'humilier et s'exerçant à vaincre la concupiscence de l'esprit, la plus redoutable des tentations pour le grand géomètre.