‹ Pensées (volume 2)Chapitre 79 sur 306 · Cf. Ess., II, 3, véritable apologie du suicide · texte numérisé non relu

Cf. Ess., II, 3, véritable apologie du suicide

3. « Si j'avais à revivre, je revivrais comme j'ay vescu ; ni je ne plainds le passé, ni je ne crainds l'advenir. » (Ess., III, 2.)

4. La page 730 de la i" édition de M"' de Gournay répond à un passage

célèbre (II, 37), où Montaigne déclare que les souffrances de l'âme lui paraissent plus légères que les souffrances du corps, mais que celles-ci auront du moins l'avantage de le détacher de la vie et de l'accointer à la mort. A la page 231 (I, 40), il avoue la passion et les sollicitudes que lui causait l'amour de l'argent.

Quand on songe que Pascal estimait la maladie l'état naturel des chrétiens, et qu'il aimait la pauvreté comme un trait de ressemblance avec J.-C, on comprend que les idées de Montaigne aient dû lui paraître singulièrement libres et voluptueuses.

5. « Je me plonge la teste baissée stupidement dans la mort, sans la considérer et recognoistre, comme dans une profondeur muette ei obscure qui m'engloutit d'un saut, et m'estouffe en un instant d'un puissant sommeil plein d'insipidité et d'indolence. » {Ess., III, 9.) « Inutile, ditil ailleurs, d'écouter les philosopher qui font de la vie la préparation de la mort : La mort n'est pas le but, mais le bout de la vie... Un quart d'heure de passion (souffrance) sans conséquence, sans nuisance, ne mérite pas des préceptes particuliers.»' ..

des passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l'amour ; principalement lorsqu'on la représente fort chaste et fort honnête. Car, plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées. Sa violence plaît à notre amour-propre', qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets que l'on voit si bien représentés; et l'on se fait en même temps une conscience fondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui ôtent la crainte des âmes pures, qui s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté, d'aimer d'un amour qui leur semble si sage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le cœur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l'amour, et l'âme et l'esprit si persuadés de son innocence, qu'on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l'occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu'un, pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on a vus si bien dépeints dans la comédie. (XXIV, 64.)

42. Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc. Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, et toujours « chez moi » à la Douche. Ils feraient mieux de dire : Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc., vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du leur. (XXIV, 68.)

43. L'éloquence est un art de dire les choses de telle façon, 1° que ceux à qui l'on parle puissent les entendre

I. Ce qui effraye surtout la conscience inquiète de Pascal, c'est que la comédie, c'est-à-dire le théâtre, flatte notre secret désir de l'excellence {libido dominandï). Ce que Bossuet {Maximes sur la Comédie) craint le plus, c'est l'aliment qu'elle fournit aux passions voluptueuses (libido sentieiidî). L'un ne connaît que le théâtre de Corneille, l'autre dénonce Molière et semble en même temps penser à Racine. La seule psychologie dramatique alarme le premier; le second est plus frappé des dangers de la représentation elle-même ; « On se voit soi-même dans ceux qui nous paraissent comme transportés par de

semblables objets; on devient bientôt un acteur secret dans la tragédie ; on y joue sa propre passion et la fiction au dehors est froide et sans agrément, si elle ne trouve au dedans une vérité qui lui réponde... C^ ne sont pomt des traits morts et des couleurs sèches qui agissent, mais des personnages vivants, de vrais yeux ou ardents ou tendres et plongés dans la passion, de vraies larmes dans les acteurs qui en attirent d'aussi véritables dans ceux qui regardent, enfin de vrais mouvem.ents qui mettent en feu tout le parterre et toutes les loges. » (Max. sur la Com., IV; cf.

saint Augustin, Conf., III, 2.)

sans peine, et avec plaisir"; 2° qu'ils s'y sentent intéressés, en sorte que l'amour-propre les porte plus volontiers à y faire réflexion-. Elle consiste donc dans une correspondance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le cœur de ceux à qui l'on parle d'un côté, et de l'autre les pensées et les expressions dont on se sert ; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le cœur dej'homme, pour en savoir tous les ressorts, et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on y veut assortir. Il faut se mettre à la place de ceux qui doivent nous entendre 3, et faire essai sur son propre cœur du tour qu'on donne à son discours, pour voir si l'un est fait pour l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se renfermer, le plus qu'il est possible, dans le simple naturel; ne pas faire grand ce qui est petit ni petit ce qui est grand 4. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle, il faut qu'elle soit propre au sujet, qu'il n'y ait rien de trop ni rien de manque. (XXIV, 87.)

44. L'éloquence est une peinture de la pensée ; et ainsi ceux qui. après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau, au lieu d'un portraits. (XXIV, 87 bis.)

45. On ne consulte que l'oreille, parce qu'on manque de cœur^! La règle est l'honnêteté". (XXIV, 94.)

46. Il faut, en tout dialogue et discours, qu'on puisse dire à ceux qui s'en offensent*^: De quoi vous plaignez-vous? (XXIV, 95.)

1. C'est la part de l'esprit. Aristote disait de même : « Apprendre aisément est naturellement agréable à tous. » (Rhét. , 3, 10.)

2. Ce n'est pas seulement la part du cœur, au sens où l'entendait Platon en définissant le talent du discours un art de mener les âmes ({(uyaywyîa); c'est aussi la part de la concupiscence qu'il est, d'après Pascal, indispensable de connaître pour posséder l'art de persuader et à^ngréer.

5. C'est aussi sur la relation del'orateur à l'auditeur qu'Aristote a fondé toute sa théorie des genres d'éloquence. {Rhct., I, I, 10. Cf. Cic, de Oral., II, 24.)

4. On connaît le mot de Socrate à Lysias lui apportant un projet de dé-

fense : Tu m'apportes là une chaussure pour un pied de femme, et les critiques de Longin et de Fénelon contre le fameux e>-orde d'Isocrate : Puisque le discours a la vertu de rendre les choses grandes petites et les petites grandes... (Fén., Lettre à l'Acad., IV.)

5. En d'autres termes, la parole doit être la représentation exacte de la vérité; tout ce qu'on y ajoute n'est pas moins blâmable que ce qui dans un portrait serait ajouté par le peintre.

6. On avait blimé dans la première Provinciale trois qu'il de suite comme bien rudes. Cf. 21.

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