V. Gr
5. Bossuet dit de même, avec un tour antithétique et ners'eux qui, s'il n'est pas imité de Pascal, peut être
dit à la Pascal : « Fondé dans son origine sur la connaissance de Dieu et sur son amour, par sa volonté dépravée il est tombé en ruine; le comble s'est abattu sur les murailles, et les murailles sur le fondement.
Mais qu'on remue ces ruines, on trouvera dans les restes de ce bâtiment renversé, et les traces des fondations, et ridée du premier dessein, et la marque de l'architecte. L'impression de Dieu reste encore en l'homme, si forte qu'il ne peut la perdre, et tout ensemble si faible qu'il ne peut la suivre, si bien qu'elle semble n'être restée que pour le convaincre de sa faute et lui faire sentir sa perte. » {Prof, de La Vall., 1675.) 6. Dans cette double interrogation Pascal résume le beau développement bien connu de saint Augustin : « J'ai
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12. L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables.
13. A. P. R.» Grandeur et misère. La misère se concluant de la grandeur, et la grandeur de la misère, les uns ont conclu la misère d'autant plus qu'ils en ont pris pour preuve la grandeur^, et les autres concluant la grandeur avec d'autant plus de force qu'ils l'ont conclue de la misère même', tout ce que les uns ont pu dire pour montrer la grandeur n'a servi que d'un argument aux autres pour conclure la misère, puisque c'est être d'autant plus misérable qu'on est tombé de plus haut; et les autres, au contraire4. Ils se sont portés les uns sur les autres par un cercle sans fin 5 : étant certain qu'à mesure que les hommes ont de lumière, ils trouvent et grandeur et misère en l'homme. En un mot, l'homme connaît qu'il est misérable; il est donc misérable, puisqu'il l'est; mais il est bien grand, puisqu'il le connaît.
14. ,. .S'il se vante, je l'abaisse; s'il s'abaisse, je le vante; et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible^.
15. Contrariétés : L'homme est naturellement crédule, incrédule; timide, téméraire.
16. Le Pyrrhonisme est le vrai?; car, après tout, les hommes, avant Jésus-Christ, ne savaient où ils en étaient,
interrogé la terre et elle m'a dit : Ce n'est pas moi qui suis ton Dieu...
Pourquoi donc ne tient-elle pas à tous le même langage ?... » {Conf., V, 6.)
1. Ces lettres indiquent que Pascal devait développer ce sommaire dans une conférence à Pcrt-Royal.
2. Puisqu'on est d'autant plus misérable qu'on est tombé de plus haut.
Cf. I, 5, 4, 5, et XII.
3. Puisqu'on est d'autant plus grand qu'on se connaît plus misérable. Cf.
4. Les autres ont conclu la grandeur du sentiment que nous avons de
notre misère : tel Épictète qui exalte notre nature autant que Montaigne la ravale.
5. Les deux demi-cercles qui, aux yeux de l'éloquent géomètre, représentent notre grandeur et notre misère, sont emportés par un mouvement sans fin et tour à tour nous élèvent et nous abaissent.
6. On devine l'accent douloureux de ce cri échappé à Pascal dans sa lutte tragique contre l'énigme de notre nature et de sa propre pensée.
7. Ce n'est nullement, comme l'a cru Cousin, la négation radicale du
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ni s'ils étaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l'un ou l'autre' n'en savaient rien, et devinaient sans raison et par hasard : et même ils erraient toujours, en excluant l'un ou l'autre. Oiiod ergo ignorantes quaritis, religio annunliat vobis^. (XXIV, 7o bis.)
17. L'orgueil contre-pése* et emporte toutes les miséresî. Voilà un étrange monstre, et un égarement bien visible, Le4 voilà tombé de sa place, il la cherche avec inquiétude. C'est ce que tous les hommes font. Voyons qui l'aura trouvée. (XXIV, 10 bis.)
18, Pensée. Toute la dignité de l'homme est en la pensée. Mais qu'est-ce que cette pensée? Qu'elle est sotteî! (XXIV,
19. II est indubitable que, que l'âme soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit leur morale indépendamment de cela. Ils délibèrent de passer une heure^. Platon, pour disposer au christianisme?, (XXIV, 57 ier.)
20, Philosophes. ...Ils croient que Dieu est seul digne d'être aimé et admiré, et ont désiré être aimés et admirés des
pouvoir de connaître, mais l'affirmation pure et simple qu'avant Jésus- Christ les hommes ont été impuissants k pénétrer le mystère de leur nature.
Nul thème n'est plus familier aux apologistes chrétiens et en particulier à Bossuet, qu'on n'accusera pas de pyrrhonisme. (Cf. Haine contre la Vérité, Parole de Dieu, Vertu de la croix, etc.)
1. Stoïciens et épicuriens. La raison, disait plaisamment M. de Saci, trouve bien quelques vérités, mais c'est comme un cadran peint qui marque l'heure deux fois sur vingtquatre.
2. « En parcourant votre ville, dit saint Paul à i'Aéropage, j'ai découvert un autel avec cette inscription :
Au Dieu inconnu. Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce. » (Act., i8, 23).
3. Ce qui fait, dans la balance, contrepoids à toutes nos misères et même les emporte comme un plateau trop léger, c'est notre orgueil, qui est justement notre plus grande misère.