PII£FAC
Que S il se trouve encore dans ce recueil <^uelques pensées un peu obscures , je pense que , pour pets ^u'on s*^ Ycuille appliquer , on les compren* dra néanmoins très facilement , et qu on demeurera d accord que ce ne sont pas les moins belles, et qu on a mieux fcit de les donner telles quelles sont , que de les éclaircir par un grand nombre de paroles qui n auroient servi qu à les rendre trai* nantes et languissantes » et qui en auroient été une des principales beautés , qui consiste à dire beaucoup de choses en peu de mots.
iê On ett peut voir un exemple dans un des f rag* ments du chapitre des Ptewes de JÉsirs-CamiST par tes prophéties, qui est conçu en ces termes : ce Les « prophètes sont mêlés de prophéties particulières, (€ et de celles du Messie : afin que les prophéties du (c Messie ne fussent pas sans preuves , et que les <( prophéties particulières ne fussent pas sans f( fruit. D II rapporte dans ce fragment la raison pour laquelle les prophètes , qui n'avoient en yoe que le Messie, et qui semhloient ne devoir prophétiser que de lui et de ce qui le regardoit , ont néahmoins souvent prédit des choses particulières qui paroissoient assez indifférentes et inutiles à leur dessein. 11 dit que c etoit afin que ces événe- ' ments particuliers s accomplissant de jour en jour ! aux jeux de tout le monde,, en la manière qu'ils les i avoient prédits, ils fussent incontestablement re« connus pour prophètes , et qu'ainsi Ton ne pât don* ter de la vérité et de la certitude de toutes les choses qu'ils projj)hétisoient du Messie. De sorte que , par
ce moyen , les prophéties du Messie tiroient , en quelque façon , leurs preuves et leur autorité de ces prophéties particulières yérifiées et accomplies : et ces prophéties particulières servant ainsi à prouver et à autoriser celles du Messie , elles n etoicnt pas inutiles et infructueuses. Voilà le sens de ce fragment étendu et développé. Mais il ny a sans doute personne qui ne prit bien plus de plaisir de le découvrir soi-même dans les seules paroles de l'iiiteur , que de le voir ainsi éclairct et expliqué.^ 11 est encore ^ ce me semble , assea; à propos ^ pour détromper quelques personnes qui pour^toiènt peut-être s'attendre de trouver ici des preuves et des démonstrations géométriques de 1 existeace de Dieu, de Timmortalité de Tàme» et de plusieurs autres articles de la foi chrétienne , de Ici avertir que ce n*étoit pas là le dessein de Pas» cal. 11 ne prétendoit point prouver toutes ces vé« rites de la religion par de telles démonstrationr fondées sur des principes évidents, capables de convaincre 1 obstination des plus endjurcis , ni par des raisonnements métaphysiques, qui souvent égarent plus Tesprit qu'ils ne le persuadent, ni par des lieux Communs tirés de divers effets de la Qatore, mais par des preuves morales qui vont plis au cœur qu*à Tesprit. C est-à-dire qu*il vouloit plus travailler à toucher et à disposer lecœuri ^'à convaincre et à persuader l'esprit; parce qu'il ^oit que les passions et les attachements vicieux ^ui corrompent le cœur et la violonté, sont les plus grande obstacles et les. principaux empêche*
1^4 PBiFACE*
ments que nouB ayons à la foi , et que , pourvu
qu oii pût lever ces obstacles, il n ctoit pas difficile de faire recevoir à Tesiprit les liumièrea et les raisons qui pouvoient le convaincre.
On sera facilement persuadé de tout cela en 1i* sant ces écrits. Mais Pascal s en est encore expliqué lui-même dans un de ses fragments qui a été trouvé parmi les autres , et que Ton n*a point mis dans ce recueil. Voici ce qu il dit dans ce fragment : (Je te n entreprendrai pas ici de prouver par des raia sons naturelles ^ ou Texistence de Dieu , ou la «Trinité, ou rimmortalité de Tàme, ni aucune M des choses de cette nature ; non-seulement parce u que je ne me sentirois pas assez fort pour trouver i< dans la nature de quoi convaincre des athées en- (( durcis , mais encore parce que cette connois* ce sance sans Jésus-Chaisx est inutile et stérile* « Quand un homme seroit persuadé que les proie portions des nombres sont des vérités immats^ « rielles , éternelles , et dépendantes d une pre* (c mière vérité en qui elles subsistent et qu*on apce pelle Dieu , je ne le trouverais pas beaucoup e( avancé pour sou salut. »
On s*étonnera peut-être aussi de trouver dan» ce recueil une si grande diversité de pensées » dont il j en a même plusieurs qui semblent assex éloi* gnées du sujet que Pascal avoit entrepris de traiter. Mais il faut considérer que son dessein étoit bien plus ample et plus étendu que Ion ne selimagiu^i et qu'il ne se bornoit pas seulemeut à réfuter raisonnements des athées , et de ceux qui combati
lent quelques unes des vérités de la foi chrétienne.
Le jgrand amour et 1 estime singulière qu il avoit poar la religion faisoit que nonnieulement il ne pouToit souflfrir qu'on la voulût détruire et anéantir tout-à-^fiut, mavs même qu on la blessât et (|u'on la corrompit en la moindre chose. De sorte qa^il Youloit déclarer la guerre à tous ceux qui en attaquent ou la vérité ou la sainteté f c est-à-dire non-seulement aux athées , aux infidèles- et aux hérétiques f qui refusent de soumettre les fausses lu* mières de leur raison a la foi, et de reconnoitie ks mités qu'elle nous enseigne ; maisiméme aux Chrétiens et aux catholiques ^ qui étant dans le corps de la véritable Église , ne vivent pas néanmoins ielon la pureté des maximes de 1 évangile , ^quî nous j sont proposées comme le modèle sur lequel nous devons nous, ré^r et conformer toutes nos actions.
Voilà quel étoi't son dessein ; et ce dessein étoit
assez vaste et assez grand pour pouvoir comprendre la plupart des choses qui sont répandues dans ce recueil. 11 &y en pourra néanmoins trouver quelques-unes qui ny ont nul rapport, et qui en effet ny étoient pas destinées , comme, par exemple, la plupart de celles qui sont dans le chapitre des Petuées diverses , lesquelles on a aussi trouvées parmi les papiers de Pascal, et que Ton a jugé à propos de joindre aux autres ; parce que 1 ou ne donne pas ce livre-ci simplement comme in ouvrage ùdt contre les athées ou sur la reK**
ia6 PRÉFACE»
gion , mais comme on recueil de Peméa sut té religion , et sur quelques autres sujets*
Je pense qu'il ne reste plus y pour achever cette pféfece^ que de dire q[aelqiie chose de 1 auteur après avoir parlé de son ouvrage. Je crois que non-seulement cela sera assez à propoa , mais <|iie ce que j*ai dessein d en écrire pourra même être très utile pour faire eontioftre comment Pascal est entré dans Testime et dans les sentiments qu il ayoit pour la religion, qui lui firent concevoir le dessein d entreprendre cet ouvrage-
On voit y dans la préface des Traités de 1 equi* .libre des liqueurs, de quelle manière ù a passé sa jeunesse , et le grand progrès qu*il j fit en peu de temps dans toutes les sciences humaines et pro-
culièrement en la géométrie et aux ques ; la manière étrange et surprenante dont il les apprit à 1 âge de onze ou douze ans; les petits ouvrages qn il £ftisoit quelquefois, et qui surpasâoicnt toujoi^rs beaucoup la force et la portée dune personne de son âge; l'effort étonnant et prodigieux de son imaigination et de son esprit qui parut dans sa machine arithmétique, qu'il inventa âgé seulement de dix • neuf à vingt ans; et enfin les belles expériences du vuide qu*il fit en présence des personnes les plus considérables de Is ville de Rouen, où il demeura quelque temps , pendant que le président Pascal son père j étoit emplojé pour le service du roi dans la fonction d'intendant de justice. Ainsi je ne répéterai rien ici ds
PBÉFAC£« 127
tout cela, et je me contenterai seulement de repràenter eo peu de mots comment il a méprisé toutear ces choses , et dans ^uel esprit if a passé les dernières années de sa yie, en quoi il n'a pas moins fait paroitre la grandeur et la solidité de sa vertu et de sa piété , qu'il avoit montré aupa^ raraot la Ibrce, l*étendue et la pénétration adliiirable de son esprit.
11 avoit été préservé pendant sa jeunesse par une protection particulière de Dieu^ des vices où tombent la plupart des jeunes gens; et ce qui est assez extraordinaire à un esprit aussi curieux que le sieuj il ne sëtoit jamais porté au libertinage pour ce qui regarde la religion , ajant toujours borné sa curiosité anr. choses naturelles. Et il a dit plusieurs fois quïl joignoit cette obligation & toutes les autres qu il avoit à son père ,^qui, ayant lui-même un très ^raud respect pour la religion , le lai avoit inspiré dés Tenfance^ lui donnant pour maxime , que tout ce qui est l'objet de la foi ne lauroit Tétre de la raison , et beaucoup moins f être soumis.
Ces instructions , qui lui étoient souvent réité-^ tées par un père pour qui il avoit une très grande estime , et en qui il vojoit une grande science accompagnée d*un raisonnement fort et puissant , faisoient tant dlmpression sur son esprit, que, quelques discours qu'il entendit foire aux libertins , U Q en étoit nullement ému; et » jquoiquil fiât fort jeune , il les regardoit comme des gens qui étoient dans ce fonx principe , que la raison bumaine est
i^kB feéface;
au-dessus de toutes choses , etquineconnoissoient pas la nature de la foi.
Mais enfin 9 après avoir ainsi passé sa jeunesse dans des occupations et des divertissements ^ui paroissoient assez innocents aux yeux du inonde. Dieu le toucha de telle sorte, qu'il lui fit comprendre tparfaitement que la reUgion chrétienne nous oblige à ne vivre que pour lui, et à n'avoir point d'autre objet que lui. Et cette vérité lui parut si évidente, si utile et m nécessaire , qa*eile le fit résoudre de se retirer , et de se dégager peu à , feu de tovm les attachements qu'il avoit ausnonds pour pouvoir s y appliquer uniquement.
Ce désir de la retraite et de mener une vie plus chrétienne et plus réglée, lui vint lorsqu'il étoit encore fort jeune ; et il le porta dès-lors à quitter entièrement 1 étude des sciences proftnea pour ne s^appliquer plus qu'à celles qui pouvoient contribuer à son salut et à celui des antres. Mais de cou- ; tinuelles maladies qui lui survinrent le détournèrent quelque temps de son dessein, et Tempt- ' ' obèrent de le pouvoir exécuter plus tôt qu a l 'âge de trente ans. . ^ i
Ce fut alors qu'il commença à y travailler toot de bon^ et, pour y parvenir plus facilement , et rompre tout d*un coup toutes ses habitudes , if \ changea de quartier , et ensuite se retira » la canh pallie , où il demeura quelque temps; d'où, étant 4e ptour , il témoigna si bien qu il voulott quitter le monde , qu enfin le monde le quitta. 11 établit ie reniement de sa vie daiui sa retraite , sur deux i
PKiFACK* 129
nmiincs principales ,qui sont , de renoncer à tont
plaisir et à toute superfluîté. 11 les avoit sans cesse deyant les jeux ^ et il tichoit de s y avancer et de s y peifectionner toujours de plus en plus.
G*est l'application continuelle qu*il ayoit à çes deux grandes maximes qui lui iaisoit témoigner Que si grande patience dans ses maux et dans ses maladies , qui ne Tout presque jamais laissé sans douleur pendant toute sa vie ; qui lui faisoit pra« tiquer dte mortifications très rudes et très séyères tavuiâ lui-même : qui faisoit que non-seulement il lefosoit à ses sens touit ce qui pouyoit leur être agréable, mais encore qui! prenoit sans peine, nni dégoût , et même ayec joie , lorsqu'il le faiioity tout ce qui leur pouyoit déplaire, soit pour la nourriture , soit pour les remèdes : qui le portoit À se retrancher tous les jours de plus en plus tou^ <^c[uil ne jugeoit pas lui être absolument nécessaire , soit pour le yétement , soit pour la nourriturcy pour les meubles, et pour toutes les autres choses : qui lui donnoit un amour si grand et si ardent pour la pauyreté , qu'elle lui étoit toujours présente , et que , lorsqu'il youloit entreprendre quelque chose , la première pensée qui lui yenoit ^tilesprit, étoit de voir si la pauvreté pouyoit être pratiquée , et qui lui faisoit ayoir en même temps tant de tendresse et. tant d affection pour les pauvres , qu'il ne leur a jamais pu reluser Tau** ^ôine , et qu il en a fait même fort souvent d'assez <^ntidérable8 , quoiqu'il n'en fit que de son néces* ^aire : qui faisoit qu U ne pouyoit souffrir qu on
i3o pm<FAGE.
eherchât avec soin tontes ses commodités, et blAmoit tant cette recherche curieuse et cette £mm . taisie de vouloir exceller en tout , comme de se servir eu toutes choses des meilleurs ouvriers , d V voir toujours du meilleur et du mieux fadt^ et teille autnes choses semblables qu*aii fidt taM scrupule , parce ^u on ne croit pas qu'il j ait «le mal , mais dont il ne jugeoit pas de même ; et \ enân qui lui a fait faire plusieurs actions tm [ remarquables et très chrétiennes , que je ne rapporte pas ici, de penr d*étre trop long, etparot que mon dessein n*est pas décrire sa vie, msis . seulement de donner quelque idée de sa piété et de sa vertu.